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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2412096

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2412096

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2412096
TypeDécision
PublicationC
Formation5e Section - 1re Chambre
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 mai 2024, M. D B, représenté par Me Audrain, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 avril 2024 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de trente jours à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour avec autorisation de travail, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de procéder à l'effacement du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice d'incompétence ;

- la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour est entachée d'un vice de procédure, est insuffisamment motivée, est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'il est inséré en France, et méconnaît l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée, est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de séjour, méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces stipulations ;

- la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire est insuffisamment motivée, est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, et est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision d'interdiction de retour sur le territoire français est disproportionnée et méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français et méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juillet 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par M. B ne sont pas fondés.

Un mémoire pour M. B a été produit le 27 août 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction intervenue le 12 août 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Maréchal,

- et les observations de Me Audrain pour M. B.

Le 19 septembre 2024, M. B a produit une note en délibéré.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant bangladais qui déclare être entré sur le territoire français le 3 avril 2021, s'est vu reconnaître le bénéfice de la protection subsidiaire par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 21 décembre 2021. L'intéressé a présenté le 7 avril 2023 une demande de carte de séjour sur le fondement de l'article L. 424-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 21 décembre 2023, le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a mis fin au bénéfice de sa protection subsidiaire. Par un arrêté du 11 avril 2024, le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de trois ans. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions :

2. Par un arrêté n° 2024-00349 du 18 mars 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, le préfet de police a délégué sa signature à M. E, sous-directeur du séjour et de l'accès à la nationalité, pour signer les arrêtés en matière de séjour, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme C, préfète déléguée à l'immigration auprès du préfet de police, et de Mme A, son adjointe. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mmes C et A n'auraient pas été absentes ou empêchées à la date de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne la décision de refus de séjour :

3. Aux termes de l'article L. 424-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire " d'une durée maximale de quatre ans () ".

4. En premier lieu, le requérant soutient que la décision de refus de séjour est entachée d'un vice de procédure dès lors que, dans le cas où la mention selon laquelle il a été condamné pénalement devait résulter d'une consultation du traitement des antécédents judiciaires, il n'est pas établi qu'une telle consultation aurait été réalisée par un agent habilité à cette fin. Toutefois, il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que le préfet s'est en particulier fondé sur la décision de l'OFPRA qui a mis fin au bénéfice de la protection subsidiaire et qui mentionnait, en détaillant ses motifs, le jugement du tribunal correctionnel le condamnant. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'existence d'un vice de procédure doit être écarté.

5. En deuxième lieu, la décision attaquée, qui mentionne l'article L. 424-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui rappelle que le directeur général de l'OFPRA a mis fin au bénéfice de la protection subsidiaire qui lui avait été accordé, qui mentionne sa condamnation pénale et qui expose sa situation familiale, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

6. En troisième lieu, il résulte des dispositions citées au point 3 que la délivrance de la carte de séjour prévue par l'article L. 424-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est conditionnée au bénéfice de la protection subsidiaire. Or, il ressort des pièces du dossier, en particulier de la décision de l'OFPRA du 21 décembre 2023, que, à la date de l'arrêté attaqué, M. B ne bénéficiait plus de la protection subsidiaire. Par conséquent, c'est sans commettre d'erreur de fait ni d'erreur d'appréciation que le préfet de police a refusé de lui délivrer ce titre de séjour.

7. En dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la décision de refus de titre de séjour et doit donc être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, eu égard à ce qui a été dit au point 5, la décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

9. En deuxième lieu, la décision de refus de séjour n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen invoqué par la voie de l'exception à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire, tiré de l'illégalité de cette décision, doit être écarté.

10. En troisième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français qui n'a pas, par elle-même, pour objet de renvoyer M. B dans son pays d'origine.

En ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

11. En premier lieu, la décision attaquée, qui mentionne notamment que M. B a été condamné le 9 mars 2022 par le tribunal correctionnel de Paris à dix mois d'emprisonnement avec sursis, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

12. En deuxième lieu, la décision de refus portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen invoqué par la voie de l'exception à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire, tiré de l'illégalité de cette décision, doit être écarté.

13. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () ".

14. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été condamné par le tribunal correctionnel de Paris pour avoir soustrait un téléphone, un portefeuille et un sac à dos, en donnant à la victime des coups de poing et de pied, en la menaçant avec une ceinture, et en la bousculant. Son comportement constituant une menace pour l'ordre public, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que le préfet de police a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

15. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour () ". L'article L. 612-10 du même code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

16. D'une part, M. B, présent en France depuis seulement trois ans à la date de l'arrêté attaqué, ne justifie pas disposer d'attaches, notamment familiales, en France. D'autre part, sa présence constitue, compte tenu de ce qui a été dit au point 14, une menace pour l'ordre public au sens de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En prononçant une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de trois ans, le préfet de police n'a pas pris une décision disproportionnée.

17. En second lieu, la décision par laquelle un étranger est interdit de retourner sur le territoire français ne constitue pas, en elle-même, un traitement inhumain ou dégradant. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

17. En premier lieu, la décision de refus portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen invoqué par la voie de l'exception à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi, tiré de l'illégalité de cette décision, doit être écarté.

18. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ;/ 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

19. Si le préfet a retenu dans son arrêté que M. B " n'établit pas être exposé à des peines ou des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de m'homme et des libertés fondamentales dans son pays d'origine ", il ressort toutefois des pièces du dossier que la protection subsidiaire a été accordée à ce dernier par la CNDA, en décembre 2021, soit il y a moins de trois ans, au motif qu'il était exposé à des traitements inhumains ou dégradants au Bangladesh. En outre, ainsi qu'il a été dit précédemment, cette protection a été retirée pour des motifs qui n'ont pas trait aux risques que l'intéressé encourt dans son pays d'origine. En l'absence de tout élément nouveau produit par le préfet, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être accueilli.

20. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 11 avril 2024 en tant qu'il fixe le Bangladesh comme pays de renvoi.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

21. Le présent jugement, qui prononce seulement l'annulation de la décision fixant le pays de renvoi, n'appelle par lui-même aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions aux fins d'injonction présentées par le requérant doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

22. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme que demande M. B au titre au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 11 avril 2024 est annulé en tant qu'il fixe le Bangladesh comme pays de renvoi.

Article 2 : Les conclusions présentées par M. B sont rejetées pour le surplus.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024 à laquelle siégeaient :

M. Ho Si Fat, président,

Mme Lamarche, première conseillère,

M. Maréchal, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.

Le rapporteur,

M. MaréchalLe président,

F. Ho Si FatLa greffière,

V. Lagrède

La République mande et ordonne au préfet de police, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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