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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2412203

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2412203

mercredi 2 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2412203
TypeDécision
PublicationC
FormationSection 8 - Chambre 1
Avocat requérantCABINET ACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Paris a rejeté la requête de Mme F D, ressortissante congolaise, qui contestait l'arrêté du préfet de police du 23 avril 2024 refusant le renouvellement de son titre de séjour pour soins, l'obligeant à quitter le territoire. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence du signataire et d'irrégularité de la procédure d'avis médical, jugeant la délégation de signature régulière et l'avis du collège de médecins de l'OFII valide. Il a également estimé que la décision ne méconnaissait ni les articles L. 425-9 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni les articles 3 et 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. En conséquence, le tribunal a refusé l'aide juridictionnelle provisoire et rejeté l'ensemble des demandes de la requérante.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 17 mai et le 19 juillet 2024, Mme F D, représentée par Me Michaud, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration la communication de son dossier médical au vu duquel son collège des médecins a rendu son avis ;

3°) d'annuler l'arrêté du 23 avril 2024 par lequel le préfet de police a rejeté sa demande de renouvellement de son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée ;

4°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des articles L. 425-9 ou L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation et, dans cette attente, de la munir d'une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous même condition d'astreinte ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 000 euros à Me Michaud, son conseil, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il est intervenue au terme d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'est pas justifié de l'existence d'un avis rendu par le collège de médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, l'identité et la compétence des signataires de cet avis ne sont pas justifiées pas plus qu'il n'est établi que le médecin rapporteur, dont la compétence n'est pas justifiée, n'a pas siégé au sein du collège ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juillet 2024, le préfet de police, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 30 juillet 2024, la clôture de l'instruction a été reportée au 13 août 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Topin ;

- et les observations de Me Michaud avocat de Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme F D, ressortissante congolaise (RDC) née le 30 avril 1997 et entrée en France le 28 février 2019 selon ses déclarations, a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 23 avril 2024, dont l'intéressée demande l'annulation, le préfet de police a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée.

Sur l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Mme D n'a pas déposé de demande d'aide juridictionnelle dans la présente instance et ne se prévaut d'aucune urgence à même de justifier que lui soit accordé le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire. Par suite, il n'y a pas lieu de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, par un arrêté n°2024-00349 du 18 mars 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris, le préfet de police a donné délégation à M. B A, attaché d'administration hors classe de l'Etat, placé sous l'autorité de Mme G C, pour signer tous arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions, en cas d'absence ou d'empêchement des autres délégataires, sans qu'il ressorte des pièces du dossier que ces derniers n'aient pas été absents ou empêchés lorsqu'il a signé la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de son signataire doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. / Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. " En vertu des dispositions des articles R. 425-11 à R. 425-13 du même code, l'avis est émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dont la composition est fixée par décision du directeur général de l'office, au vu, notamment, d'un rapport médical établi par un médecin de cet office à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre. Le premier alinéa de l'article R. 425-13 précise que le collège à compétence nationale est composé de trois médecins et que " le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. "

6. D'une part, Mme D soutient que l'arrêté attaqué a été pris au terme d'une procédure irrégulière. Toutefois, l'administration a produit, à l'instance, la copie de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), rendu le

9 octobre 2023, visé par la décision attaquée, et qui comporte toutes les mentions prévues par l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016. Cet avis a été signé par les membres du collège des médecins et il ressort de ses mentions que le médecin instructeur ne figurait pas parmi ses signataires et que les médecins du collège des médecins ont été régulièrement désignés par une décision du directeur général de l'OFII du 25 juillet 2023 régulièrement publiée sur le site internet de l'office. Par ailleurs, les dispositions de l'article R. 425-12 précitées n'imposent pas que le médecin rapporteur chargé d'établir un rapport médical soit désigné à cette fin par le directeur général de l'OFII. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration doit être écarté.

7. D'autre part, pour refuser de délivrer à Mme D un titre de séjour, le préfet de police a estimé, au vu de l'avis rendu par le collège de médecins de l'OFII le 9 octobre 2023, que si l'état de santé de cette dernière nécessitait une prise en charge médicale, dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié en République démocratique du Congo, eu égard à son offre de soins et aux caractéristiques de son système de santé. Il ressort des pièces du dossier que Mme D souffre de déficience visuelle binoculaire et de surdité, et bénéficie à ce titre d'un traitement à base de Latanoprost, Celluvisc, Dorzolamide, Acetazolamide et de Potassium chlorure. Elle souffre également d'une pathologie psychiatrique pour laquelle elle est traitée par Abilify. A l'appui de ses allégations quant à l'impossibilité de bénéficier du traitement approprié à son état de santé en République Démocratique du Congo, elle produit une ordonnance établie le 10 mai 2024, rédigée par un médecin du centre hospitalier Roi Baudoin 1er de Kinshasa qui, se référant aux traitements de sa déficience visuelle et auditive, indique que " Après avoir cherché les médicaments, nous constatons que tous ces médicaments sont rares et importés c'est rare dans nos pharmacies " et un certificat établi le 10 juillet 2024 par un médecin de l'hôpital Hôtel-Dieu, qui demande le maintien de Mme D sur le territoire français au vu de l'indisponibilité des soins dans son pays d'origine. Elle se réfère également à un rapport du 28 février 2022 de l'organisation suisse d'aide aux réfugiés qui indique qu'en République démocratique du Congo, l'Abilify n'est pas couramment utilisé, difficile à trouver et que son coût est élevé. Ces éléments ne sont cependant pas suffisamment circonstanciés pour établir que l'intéressée ne pourrait pas effectivement bénéficier du traitement prescrit en France ou d'un traitement substituable adapté à ses pathologies dans son pays d'origine. Il ressort également d'un rapport médical et d'une attestation médicale, établis le 19 juin 2024, postérieurement à l'arrêté, par des médecins de l'hôpital général de Kinshasa, que les techniques médicales ne seraient pas adéquates en République démocratique du Congo et que leurs techniques opératoires n'ont pas donné de résultat satisfaisant avant le départ de l'intéressée pour la France. Toutefois, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que son état de santé nécessiterait une intervention chirurgicale. Par suite, Mme D n'est pas fondée à soutenir que le préfet de police aurait commis une erreur d'appréciation en rejetant sa demande de renouvellement d'un titre de séjour.

8. En troisième lieu, Mme D a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en raison de son état de santé. Par suite, elle ne peut utilement invoquer la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen doit par suite être écarté.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir d'ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Mme D se prévaut de sa présence en France depuis cinq ans, de son intégration et de la présence de sa mère, et de sa tante sur le territoire français. Il ressort des pièces du dossier qu'elle est célibataire et sans charge de famille, et n'établit l'existence d'aucun lien particulier noué en France, que sa mère est en situation irrégulière et qu'il n'est pas soutenu qu'elle entretienne des liens avec sa tante qui réside en France et dont la régularité du séjour n'est au demeurant pas précisée. Par ailleurs, elle n'établit pas être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de vingt-deux ans. Dans ces conditions, le préfet de police n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis par la décision attaquée. Il n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

12. Si Mme D soutient qu'elle risque d'être soumise à des peines ou traitements inhumains et dégradants en cas de retour en République démocratique du Congo, en raison de la difficulté d'accès aux soins, de la stigmatisation subie par les personnes atteintes de troubles psychiatriques et de l'insécurité, il résulte d'une part de ce qui a été dit au point 7, qu'elle n'établit pas qu'elle ne pourrait pas bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine, et elle n'apporte, d'autre part, aucun élément de nature à établir la réalité des risques auxquels elle serait personnellement exposé dans son pays. Dès lors, le moyen tiré de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme D doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles, présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Mme D n'est pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Les autres conclusions de la requête de Mme D sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme F D, à Me Michaud et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 17 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Topin, présidente-rapporteure,

- Mme Marik-Descoings, première conseillère,

- M. Hémery, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 octobre 2024.

La présidente-rapporteure,

E. Topin L'assesseure la plus ancienne,

N. Marik-Descoings

La greffière,

A. Depousier

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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