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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2412036

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2412036

jeudi 13 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2412036
TypeDécision
PublicationC
Avocat requérantCABINET KOSZCZANSKI, BERDUGO AVOCATS ASSOCIES (SELARL)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête accompagnée de pièces complémentaires enregistrées le 15 mai 2024 et le 28 mai 2024, M. A, représenté par Me Berdugo, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 26 mars 2024 par lequel le préfet de police a fixé la Mauritanie comme pays de destination de son expulsion ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans l'attente, dans un délai de sept jours, une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, sous astreinte de 150 euros par jour de retard sur le fondement des dispositions des articles L.911-1 et L.911-2 du code de justice administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- eu égard à la nature et aux effets de la mesure d'expulsion, la condition d'urgence est présumée remplie ;

- sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, les moyens tirés de ce que cette décision :

- est insuffisamment motivée ;

- a été prise au terme d'une procédure irrégulière, dès lors que son droit à être entendu, en méconnaissance des articles L. 121-1 et L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Le préfet de police a produit des pièces qui ont été enregistrées le 23 mai 2024.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2407296 par laquelle le requérant demande l'annulation de cette décision fixant le pays de renvoi.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- et les observations de Me Berdugo, avocat de M. A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant mauritanien né le 28 novembre 1994 et entré en France en 2010, alors âgé de seize ans, dans le cadre d'un regroupement familial, ainsi qu'il le déclare, a fait l'objet d'un arrêté d'expulsion le 24 octobre 2018 et d'un arrêté de placement en rétention le 25 mars 2024 pris par le préfet de police. M. A demande la suspension de la décision du 26 mars 2024, par laquelle le préfet de police a fixé la Mauritanie comme pays à destination duquel il serait expulsé.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Aux termes de l'article L. 522-1 de ce code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ".

3. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. La décision attaquée, qui vise notamment l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, mentionne l'arrêté d'expulsion pris à l'encontre de M. A le 24 octobre 2018 et que ce dernier n'établit pas l'existence de risques d'être soumis en Mauritanie à des traitements prohibés par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Cette motivation, suffisante, révèle que la décision a été prise à l'issue d'un examen particulier de la situation du requérant.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A, par un acte du 25 mars 2024, notifié à 16 heures 40, a été invité à présenter ses observations sur la décision attaquée, alors seulement envisagée. Cet acte, qui précisait que M. A pouvait réclamer l'assistance d'un avocat ou de toute personne de son choix, fixait au requérant un délai de vingt-quatre heures pour présenter ses observations. Si la décision attaquée a été prise avant l'expiration du délai imparti pour la présentation d'observations, d'une part, M. A, qui a refusé de signer l'acte l'invitant à présenter des observations, est réputé en avoir eu connaissance, d'autre part, il n'apporte aucune précision à l'instance quant aux observations ou la nature des observations qu'il aurait formulée si le délai complet avait été observé.

6. Contrairement à ce que soutient M. A, qui est célibataire et sans charge de famille, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est, eu égard à l'objet de la décision attaquée, inopérant. Si M. A soutient que la décision attaquée est disproportionnée à la menace à l'ordre public compte tenu de l'ancienneté des faits sur lesquels s'est fondé l'auteur de l'arrêté d'expulsion, ce moyen qui aurait pu être utilement soulevé au soutien de conclusions présentées à l'encontre de ce dernier arrêté, est, en revanche, lui-même inopérant à l'encontre de la décision attaquée prise exclusivement pour l'exécution de la décision d'expulsion.

7. Il résulte de tout ce qui ne précède qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est propre, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée et que, sans qu'il soit besoin de statuer sur la condition d'urgence, sa requête ne peut qu'être rejetée.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au préfet de police.

Le juge des référés,

J.-F. C

Fait à Paris, le 13 juin 2024.

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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