mercredi 25 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2411762 |
| Type | Décision |
| Formation | Section 8 - Chambre 1 |
| Avocat requérant | CABINET ACTIS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 13 mai 2024 et le 22 juillet 2024, M. B A, représenté par Me Delorme, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 4 avril 2024 par lequel le préfet de police a rejeté sa demande de renouvellement de son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;
3°) d'enjoindre au préfet de police, dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, de lui délivrer une carte de séjour portant mention " vie privée et familiale ", sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation et, dans cette attente, de le munir d'une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Il soutient que :
Sur la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'un vice de procédure en raison de la composition irrégulière de la commission du titre de séjour ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'absence de menace pour l'ordre public ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus d'octroi de délai de départ ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juillet 2024, le préfet de police, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 19 juillet 2024, la clôture de l'instruction a été reportée au 30 juillet 2024.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du tribunal judiciaire de Paris du 5 juin 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Emmanuelle Topin.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant guinéen, né le 1er janvier 1985, entré en France en 2009 selon ses déclarations, a vu sa demande d'asile rejetée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 24 décembre 2009, confirmée par décision de la Cour nationale du droit d'asile du 23 décembre 2010 et a fait l'objet d'une décision d'éloignement, non exécutée. Il a également fait l'objet d'une deuxième décision d'éloignement, le 11 avril 2018, à la suite du rejet de sa demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, non exécutée. Titulaire en dernier lieu d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", valable du 4 janvier 2021 au 3 janvier 2022, délivré sur le fondement de l'article L.435-1 du code précité, M. A a sollicité, le 31 janvier 2022, son renouvellement. Par un arrêté du 4 avril 2024, dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet de police a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.
Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 juin 2024. Ses conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet. Il n'y a donc plus lieu de statuer.
Sur les conclusions à fin d'annulation et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens :
3. Aux termes de l'article L. 412-5 du même code : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE ". "
4. Pour rejeter la demande de renouvellement de titre de séjour présentée par M. A sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de police s'est fondé sur le seul motif tiré de la menace à l'ordre public en raison de sa condamnation le 3 juillet 2019, par le tribunal judiciaire de Paris à trois mois d'emprisonnement avec sursis pour violence suivie d'incapacité supérieure à huit jours pour des faits remontant au 24 septembre 2018 et de la circonstance qu'il est défavorablement connu des services de police pour vol avec destruction ou dégradation commis le 30 avril 2014. Toutefois, d'une part le délit pour lequel M. A a été condamné pénalement, ainsi que cela ressort du bulletin n°2, eu égard à son caractère ancien et isolé ainsi qu'au quantum de la peine prononcée, n'est pas, à la date de la décision attaquée, de nature à caractériser une menace à l'ordre public. D'autre part, les faits du 30 avril 2014 reprochés à l'intéressé, qui auraient été commis plus de dix ans avant la décision attaquée et dont la consistance exacte n'est pas connue, n'ont pas donné lieu à des poursuites judiciaires. Dans ces circonstances, M. A est fondé à soutenir que le préfet de police, en refusant de renouveler son titre de séjour au seul motif de la menace à l'ordre public, a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.
5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 4 avril 2024 par laquelle le préfet de police a refusé de renouveler son droit au séjour, ainsi que, par voie de conséquence, l'annulation des décisions l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant son pays de renvoi et lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
6. L'exécution du présent jugement implique seulement que la demande de M. A soit réexaminée. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet de police, ou au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence de M. A, de procéder à ce réexamen dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée.
Sur les frais liés au litige :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 à verser à Me Delorme, conseil de M. A, sous réserve que Me Delorme renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de M. A tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'arrêté du préfet de police du 4 avril 2024 est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de police, ou au préfet territorialement compétent, de procéder au réexamen de la demande de renouvellement du titre de séjour de M. A dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : Il est mis à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 000 (mille) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à Me Delorme, conseil de M. A, sous réserve que Me Delorme renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Emmanuelle Topin, présidente-rapporteure,
- M. Martin-Genier, premier conseiller,
- M. Hémery, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 septembre 2024.
La présidente-rapporteure,
E. Topin
L'assesseur le plus ancien,
P. Martin-GenierLa greffière,
E. Cardoso
***
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/8
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2512695
Le Tribunal Administratif de Paris a examiné un recours en excès de pouvoir contre un arrêté préfectoral d'obligation de quitter le territoire français (OQTF). Le requérant, un ressortissant guinéen, contestait notamment la mesure au motif qu'il serait mineur. Le tribunal a jugé qu'il lui appartenait, saisi d'un recours suspensif, de statuer sur l'allégation de minorité avant de se prononcer sur la légalité de l'OQTF, conformément aux articles L. 611-1 et L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
08/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2528203
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté le recours en excès de pouvoir formé par un ressortissant algérien contre un arrêté préfectoral d'obligation de quitter le territoire français (OQTF) sans délai, assorti d'une interdiction de retour. La juridiction a estimé que la décision était régulière, notamment quant à la compétence de la signataire, la motivation suffisante et l'examen de la situation personnelle du requérant. Elle s'est fondée sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en particulier ses articles L. 611-1 et L. 612-10.
08/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2600391
Le Tribunal Administratif de Paris rejette la requête de M. C... visant à annuler un arrêté d'obligation de quitter le territoire français (OQTF). Le tribunal estime que l'arrêté, pris par un agent disposant d'une délégation régulière, est légal et suffisamment motivé. Il constate que le préfet a respecté les exigences de vérification du droit au séjour et d'examen de la situation personnelle prévues par les articles L. 611-1 et L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
08/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2526589
Le Tribunal administratif de Paris a rejeté la requête de M. B..., un ressortissant sénégalais, qui demandait l'annulation d'un arrêté préfectoral refusant un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire. La juridiction a jugé que le préfet avait légalement exercé son pouvoir discrétionnaire pour apprécier l'opportunité d'une régularisation au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable via l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006. Elle a estimé que l'autorité administrative avait dûment pris en compte les éléments de la situation personnelle du requérant, sans méconnaître ses droits.
08/04/2026