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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2411784

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2411784

mercredi 2 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2411784
TypeDécision
PublicationC
FormationSection 8 - Chambre 1
Avocat requérantOTTOZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés au greffe du tribunal les 14 mai, 11 juin et 10 septembre 2024, M. A B, représenté par Me Ottoz, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 avril 2024 par lequel le préfet de police a rejeté sa demande de titre de titre, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un certificat de résidence algérien, dans le délai de deux mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros à Me Ottoz, son avocat, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que son conseil renonce, le cas échéant, à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

S'agissant de la décision de refus d'un titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît la circulaire du 28 novembre 2012 relative à l'admission exceptionnelle au séjour des ressortissants étrangers en situation irrégulière dite " circulaire Valls " ;

- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'appréciation de sa situation ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour qu'elle assortit ;

- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 juillet 2024, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une décision du 19 juillet 2024 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Paris, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Topin ;

- et les observations de Me Ottoz représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant algérien, né le 15 avril 1982, est entré en France le 1er novembre 2012, sous couvert d'un visa de type C. Il a sollicité, le 30 mars 2023, la délivrance d'un certificat de résidence, sur le fondement des stipulations du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 22 avril 2024, dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet de police a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné.

Sur le moyen commun à l'ensemble des décisions attaquées :

2. L'arrêté attaqué mentionne les stipulations du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique également, avec suffisamment de précision, les circonstances de fait sur lesquelles le préfet de police s'est fondé pour refuser la demande de certificat de résidence de M. B. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

Sur la légalité de la décision de refus de délivrance d'un certificat de résidence algérien :

3. En premier lieu, les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent de manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, ainsi que les conditions dans lesquelles leurs conjoints et leurs enfants mineurs peuvent s'installer en France. Dans ces conditions, M. B ne peut utilement se prévaloir, s'il devait être regardé comme soulevant ce moyen, de la méconnaissance des dispositions de l'articles L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. En deuxième lieu, M. B ne peut utilement se prévaloir des énonciations de la circulaire du 28 novembre 2012 relative à l'admission exceptionnelle au séjour des ressortissants étrangers en situation irrégulière dite " circulaire Valls ", qui se bornent à énoncer des orientations générales destinées à éclairer les préfets dans l'exercice de leur pouvoir de régularisation, sans les priver de leur pouvoir d'appréciation.

5. En troisième lieu, si M. B peut être regardé, par l'argumentation qu'il développe, comme soulevant le moyen tiré de l'erreur manifeste du préfet de police dans l'exercice de son pouvoir discrétionnaire de régularisation, il ressort des mentions non contestées de l'arrêté attaqué que l'intéressé est célibataire et sans charge de famille, et s'il soutient être entré en France en 2012 et y résider depuis, il n'établit, par les pièces produites, sa résidence habituelle en France qu'à partir de 2018, alors que, pour la période antérieure, les quelques documents médicaux, les deux cartes d'admission à l'aide médicale d'Etat et les quelques factures ne suffisent pas à justifier de sa présence sur le territoire français. Par ailleurs, sur le plan professionnel, il justifie d'une activité de " modeleur référent BIM " correspondant à une qualification d'agent de maîtrise du 25 juin 2018 au 6 mars 2022 puis, après son licenciement économique, de son embauche dans les mêmes fonctions à compter du 15 avril 2022 auprès d'une autre société dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée. Cette activité n'est toutefois justifiée par les bulletins de salaire produits que jusqu'en décembre 2022 et il n'établit pas avoir eu une activité professionnelle par la suite. Par ailleurs, la demande d'autorisation de travail datée du 8 juillet 2022 a été établie par son dernier employeur, dont M. B indique qu'il a cessé son activité en décembre 2023 et les messages provenant de Linkedin produits ne peuvent être regardés comme des promesses d'embauche. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet de police aurait commis une erreur manifeste d'appréciation dans le cadre de l'exercice de son pouvoir de régularisation en refusant de lui délivrer un certificat de résidence.

6. En dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

7. Si M. B se prévaut de sa durée de présence sur le territoire français et de ce qu'il y a noué des liens, il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit au point 5., que l'intéressé n'établit sa présence que depuis 2018 et il est constant qu'il est célibataire et sans charge de famille en France. Par ailleurs, si M. B soutient qu'il justifie d'attaches particulièrement fortes en France, les pièces qu'il produit ne permettent pas de l'établir. Dans ces conditions, le préfet de police, en refusant à M. B la délivrance d'un certificat de résidence algérien, n'a pas porté au droit de l'intéressé à une vie privée et familiale une atteinte disproportionnée et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 2 à 7., le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision de refus de délivrance d'un certificat de résidence doit être écarté.

9. En deuxième lieu, compte tenu de ce qui a été exposé au point 7., l'obligation de quitter le territoire français ne peut être regardée comme portant une atteinte excessive au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5., le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

11. Ainsi qu'il a été dit aux points 8. à 10., le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Ottoz et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 17 septembre2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Topin, présidente-rapporteure ;

- Mme Marik-Descoings, première conseillère ;

- M. Hémery, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 octobre 2024.

La présidente-rapporteure,

E. Topin

L'assesseure la plus ancienne,

,

N. Marik-Descoings

La greffière,

A. Depousier

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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