jeudi 23 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2412439 |
| Type | Ordonnance |
| Avocat requérant | CABINET BASIC ROUSSEAU AVOCATS (SELARL) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 mai 2024 M. D B et Mme C B, agissant en qualité de représentants légaux de leur enfant mineur, M. A B, représentés par Me Rousseau, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 19 avril 2024 par laquelle le lycée français Charles Lepierre de Lisbonne a prononcé l'exclusion définitive de leur enfant ;
2°) d'enjoindre au lycée français Charles Lepierre de Lisbonne de réintégrer leur enfant pour lui permettre d'assister aux enseignements et de passer ses épreuves du troisième trimestre et du brevet des collèges ;
3°) de mettre à la charge du lycée français Charles Lepierre de Lisbonne et de l'État la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision porte une atteinte grave et manifestement illégale à ses droits et libertés fondamentaux, notamment au droit à l'éducation prévu à l'article D. 511-43 du code de l'éducation, dès lors que leur enfant, en classe de troisième, n'est plus scolarisé, malgré des tentatives d'inscription pour l'année scolaire en cours dans divers établissements ; la décision contestée est entachée d'une erreur dans la qualification juridique des faits et d'une disproportion manifeste quant au choix de la sanction ;
- il y a urgence dès lors que selon le calendrier défini par l'école les cours s'arrêteront le 31 mai 2024 et que les premières épreuves du brevet débuteront au mois de juin, et que les évaluations pour certaines matières sont prévues dès la fin de ce mois de mai. Enfin, l'état de santé mental de leur enfant se dégrade de plus en plus depuis son exclusion.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'éducation ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. E pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". Selon l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. / Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique ". L'article L. 522-3 dispose cependant que " lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".
2. Aux termes de l'article L. 111-1 du code de l'éducation : " () Le droit à l'éducation est garanti à chacun () " et aux termes de l'article L. 111-2 du même code : " Tout enfant a droit à une formation scolaire qui, complétant l'action de sa famille, concourt à son éducation () ". Aux termes de l'article L. 131-1 du même code : " L'instruction est obligatoire pour les enfants des deux sexes, français et étrangers, entre six ans et seize ans () ". Aux termes du I de l'article R. 511-13 du code de l'éducation : " Dans les collèges et lycées relevant du ministre chargé de l'éducation, les sanctions qui peuvent être prononcées à l'encontre des élèves sont les suivantes : () 6° L'exclusion définitive de l'établissement ou de l'un de ses services annexes. / Les sanctions prévues aux 3° et 6° peuvent être assorties du sursis à leur exécution () / Le règlement intérieur reproduit l'échelle des sanctions et prévoit les mesures de prévention et d'accompagnement ainsi que les modalités de la mesure de responsabilisation. ". Ces dispositions, combinées, ne font pas obstacle à ce que soit prononcée à l'encontre d'un élève reconnu coupable d'un manquement grave aux règles de discipline, une sanction d'exclusion définitive d'un établissement scolaire, lorsque cette sanction n'a pas pour effet de mettre définitivement fin à sa scolarité.
3. Le jeune A B est scolarisé, en classe de troisième, au lycée français Charles Lepierre de Lisbonne, au titre de l'année 2023-2024. Le 9 avril 2024, il a adressé à son enseignante de portugais un message vocal, réalisé avec un camarade de classe. Le 10 avril 2024 l'établissement a pris à son encontre, à titre conservatoire, une mesure d'exclusion temporaire lui interdisant l'accès à l'établissement, dans l'attente de la tenue d'un conseil de discipline. Par un courrier du 11 avril 2024, le lycée a adressé à ses parents une convocation pour le conseil de discipline, le 19 avril 2024 à 15 heures, dans les locaux de l'établissement, pour des motifs d'apologie du terrorisme et de menaces de mort. Ces derniers ont également été informés de ce qu'à compter du 15 avril 2024, jusqu'au 19 avril suivant, ils pourraient prendre connaissance du dossier disciplinaire. Le 19 avril 2024, l'établissement a notifié aux parents une décision d'exclusion définitive de l'établissement, prenant effet le même jour, fondée sur les motifs précités. Par la présente requête, les parents de l'enfant demandent la suspension de l'exécution de cette mesure.
4. Pour décider de l'exclusion définitive de l'établissement de M. A B, la décision attaquée reproche à ce dernier d'avoir adressé à sa professeure de portugais un message vocal ayant pour teneur de l'apologie du terrorisme et des menaces de mort. Il ressort des pièces du dossier que A, avec un camarade, y a notamment affirmé que les attentats du 11 septembre 2001 étaient " mérités " et, répondant aux propos de ce camarade affirmant qu'il allait " rentrer dans le cours de madame F (..) et tous les butter, surtout elle ", A a ajouté " on va tous les butter un par un ok, surtout l'autre conne-là () ".
5. Mme et M. B soutiennent que la transmission de ce message à sa professeure par leur enfant procédait d'une erreur d'envoi et que ce message vocal relevait d'une plaisanterie puérile, de sorte que la mesure contestée est entachée d'une erreur dans la qualification juridique des faits. Les requérants font valoir en outre que la sanction infligée est manifestement disproportionnée, dès lors qu'une mesure éducative ou un sursis à exécution auraient pu être envisagés, eu égard notamment à l'absence de dangerosité de leur enfant attestée par un médecin. Enfin, les parents soutiennent que la mesure contestée a été adoptée dans des conditions de votes partagés au sein du conseil de discipline. Toutefois, eu égard, en l'espèce, d'une part, à la gravité des faits reprochés, dont la matérialité n'est pas contestée, d'autre part, au contexte d'application renforcée du plan Vigipirate, notamment à l'égard des usagers et des agents de ce service public, enfin, à l'absence de démonstration suffisante que la sanction retenue aurait pour effet de mettre définitivement fin à la scolarité de A pour l'année scolaire en cours, la mesure d'exclusion définitive pour motif disciplinaire qui est contestée ne saurait être regardée comme portant une atteinte gave et manifestement illégale au droit à l'éducation de l'enfant, au sens des dispositions précitées de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.
6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête Mme et M. B doit être rejetée, en toutes ses conclusions, en application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. et de Mme B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D B et à Mme C B.
Fait à Paris, le 23 mai 2024.
Le juge des référés,
B. E.
La République mande et ordonne au ministre de l'Europe et des affaires étrangères en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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