jeudi 3 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2412060 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 5e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | CABINET ACTIS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 15 mai 2024, 30 mai 2024 et 28 août 2024, Mme A B, représentée par Me Giuliani, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 16 avril 2024 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de procéder au réexamen de sa situation en vue de la délivrance, à titre principal, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou, à titre subsidiaire, portant la mention " étudiant ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de quinze jours et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme B soutient que :
- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'une insuffisance de motivation, d'un défaut d'examen de sa situation personnelle et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une insuffisance de motivation, d'un défaut d'examen de sa situation particulière, méconnaît l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision accordant un délai de trente jours et la décision fixant le pays de renvoi sont illégales par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 août 2024, le préfet de police, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués par Mme B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Maréchal,
- et les observations de Me Giuliani pour Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante kazakhe née le 21 octobre 1998, est entrée une première fois sur le territoire français le 6 mai 2016 en détenant un titre de séjour, valable jusqu'au 23 décembre 2018, en qualité d'enfant du personnel de l'ambassade de la République du Kazakhstan en France. A l'expiration de la validité de ce titre, elle est entrée une nouvelle fois sur le territoire français le 12 septembre 2019, munie d'un visa de long séjour délivré par l'ambassade de France au Kazakhstan et valable jusqu'au 1er septembre 2020. Le 6 février 2021, le préfet de police lui a délivré une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée d'un an. Le 1er juillet 2022, elle a sollicité son admission exceptionnelle au séjour en qualité de salariée. Le 31 août 2022, elle a également demandé le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étudiante. Mme B a été informée sur son compte " ANEF " que sa demande de renouvellement de carte de séjour portant la mention " étudiant " était " clôturée " au motif qu'une demande d'admission exceptionnelle avait également été présentée. Par un arrêté du 16 avril 2024, le préfet de police a refusé son admission exceptionnelle au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Mme B demande l'annulation de cet arrêté du 16 avril 2024.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Il ressort des pièces du dossier que Mme B est régulièrement présente en France depuis ses 17 ans, soit depuis près de 8 ans, qu'elle a étudié à l'institut national des langues et civilisations orientales où elle a obtenu une licence en 2023, et qu'elle exerce, en parallèle de ses études, cumulativement une activité de serveuse, depuis 2019, et de technicienne de surface au sein de l'ambassade du Kazakhstan en France.
3. En se bornant à retenir de manière générale et stéréotypée, sans faire état des faits rappelés au point précédent, que " les éléments que l'intéressée fait valoir à l'appui de sa demande, appréciés notamment au regard de la durée de sa résidence habituelle sur le territoire français, ne peuvent être regardés comme des considérations () de nature à justifier son admission exceptionnelle au séjour " et que Mme B produirait seulement " à l'appui de sa demande un cerfa de demande d'autorisation de travail pour le métier de serveuse extra en contrat à durée indéterminée ", il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police aurait procédé à un examen de la situation particulière de la requérante. Dans ces conditions, ce moyen doit être accueilli.
4. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, Mme B est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 16 avril 2024.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
5. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre au préfet de police, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de réexaminer la situation de Mme B dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement et de la munir, dans cette attente, d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de quinze jours suivant cette notification. En revanche, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Mme B de la somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : L'arrêté du 16 avril 2024 du préfet de police est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de procéder au réexamen de la situation de Mme B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de la munir, dans cette attente, d'une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de cette notification.
Article 3 : L'Etat versera à Mme B la somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024 à laquelle siégeaient :
M. Ho Si Fat, président,
Mme Lamarche, première conseillère,
M. Maréchal, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.
Le rapporteur,
M. MaréchalLe président,
F. Ho Si FatLa greffière,
V. Lagrède
La République mande et ordonne au préfet de police, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
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