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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2411981

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2411981

lundi 27 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2411981
TypeDécision
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantNUNES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 15, 16 et 27 mai 2024, M. A E demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler les décisions du 15 mai 2024 par lesquelles le préfet de police a décidé qu'il serait éloigné sans délai du territoire français et prononcé une interdiction de circuler sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Me Nunes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

- les décisions sont entachées d'une incompétence de leur auteur ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une méconnaissance de sa situation personnelle ;

- elles sont entachées d'une violation de son droit à bénéficier d'un interprète lors de la notification des mesures et des voies et délais de recours ;

- les décisions sont entachées d'une violation de son droit d'être informé et de présenter des observations avant l'édiction de la mesure et d'une violation du principe du contradictoire.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision est entachée d'une erreur de base légale ;

- la décision est entachée d'une violation des articles L. 233-1 et L. 251-1 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision est entachée d'une violation de l'article 27 de la directive 2004/38/CE du 29 avril 2004 et de l'article L. 233-1 et L. 251-1 2° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision refusant le délai de départ volontaire :

- la décision est entachée d'une erreur de base légale ;

- la décision est entachée d'une violation de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision fixant le pays de destination :

- la décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur de base légale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Martin-Genier en application de l'article

R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Martin-Genier ;

- les observations de Me Nunes, avocat commis d'office représentant M. E, assisté d'un interprète en wolof.

- les observations de Me Doucet, représentant le préfet de police.

Considérant ce qui suit :

1. M. A E, ressortissant espagnol né le 6 septembre 1995, demande au tribunal d'annuler les décisions du 15 mai 2024 par lesquels le préfet de police a décidé qu'il serait éloigné sans délai du territoire français, a fixé le pays de destination, et a prononcé une interdiction de circuler sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois.

Sur les conclusions aux fins d'admission au bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'accorder, en application des dispositions précitées, l'admission à titre provisoire de M. C à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions :

4. En premier lieu, les décisions contestées du 15 mai 2024 ont été signées par M. B D, attaché d'administration de l'Etat et adjoint à la cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, qui bénéficiait à cet effet d'une délégation de signature du préfet de police en vertu de l'article 19 de l'arrêté n° 2023-00059 du 23 janvier 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris du même jour. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence dont serait entaché les décisions attaquées doit être écarté.

5. En deuxième lieu, les décisions attaquées mentionnent les considérations de fait et de droit sur lesquels elles se fondent. Elles visent notamment le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et fait état d'éléments relatifs à la situation personnelle du requérant. L'obligation de quitter le territoire mentionne en outre, notamment, que le requérant a, le 12 avril 2024, été signalé pour acquisition, détention, offre ou cession et usage de produits stupéfiants, qu'il représente une menace pour l'ordre public, a refusé de communiquer des renseignements permettant d'établir son identité. Contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet de police n'était pas tenu de faire état de tous les éléments relatifs à sa situation personnelle dont il avait connaissance mais seulement des faits qu'il jugeait pertinents pour justifier le sens de sa décision. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen doivent être écartés.

6. En troisième lieu, M. E n'a, lors de son audition, pas manifesté sa volonté de communiquer avec une personne de son choix, et a déclaré comprendre le français. Dès lors, le moyen tiré de la violation de ses droits en raison de l'absence d'interprète, doit être carté.

7. Lors de son audition du 12 avril, le requérant a eu la possibilité de s'exprimer largement sur sa situation et n'a pas fait état de difficultés de compréhension. Dès lors, le moyen tiré de la violation de son droit d'être informé et de présenter des observations avant l'édiction de la mesure et d'une violation du principe du contradictoire doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

8. M. E a fait l'objet d'une mesure d'éloignement au motif du danger à l'ordre public qu'il représente. S'il n'est pas contesté qu'il est ressortissant espagnol, l'arrêté contesté décide dans son dispositif que l'intéressé " sera reconduit dans un pays dont il a la nationalité ou qui lui a délivré un titre en cours de validité ", ce qui est le cas pour l'Espagne dont il a la nationalité. Ainsi, l'erreur dont il est allégué qu'elle aurait privé la décision de base légale est sans influence sur la situation de M. E dès lors qu'il n'est pas susceptible d'être reconduit dans un autre pays que l'Espagne. Dès lors, les moyens tirés de ce que la décision est entachée d'une violation des articles L. 233-1 et L. 251-1 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'article 27 de la directive 2004/38/CE du 29 avril 2004 et de l'article L. 233-1 et L. 251-1 2° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :

9. Pour le même motif que celui retenu au point 7, le moyen tiré de l'erreur de base légale doit être écarté.

10. M. E a déclaré lors de son audition de police qu'il était domicilié en " un lieu indéterminé ". La circonstance qu'il n'a pas fait l'objet de poursuite par le procureur de la République est sans incidence sur la qualification de danger à l'ordre public qu'il appartient à l'autorité préfectorale d'apprécier sous le contrôle du juge. En l'espèce, les faits pour lesquels il a été signalés constituent une menace à l'ordre public. Le moyen tiré de la violation de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être cartés.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

11. L'obligation de quitter le territoire français n'est entachée d'aucune illégalité. Dès lors, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision soulevé à l'appui des conclusions à fin d'annulation de la décision fixant le pays de destination doit être écarté.

12. La décision fixant le pays de destination vise tout pays où il est légalement admissible, ce qui concerne au premier chef l'Espagne dont M. E a la nationalité. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit dès lors être écarté.

En ce qui concerne la décision prononçant une interdiction de circuler sur le territoire français :

13. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

14. La décision portant interdiction de circuler sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois ne mentionne pas l'ensemble des critères figurant dans l'article L. 612-6 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En tout état de cause, au regard des faits concernés, elle est disproportionnée au regard des faits pour lesquels le requérant a été signalé. Cette décision doit dès lors être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

15. Le présent jugement n'annule que la décision prononçant une interdiction de circuler sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois et n'implique aucune mesure d'injonction. Les conclusions tendant à ce qu'il soit au préfet de police de délivrer au requérant une attestation de demandeur d'asile une autorisation provisoire de séjour doivent dès lors, être rejetées.

Sur les frais d'instance :

16. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions du requérant fondées sur les articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. E est admis au bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La mesure portant interdiction de circuler sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois est annulée.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A E et au préfet de police.

Lu en audience publique le 27 mai 2024.

Le magistrat désigné,

P. MARTIN-GENIERLe greffier,

R. DRAI

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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