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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2412519

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2412519

mercredi 9 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2412519
TypeDécision
PublicationC
FormationSection 8 - Chambre 1
Avocat requérantBOULET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 13 mai 2024, le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a renvoyé au tribunal administratif de Paris la requête de Mme B, enregistrée le 10 mai 2024.

Par une requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Paris, le 15 mai 2024, Mme A C B, représentée par Me Boulet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 avril 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de renouvellement de son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet compétent de lui délivrer un titre de séjour mention " étudiant ", ou, à défaut, de réexaminer sa situation et, dans cette attente, de la munir d'une attestation provisoire de séjour, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une inexactitude matérielle des faits quant à son parcours et ses projets académiques ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

S'agissant des décisions portant obligation de quitter le territoire français, d'octroi d'un délai de départ volontaire et de fixation du pays de renvoi :

- elles sont illégales en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour qu'elles assortissent.

- elles sont entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle.

S'agissant de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est disproportionnée quant à sa durée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 juillet 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 3 juillet 2024, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 6 août 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Topin ;

- et les observations de Me Boulet, avocate de Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante indonésienne, née le 18 juillet 2001, entrée en France le 13 janvier 2020, munie d'un visa long séjour " étudiant " valant titre de séjour, valable du 20 décembre 2019 au 20 décembre 2020, a bénéficié d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " étudiant ", valable du 5 janvier 2021 au 4 janvier 2024. Elle a sollicité, le renouvellement de son titre de séjour, sur le fondement des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 4 avril 2024, dont l'intéressée demande l'annulation, le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

Sur la légalité de la décision de refus de titre de séjour :

2. Aux termes des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. () ". Il appartient à l'autorité administrative, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour présentée en qualité d'étudiant, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la réalité et le sérieux des études poursuivies en tenant compte de l'assiduité, de la progression et de la cohérence du cursus suivi.

3. Pour refuser à Mme B le renouvellement de son titre de séjour, le préfet des Hauts-de-Seine s'est fondé sur le motif, tiré du caractère non diplômant et le volume annuel insuffisant de la formation suivie par Mme B au sein de l'Institut Privé Campus Langues pour l'année 2024/2025 et sur celui, tiré de l'absence de rattachement de cette formation à un cursus cohérent d'études pour caractériser l'absence de la réalité et du sérieux des études poursuivies. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a validé, avec de très bons résultats, un cursus de trois années au sein de l'établissement d'enseignement supérieur privé " l'International Fashion Academy " de Paris conclu par l'obtention, le 23 juillet 2023, du grade bachelor de " Fashion design and Technology " et le diplôme de styliste de mode. Elle s'est ensuite inscrite le 8 janvier 2024 au sein de l'institut privé Campus Langue, afin d'y suivre des cours de français langue étrangère jusqu'au 8 janvier 2025 et a obtenu, le 19 avril 2024, le niveau A 2.2 avec une note de 17,5/20. Pour justifier du choix de cette formation, Mme B fait valoir la nécessité de disposer du niveau B1 en langue française pour poursuivre ses études par une formation complémentaire en master, soit au sein de l'Institut des Arts Appliqués, soit au sein de l'Institut MODART international, dont les cours sont dispensés en français et en anglais, dans le but d'acquérir les compétences nécessaires à la création de sa marque de vêtements et surtout dans un objectif d'insertion professionnelle par la réalisation de stages au sein de maisons de mode en France où la maîtrise du français est indispensable. Dans ces conditions, eu égard à la cohérence du cursus académique et professionnel présenté par l'intéressée, Mme B, qui par ailleurs justifie disposer de moyens d'existence suffisants, est fondée à soutenir que le préfet des Hauts-de-Seine a commis une erreur d'appréciation dans l'application de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de renouveler son titre de séjour en qualité d'étudiante.

4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée, à demander l'annulation de la décision du 4 avril 2024 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a refusé le renouvellement de son titre de séjour, ainsi que, par voie de conséquence, l'annulation des décisions l'obligeant à quitter le territoire français, fixant son pays de renvoi et lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

5. Le présent jugement implique nécessairement, sous réserve de changements de circonstances, qu'il soit enjoint au préfet des Hauts-de-Seine, ou à tout préfet territorialement compétent, de délivrer à Mme B une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " dans le délai de trois mois, à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée.

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Mme B d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 4 avril 2024 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent, de délivrer à Mme B un titre de séjour portant la mention " étudiant " dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Mme B une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B et au préfet des Hauts-de-Seine.

Copie au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Topin, présidente, rapporteure ;

- M. Matalon, premier conseiller ;

- Mme Perrin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2024.

La présidente-rapporteure,

E. Topin

L'assesseur le plus ancien,

D. Matalon La greffière,

D. Permalnaick

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N° 2412506/8

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