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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2411885

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2411885

vendredi 6 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2411885
TypeDécision
PublicationC
Formation6e Section - 2e Chambre
Avocat requérantDAVID

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée le 14 mai 2024 sous le numéro 2411885, M. B, représenté par Me David, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de police a refusé de renouveler sa carte de résident ;

3°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer une carte de résident dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et, à titre subsidiaire, de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction portant autorisation de travail dans un délai d'une semaine à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 400 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de délivrance d'une attestation de prolongation d'instruction :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît l'article L. 424-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision de refus de délivrance d'une carte de résident :

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle méconnaît l'article R. 431-15-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet de police qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 26 septembre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 octobre 2024.

Par une décision du 20 juin 2024, la demande d'aide juridictionnelle présentée par M. A a été rejetée par le bureau d'aide juridictionnelle.

II. Par une requête, enregistrée le 23 septembre 2024 sous le numéro 2425206, M. C A, représenté par Me David, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de police a refusé de renouveler sa carte de résident ;

3°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer une carte de résident dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et, à titre subsidiaire, de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction portant autorisation de travail dans un délai d'une semaine à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 400 euros TTC à verser à son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de délivrance d'une attestation de prolongation d'instruction :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle méconnaît l'article L. 424-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision de refus de délivrance d'une carte de résident :

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle méconnaît l'article R. 431-15-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet de police qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 26 septembre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 octobre 2024.

Vu les autres pièces des dossiers.

- Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Lambert a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant afghan né le 1er janvier 1989, était titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle depuis le 4 mars 2019 valable jusqu'au 4 mars 2023 en qualité de bénéficiaire de la protection subsidiaire. Il a déposé en préfecture le 21 février 2023 une demande de carte de résident et s'est vu remettre des attestations de prolongation d'instruction successives, la dernière valable jusqu'au 29 juillet 2024. M. A fait valoir que le silence gardé par le préfet de police a fait naître une décision implicite de rejet de sa demande de délivrance d'une carte de résident. Il doit être regardé comme demandant au tribunal l'annulation de cette décision implicite du préfet de police.

Sur la jonction :

2. Les deux requêtes susvisées concernent les mêmes parties, présentent à juger des questions connexes et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul et même jugement.

Sur l'étendue du litige

3. Aux termes de ses deux requêtes, M. A demande l'annulation de la seule décision de refus de délivrance d'une carte de résident. Par suite, les moyens qu'il dirige contre la décision de refus de délivrance d'une attestation de prolongation d'instruction sont inopérants.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

En ce qui concerne la requête n° 2411885 :

4. Par une décision du 20 juin 2024 du bureau d'aide juridictionnelle, la demande d'aide juridictionnelle de M. A a été rejetée. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

En ce qui concerne la requête n° 2425206 :

5. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ". En application de ces dispositions, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

6. Aux termes de l'article L. 424-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire " d'une durée maximale de quatre ans. ". Aux termes de l'article L. 424-13 du même code : " L'étranger titulaire de la carte de séjour pluriannuelle délivrée aux bénéficiaires de la protection subsidiaire et aux membres de leur famille, prévue aux articles L. 424-9 et L. 424-11, et justifiant de quatre années de résidence régulière en France, se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans, sous réserve de la régularité du séjour. ".

7. En l'espèce, M. A a bénéficié d'une carte de séjour pluriannuelle de quatre ans, valable du 4 mars 2019 au 4 mars 2023, en application de l'article L. 424-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a demandé au préfet de police la délivrance d'une carte de résident le 21 février 2023 sur le fondement de l'article L. 424-13 du même code. Le préfet de police, qui n'a présenté aucun mémoire en défense, n'établit pas, ni même n'allègue, que le statut de bénéficiaire de la protection subsidiaire aurait été retiré au requérant par les instances compétentes en matière d'asile, ni que celui-ci ne justifierait pas de quatre années de résidence régulière en France. Par suite, M. A est fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions précitées de l'article L. 424-13, selon lesquelles il doit se voir délivrer de plein droit une carte de résident. La décision implicite de rejet de sa demande de carte de résident doit, dès lors, être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

8. Eu égard aux motifs du présent jugement, il y a lieu d'enjoindre au préfet de police ou à tout préfet territorialement compétent, sous réserve d'un changement de circonstances de fait ou de droit, de délivrer à M. A une carte de résident, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

En ce qui concerne la requête n° 2411885 :

9. M. A n'étant pas admis à l'aide juridictionnelle, ainsi qu'il a été dit au point 4 du présent jugement, son avocat ne peut pas se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions présentées par son avocat sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

En ce qui concerne la requête n° 2425206 :

10. M. A étant admis à l'aide juridictionnelle provisoire, ainsi qu'il a été dit au point 5 du présent jugement, son avocat peut se prévaloir des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. En application de ces dispositions et de celles de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 200 euros à Me David, avocat de M. A, sous réserve que celui-ci renonce à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle. Dans le cas où M. A ne serait pas admis à titre définitif au bénéfice de l'aide juridictionnelle, cette somme sera directement versée à ce dernier en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête n° 2411885 tendant à l'admission de M. A à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire au titre de la requête n° 2425206.

Article 3 : La décision implicite par laquelle le préfet de police a rejeté la demande de carte de résident de M. A est annulée.

Article 4 : Il est enjoint au préfet de police ou à tout préfet territorialement compétent de délivrer une carte de résident à M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 5 : L'Etat versera une somme de 1 200 euros à Me David, au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve pour ce conseil de renoncer à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle et sous réserve de l'admission définitive de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Dans le cas où M. A ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre définitif, cette somme lui sera directement versée en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 6 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me David et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 15 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Marzoug, présidente,

Mme Lambert, première conseillère,

Mme Berland, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.

La rapporteure,

F. Lambert

La présidente,

S. Marzoug

La greffière,

K. Bak-Piot

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2411885/6-2 et 2425206/6-

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