jeudi 26 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2412118 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 5e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 mai 2024, M. A B, représenté par Me Charles, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 12 avril 2024 par laquelle la préfecture de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé a quitté le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné ;
2°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et à titre subsidiaire, de procéder, dans les mêmes conditions, au réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans l'intervalle, une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que la décision attaquée :
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'erreurs de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juillet 2024, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Feghouli, rapporteur ;
- et les observations de Me Charles pour M. B.
Une note en délibéré a été enregistrée le 4 septembre 2024 pour M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant de nationalité égyptienne, né le 1er avril 1972, a déposé, le 7 décembre 2022, une demande d'admission exceptionnelle au séjour auprès de la préfecture de police. Par une décision du 12 avril 2024, le préfet de police a rejeté sa demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour et l'a obligé a quitté le territoire français. Par la présente seconde requête, M. B demande au tribunal d'annuler cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
3. Il ressort des pièces du dossier, sans être sérieusement contesté par le préfet, que M. B réside en France depuis l'année 2016, qu'à la date de la décision attaquée, son épouse est titulaire d'un titre de séjour dont l'obtention est attestée par un message de la préfecture jointe au dossier, qu'en outre la communauté de vie entre les époux n'est nullement contestée. Par ailleurs, le requérant est père de quatre enfants, dont trois résident régulièrement sur le territoire national. Aussi, dans les circonstances de l'espèce, au regard de la durée de séjour du requérant en France où son épouse et trois de ses enfants résident régulièrement à la date de la décision attaquée, M. B est fondé à soutenir que le refus de titre de séjour qui lui a été opposé porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée en vue desquels cette décision a été prise. Par suite, M. B est fondé à soutenir que le refus de séjour attaqué méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour et par voie de conséquence celle portant obligation de quitter le territoire français.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
5. Eu égard au motif d'annulation retenu, sous réserve d'un changement des circonstances de fait ou de droit, il y a lieu d'enjoindre au préfet de police de délivrer à M. B un titre de séjour dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de le munir, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
6. Il y a lieu de mettre à la charge de l'État, partie perdante, une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 12 avril 2024 du préfet de police est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de délivrer à M. B un titre de séjour dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de le munir, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : L'État versera la somme de 1 000 euros à M. B, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 4 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Gros, président,
- M. Feghouli, premier conseiller,
- M. Rebellato, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.
Le rapporteur,
M. FEGHOULI
Le président,
L. GROSLa greffière,
C. CHAKELIAN
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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26/03/2026