vendredi 31 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2411973 |
| Type | Décision |
| Formation | 8e Section - MESD |
| Avocat requérant | CABINET KOSZCZANSKI, BERDUGO AVOCATS ASSOCIES (SELARL) |
Vu la procédure suivante :
Vu l'ordonnance du 15 mai 2024 par laquelle le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a transmis au tribunal administratif de Paris la requête par laquelle M. C A, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision en date du 7 mai 2024 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de circulation d'une durée de trois ans.
2°) d'enjoindre au préfet de police de délivrer au requérant une autorisation de séjour et de réexaminer sa situation administrative dans le délai de deux mois suivant la notification de la décision à intervenir.
3°) de mettre à la charge de l'Etat à verser à Monsieur A la somme de 1.500 € au titre des frais irrépétibles engagés et non compris dans les dépens sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative ;
Il soutient que :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
-la décision est entachée d'une incompétence de son auteur ;
- la décision est entachée d'une insuffisance de motivation et d'examen sérieux de situation ;
- elles est entachée d'une absence de contradictoire ;
- elle est entachée d'une violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, à tout le moins, d'une erreur manifeste d'appréciation des faits de la cause ;
Sur la décision refusant le délai de départ volontaire :
- la décision est entachée d'une insuffisance de motivation et d'examen sérieux de situation ;
- elles est entachée d'une absence de contradictoire ;
-le risque de fuite n'est pas établi.
Sur la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français :
- la décision est entachée d'une insuffisance de motivation
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Vu, enregistré le 23 mai 2024, le mémoire présenté pour M. A par Me Berdugo, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.
Il demande en outre au tribunal :
1°) d'enjoindre à la préfecture de délivrer au requérant une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, de réexaminer la situation administrative de l'intéressé et de prendre une nouvelle décision dans le délai de deux mois suivant la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard sur le fondement des dispositions des articles L.911-1 et L. 911-2 du code de justice administrative ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de procéder à l'effacement du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour ;
Vu, enregistré le 30 mai 2024, le mémoire présenté par le préfet des Hauts-de-Seine qui conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Martin-Genier en application de l'article
R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Martin-Genier ;
- les observations de Me Simon et Dahhan, représentant M. A, assisté d'un interprète en anglais ;
- le préfet des Hauts-de-Seine n'étant ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A, ressortissant marocain né le 1er janvier 1985, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 7 mai 2024 par lesquels le préfet de police a décidé qu'il serait éloigné sans délai du territoire français, a fixé le pays de destination, et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire sans délai :
2. Par un arrêté du 4 décembre 2023 n°2023-078, régulièrement publié le 19 décembre 2023 au recueil des actes administratifs, le préfet des Hauts-de-Seine a donné délégation de signature à M. D, pour signer tous arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions, en cas d'absence ou d'empêchement des autres délégataires, sans qu'il ressorte des pièces du dossier que ces derniers n'aient pas été absents ou empêchés lorsqu'il a signé l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.
3. En deuxième lieu, les décisions attaquées mentionnent les considérations de fait et de droit sur lesquels elles se fondent. Elles visent notamment le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et fait état d'éléments relatifs à la situation personnelle du requérant. L'obligation de quitter le territoire de quitter le territoire mentionne en outre toutes les condamnations dont il a fait l'objet et les peines de prisons qu'il a effectuées, qu'il est défavorablement connu des services de police, se déclare célibataire avec un enfant à charge sans établir qu'il prend en charge l'éducation de son enfant. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen doivent être écartés.
4. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant aurait été empêché de faire valoir sa situation avant de la prise de la décision attaquée, celle-ci étant parfaitement connue de la préfecture des Hauts-de-Seine. Il s'est d'ailleurs vu notifier ses droits au centre de rétention et il a pu présenter ses observations. Le moyen doit dès lors être écarté.
5. Si le requérant soutient qu'il prend en charge l'éduction de son enfant, la seule attestation produite par la mère de son fils ne permet pas d'établir un lien étroit entre son fils et lui-même, alors même qu'il fait valoir à l'audience qu'il va le chercher à l'école après son travail et qu'il s'en occupe le week-end. Dès lors, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'erreur manifeste d'appréciation des faits de la cause doivent être écartés.
En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :
6. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a purgé la totalité de sa peine, que lors des derniers mois de son incarcération, il a été autorisé par le juge à sortir de prison pour y rentrer le soir, qu'il est hébergé chez sa mère et a un travail dans un restaurant, lieux dont les adresses sont connues de l'administration, le requérant étant en France depuis son plus jeune âge. Au regard de ces éléments, de sa longue présence en France et de sa volonté de réinsertion, le risque de fuite n'est pas établi. Dès lors, cette décision doit être annulée.
En ce qui concerne la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français :
7. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
8. Au regard de ces éléments, du parcours de réinsertion qu'il a entrepris, cette durée de trois ans d'interdiction de retour sur le territoire français doit être également annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Le présent jugement n'annule que les décisions refusant un délai de départ volontaire et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans, n'implique aucune mesure d'injonction. Les conclusions présentées sur ce point doivent dès lors être rejetées.
Sur les frais d'instance :
10. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme que demande M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les décisions par lesquelles le préfet des Hauts-de-Seine a refusé à M. A un délai de départ volontaire et prononcé une interdiction de retour sur le territoire français sont annulées.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de police.
Lu en audience publique le 31 mai 2024.
Le magistrat désigné,
P. MARTIN-GENIERLa greffière,
D. PERMALNAICK
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/8
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2606789
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B... visant à annuler l'arrêté du préfet de police prolongeant son interdiction de retour sur le territoire français. La juridiction a jugé que la décision contestée était suffisamment motivée et ne méconnaissait pas les exigences légales, notamment celles du code de l'entrée et du séjour des étrangers (articles L. 612-6, L. 612-10 et L. 612-11). Elle a également estimé que cette mesure ne portait pas une atteinte disproportionnée aux droits de M. B... au regard de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2606780
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler son interdiction de retour sur le territoire français. La juridiction a estimé que l'arrêté préfectoral était légal, notamment car l'auteur de l'acte était compétent et que la motivation, examinant les critères de l'article L. 612-10 du CESEDA, était suffisante. Le tribunal a toutefois prononcé l'admission provisoire de l'intéressé au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2607042
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler un arrêté d'interdiction de retour sur le territoire français. La juridiction a jugé que le préfet de police était compétent pour prendre cette décision et que la motivation de l'arrêté, qui se fonde sur le maintien irrégulier de l'intéressé au-delà de son délai de départ volontaire, était suffisante au regard des articles L. 612-7 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal a toutefois prononcé l'admission provisoire de M. A... au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2606511
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi d'un recours pour excès de pouvoir contre une décision de l'OFII mettant fin aux conditions matérielles d'accueil d'un demandeur d'asile yéménite. Le tribunal a rejeté la demande d'annulation, estimant que la décision de l'OFII, motivée par le défaut de déclaration d'une protection internationale antérieure en Grèce, était suffisamment motivée et respectait les exigences procédurales. La juridiction a appliqué les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que la directive européenne 2013/33/UE.
03/04/2026