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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2411817

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2411817

lundi 27 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2411817
TypeDécision
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantCAMPORRO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 14 et le 23 mai 2024, M. D B demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler les décisions du 13 mai 2024 par lesquelles le préfet de police a décidé qu'il serait éloigné sans délai du territoire français et prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois.

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

- les décisions sont entachées d'une incompétence de leur auteur ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une méconnaissance de sa situation personnelle ;

- elles sont entachées d'une violation de son droit d'être informé et de présenter des observations avant l'édiction de la mesure d'une violation du principe du contradictoire.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision refusant le délai de départ volontaire :

- la décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur de qualification des faits ;

- elle est entachée d'une violation de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision fixant le pays de destination :

- la décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision est entachée d'une violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Martin-Genier en application de l'article

R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Martin-Genier ;

- les observations de Me Camporo, avocate commise d'office représentant M. B, assisté d'un interprète en anglais ;

- les observations de Me Doucet, représentant le préfet de police.

Considérant ce qui suit :

1. M. D B, ressortissant nigérian né le 5 janvier 1988, demande au tribunal d'annuler les décisions du 13 mai 2024 par lesquels le préfet de police a décidé qu'il serait éloigné sans délai du territoire français, a fixé le pays de destination, et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire sans délai :

2. Par un arrêté n° 2024-00198 du 16 février 2024 régulièrement publié, le préfet de police a donné à Mme A C délégation à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été signé par une autorité incompétente doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, les décisions attaquées mentionnent les considérations de fait et de droit sur lesquels elles se fondent. Elles visent notamment le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et fait état d'éléments relatifs à la situation personnelle du requérant. L'obligation de quitter le territoire mentionne en outre que le requérant a, le 13 mai 2024, été signalé pour usage de faux documents administratifs constatant un droit ou une identité, que ces faits constituent une menace pour l'ordre public, qu'il est en situation irrégulière en France, qu'il se déclare célibataire et sans charge de famille. Contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet de police n'était pas tenu de faire état de tous les éléments relatifs à sa situation personnelle dont il avait connaissance mais seulement des faits qu'il jugeait pertinents pour justifier le sens de sa décision. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen doivent être écartés.

4. En troisième lieu, au regard des faits pour lesquels il a été signalés, à la circonstance qu'il se déclare célibataire et sans charge de famille, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance de sa situation personnelle doivent être écartés.

5. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B a été auditionné le

13 mai 2024 et a été informé de son droit de communiquer avec une personne de son choix ou un avocat, ce qu'il a refusé. Il a en outre refusé de signer le procès-verbal. Dès lors, le moyen tiré de la violation de son droit d'être informé et de présenter des observations avant l'édiction de la mesure litigieuse et du principe du contradictoire doit être écarté.

6. M. B s'est présenté avec un faux titre de séjour polonais à l'aéroport de Roissy. Ainsi, la circonstance qu'il est titulaire d'un passeport en cours de validité est sans influence sur la légalité des décisions attaquées qui ne sont dès lors, ni entachées d'une erreur de qualification des faits, ni d'une violation de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni d'une erreur manifeste d'appréciation sur ce point.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

7. L'obligation de quitter le territoire français n'est entachée d'aucune illégalité. Dès lors, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision soulevé à l'appui des conclusions à fin d'annulation de la décision fixant le pays de destination doit être écarté.

8. M. B fait valoir la situation sécuritaire de son pays d'une part et, d'autre part, la circonstance qu'il serait homosexuel dans un pays où l'homosexualité est réprimée. Toutefois, le requérant se borne à des propos vagues qui ne peuvent permettre au tribunal les risques encourus en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. Pour le même motif que celui retenu au point 8, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français :

10. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

11. La décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois ne mentionne pas l'ensemble des critères figurant dans l'article L. 612-6 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle est dès lors insuffisamment motivée et en tout état de cause disproportionnée au regard des faits pour lesquels le requérant a été signalé. Cette décision doit dès lors être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Le présent jugement n'annule que la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois et n'implique aucune mesure d'injonction. Les conclusions tendant à ce qu'il soit au préfet de police de délivrer au requérant une attestation de demandeur d'asile doivent dès lors, être rejetées.

Sur les frais d'instance :

13. M. B est assisté pour sa défense par un avocat commis d'office et n'expose aucun frais. Dès lors, ses conclusions fondées sur l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du préfet de police prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet de police.

Lu en audience publique le 27 mai 2024.

Le magistrat désigné,

P. MARTIN-GENIERLe greffier,

R. DRAI

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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