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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2413040

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2413040

mercredi 9 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2413040
TypeDécision
PublicationC
FormationSection 8 - Chambre 1
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 23 mai 2024, le 26 juillet 2024 et le 1er août 2024, Mme B A, représentée par Me Magdelaine, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 13 décembre 2023 par lequel le préfet de police a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation sous astreinte de 150 euros par jour de retard et, dans cette attente, de la munir d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous la même astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros à Me Magdelaine, son avocate, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entaché d'un vice de procédure à défaut de saisine de la commission du titre de séjour ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors qu'en l'absence de production de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), l'existence de cet avis ainsi que la régularité de la procédure ne sont pas établies ; il n'est pas justifié de la désignation régulière des médecins du collège, de l'identité du médecin auteur du rapport médical, de ce que ce médecin n'a pas siégé au sein du collège de médecins, de ce que l'avis a été signé par les médecins identifiables, de ce que la délibération a été collégiale, de ce que le rapport médical a été transmis au collège et, pas plus de ce que les " éléments de procédure " prévus par l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 sont mentionnés dans l'avis ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle. ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 juillet 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 3 juillet 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 6 août 2024.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 juillet 2024 du tribunal judiciaire de Paris.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 425-11 à R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Topin,

- et les observations de Me Magdelaine, avocate de Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante burkinabé, née le 19 mai 1986, entrée en France le 6 avril 2023, selon ses déclarations, a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 13 décembre 2023, dont l'intéressée demande l'annulation, le préfet de police a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Mme A a été admise, par une décision du

15 juillet 2024, au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, ses conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, sont devenues sans objet. Il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. (). / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. ". Aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions de procédure s'appliquent aux demandes présentées par les ressortissants algériens : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. () Il transmet son rapport médical au collège de médecins. / () ". En outre, aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale, composé de trois médecins, émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du présent article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'office. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège ()". Enfin, aux termes de l'article 5 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 425-11 à R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le collège de médecins à compétence nationale de l'office comprend trois médecins instructeurs des demandes des étrangers malades, à l'exclusion de celui qui a établi le rapport. () " et aux termes de l'article 6 de ce même arrêté : () Cet avis mentionne les éléments de procédure.() ".

5. Il ressort des pièces du dossier que l'avis du 16 octobre 2023 du collège de médecins de l'OFII a été émis au vu d'un rapport médical transmis le 10 octobre 2023 par un médecin, qui n'a pas siégé dans ce collège. En outre, il ressort de la décision du 25 juillet 2023 modifiant la décision du 17 janvier 2017 portant désignation au collège des médecins à compétence nationale de l'OFII que les docteurs Tretout, Perrot et Charenton qui ont rendu cet avis avaient bien compétence pour siéger dans le collège des médecins. Cet avis porte la mention " Après en avoir délibéré, le collège des médecins de l'OFII émet l'avis suivant ", qui fait foi jusqu'à preuve contraire, les noms et prénoms ainsi que la signature des médecins du collège y figurent. Enfin, si Mme A indique qu'il convient de vérifier que les " éléments de procédure " prévus par l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 figure dans l'avis, elle n'assortit ce moyen d'aucune autre précision permettant au tribunal de se prononcer. Dans ces conditions, le moyen tiré du vice de procédure au regard des dispositions des articles L. 425-9, R. 425-11, R. 425-12 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des articles 5 et 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 ne peut qu'être écarté.

6. En deuxième lieu, le préfet de police a refusé le titre de séjour sollicité en considérant que l'état de santé de l'intéressée nécessite une prise en charge dont le défaut pourrait avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'elle peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Il ressort des pièces du dossier que Mme A souffre d'une pathologie cardiaque traitée par bisoprorol et tardyferon, ainsi que d'une scoliose, pour laquelle aucune chirurgie n'est envisagée compte tenu de son état de santé. Dans ces conditions, alors qu'elle n'allègue ni ne démontre qu'elle ne pourrait pas bénéficier du traitement adapté à son état de santé dans son pays d'origine, elle n'est pas fondée à soutenir que le préfet de police aurait méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile en refusant de lui délivrer le titre de séjour sollicité.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles () L. 425-9 () à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / () ".

8. Ainsi qu'il vient d'être dit au point 6., Mme A ne remplit pas les conditions de renouvellement du titre de séjour prévues par l'article L. 425-9 dudit code. Dès lors, elle ne peut utilement soutenir que l'administration aurait dû préalablement saisir la commission du titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 432-13 de ce code doit être écarté.

9. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme A a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le seul fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 de ce même code est donc inopérant et doit être par suite écarté.

10. En cinquième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

10. Il ressort des pièces du dossier que Mme A est entrée en France le 6 avril 2013, mais que les documents produits pour les années 2013 à 2016 consistant en quelques relevés de livret A, quelques ordonnances médicales, des attestations d'aides médicales d'Etat, une attestation de demande de titre de séjour du 8 avril 2016, des avis d'imposition sans revenu déclaré ne suffisent pas à établir sa résidence habituelle s'agissant de cette période. Par ailleurs, en justifiant d'une activité à temps partiel d'agent de service de juillet à septembre 2017, en tant que surveillant scolaire en novembre 2022, puis en mars, avril, juin , septembre, octobre 2023 et janvier 2024 ainsi que d'une activité temps partiel en qualité de garde d'enfants d'avril à juin 2023 puis de septembre 2023 à février 2024 et, depuis janvier 2024, d'un contrat d'insertion à temps partiel en qualité d'aide éducatrice, Mme A ne démontre pas une insertion forte dans la société française. Rien ne fait obstacle par ailleurs à ce que la cellule familiale se reconstitue avec son fils né en 2021 dans son pays d'origine où elle ne soutient pas ne pas avoir de famille. Dans ces conditions, la décision attaquée n'a ni porté une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts qu'elle poursuit, ni méconnu l'intérêt supérieur de son enfant. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.

Sur la décision fixant le pays de destination :

11. Aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

12. Si Mme A soutient que l'absence de soins dans son pays d'origine l'exposerait à un risque réel d'être exposée à des traitements contraire à l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le moyen doit être écarté pour les motifs exposés au point 6. du présent jugement.

13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions attaquées. Ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte ainsi que celles présentées au titre des article L 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées par voie de conséquence.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu à statuer sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Les autres conclusions de la requête sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au préfet de police et à Me Magdelaine.

Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Topin, présidente, rapporteure ;

- M. Matalon, premier conseiller ;

- Mme Perrin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2024.

La présidente-rapporteure,

E. Topin

L'assesseur le plus ancien,

D. Matalon La greffière,

D. Permalnaick

***

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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