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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2412020

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2412020

mardi 2 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2412020
TypeDécision
PublicationC
Formation3e Section - 1re Chambre
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 mai 2024, Mme Marquise A, représentée par Me Tchiakpe, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 avril 2024 par lequel le préfet de police lui a retiré les titres de séjour allant de la période du 27 septembre 2010 au 21 mai 2024, a refusé son admission au séjour en qualité de " parent d'enfant scolarisé ", l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour temporaire portant la mention vie privée et familiale ou à défaut de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, le tout dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de soixante-dix euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme A soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors qu'elle justifie résider habituellement depuis plus de dix ans sur le territoire français et que le préfet n'a pas saisi préalablement pour avis la commission du titre de séjour et qu'elle remplit les conditions de l'admission exceptionnelle au séjour, ce qui avait conduit le préfet à lui délivrer un titre de séjour ;

- est entachée d'un défaut de base légale et d'une erreur de droit, alors que le préfet ne pouvait rapporter le dernier titre de séjour que dans un délai de quatre mois à compter de l'arrêt de la cour ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mai 2024, le préfet de police représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Le préfet de police soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin d'annulation :

1. Mme A, ressortissante camerounaise née le 9 novembre 1972 à Douala, est entrée en France en décembre 2008 selon ses déclarations. Par un arrêté du 16 décembre 2019, le préfet de police a procédé au retrait des titres de séjour temporaires dont elle avait bénéficié sur la période du 27 septembre 2010 au 6 février 2014 ainsi que de la carte de résident valable du 3 septembre 2014 au 2 septembre 2024, ne lui a pas délivré de titre de séjour valable un an et a assorti sa décision d'une obligation de quitter le territoire français fixant le pays de destination au motif que ces titres avaient été obtenus par fraude. Par un jugement n°2001634/2-1 du 29 septembre 2020 le tribunal administratif de Paris a annulé cet arrêté. Par un arrêt n°20PA03048 du 18 novembre 2021, la cour administrative d'appel de Paris a annulé ce jugement. Le 13 mai 2022, Mme A a déposé une nouvelle demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en se prévalant de la scolarisation de ses enfants et a obtenu un titre de séjour valable du 24 novembre 2022 au 23 novembre 2023 prorogé par récépissé valable du 22 février 2024 au 21 mai 2024. Par un arrêté du 16 avril 2024, dont elle demande l'annulation, le préfet de police a procédé au retrait des titres de séjour temporaires dont elle avait bénéficié sur la période du 27 septembre 2010 au 21 mai 2024, a rejeté sa demande d'admission au séjour en qualité de " parent d'enfant scolarisé " et a assorti sa décision d'une obligation de quitter le territoire français fixant le pays de destination au motif que ces titres avaient été obtenus par fraude.

2. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. "

3. Il est constant que postérieurement à l'arrêt de la cour administrative d'appel de Paris annulant le jugement du tribunal et confirmant la légalité de la décision du préfet de police portant retrait de titres de séjour, refus de séjour et obligation de quitter le territoire français, Mme A a sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Un premier titre de séjour lui a été délivré valable du 24 novembre 2022 au 23 novembre 2023. Alors qu'il n'est pas contesté que l'intéressée réside habituellement sur le territoire français depuis plus de dix ans, celle-ci est fondée à soutenir que le préfet ne pouvait lui refuser sa demande d'admission au séjour en qualité de " parent d'enfant scolarisé ", dont le seul fondement est l'article L. 435-1 précité du code, sans saisir préalablement la commission du titre de séjour.

4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation la décision du préfet de police du 16 avril 2024 en tant que ce dernier porte refus de titre de séjour, ainsi que, par voie de conséquence, la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et la décision fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Il y a lieu, eu égard aux motifs du présent jugement d'enjoindre au préfet de police de réexaminer la demande de Mme A dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 16 avril 2024 par lequel le préfet de police a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme A, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de la reconduite, est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police réexaminer la demande de Mme A dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera à Mme A la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme Marquise A et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 18 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bailly, présidente,

M. Marthinet, premier conseiller,

Mme Marcus, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2024.

La présidente rapporteure,

P. Bailly L'assesseure la plus ancienne,

L. Marthinet

Le greffier,

Y. Fadel

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2412020

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