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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2413043

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2413043

mercredi 9 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2413043
TypeDécision
PublicationC
FormationSection 8 - Chambre 1
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés respectivement les 23 mai, 6 juin et 22 juillet 2024, Mme C D, représentée par Me Gauthier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 avril 2024 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sous astreinte de 400 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation et, dans cette attente, de la munir d'un récépissé de demande de titre de séjour, dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur l'arrêté pris dans son ensemble :

- il est entaché d'un défaut de compétence ;

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- il est entaché d'une erreur de droit ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

S'agissant de la décision de refus de délivrance d'un certificat de résidence :

- elle est entachée d'un vice de procédure à défaut de saisine de la commission du titre de séjour dès lors qu'elle remplit les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces articles ;

- elle méconnaît les stipulations du 1) de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

Par un mémoire en défense enregistré le 18 juillet 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 3 juillet 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 6 août 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Emmanuelle Topin,

- et les observations de Me Gauthier, avocate de Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante algérienne, née le 18 octobre 1987, est entrée en France pour la dernière fois le 28 octobre 2012, munie d'un visa de type C, délivré par les autorités françaises. Elle a sollicité, le 31 mai 2023, la délivrance d'un titre de séjour, sur le seul fondement de l'article 6-1 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. Par un arrêté du 23 avril 2024, dont l'intéressée demande l'annulation, le préfet de police a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligée à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée.

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions contestées :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-00349 du 18 mars 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris le même jour, le préfet de police a donné délégation à Mme B A, administratrice de l'Etat du deuxième grade, cheffe du service de l'administration des étrangers, adjointe à la préfète déléguée à l'immigration à la préfecture de police, pour signer tous arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions, en cas d'absence ou d'empêchement des autres délégataires, sans qu'il ressorte des pièces du dossier que ces derniers n'aient pas été absents ou empêchés lorsqu'elle a signé l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de son signataire doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise l'article 6-1 de l'accord franco-algérien, les articles 3 et 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 611-3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il indique également, avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles le préfet de police s'est fondé pour rejeter la demande de titre de séjour présentée par Mme D et fixer le pays de destination. Si cet arrêté ne mentionne pas tous les éléments caractérisant la situation de l'intéressée, il lui permet de comprendre les motifs des décisions attaquées et en particulier le refus de titre de séjour. Par ailleurs, en application des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'obligation de quitter le territoire français, n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte en fait de celle de la décision portant refus d'un titre de séjour dès lors que, comme c'est le cas en l'espèce, celle-ci est suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment des termes de l'arrêté attaqué, que le préfet de police a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de Mme D avant de refuser de lui accorder un titre de séjour, la circonstance que l'arrêté ne mentionne pas certains faits n'étant pas, en l'espèce, de nature à établir un défaut d'examen.

5. Enfin, les moyens tirés de la méconnaissance du droit d'être entendu, de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne sont pas assortis de précision permettant au juge d'en apprécier le bien-fondé et doivent par suite être écartés.

Sur les autres moyens relatifs à la légalité de la décision de refus de délivrance d'un certificat de résidence :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 110-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le présent code régit, sous réserve () des conventions internationales, () ". Aux termes des stipulations du 1) de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / 1) au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France depuis plus de dix ans () ".

7. Si l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régit d'une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, ainsi que les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, il n'a toutefois pas entendu écarter, sauf stipulations incompatibles expresses, l'application des dispositions de procédure qui s'appliquent à tous les étrangers en ce qui concerne la délivrance, le renouvellement ou le refus de titres de séjour. Au nombre de ces dispositions, figurent notamment celles qui résultent de l'article L. 435-1 précités du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui prévoient que le préfet doit consulter la commission du titre de séjour lorsqu'il envisage de refuser un titre de séjour à un étranger qui justifie d'une durée de résidence de dix ans sur le territoire français dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que ce refus porterait au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; que le préfet n'est toutefois tenu de saisir la commission que du seul cas des étrangers qui remplissent effectivement cette condition, et non de celui de tous les étrangers qui s'en prévalent.

8. Pour refuser à Mme D un certificat de résidence sur le fondement du 1 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, le préfet de police s'est fondé sur la circonstance que l'intéressée n'attestait pas du caractère ancien et habituel de sa résidence en France depuis plus de dix ans. Si Mme D, qui soutient résider habituellement en France depuis 2012, justifie d'une résidence habituelle France pour la période du 1er février au 30 novembre 2014 par l'attestation de travail et les bulletins de salaires correspondants. Toutefois, les autres pièces qu'elle produit consistant, pour l'essentiel, en des documents médicaux, des attestations d'hébergement, des promesses d'embauche ponctuelles, des avis d'imposition sans déclarations de revenus et une attestation de concubinage non circonstanciée établie le 15 mai 2024 ne sont pas, par leur nombre et leur nature, propres à établir la réalité de cette présence pour les autres années. Elle n'établit pas ainsi sa résidence habituelle en France depuis plus de dix ans et n'est pas fondée à soutenir qu'en refusant de lui délivrer une carte de résidence le préfet de police aurait méconnu les stipulations précitées du 1° de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Pour les mêmes motifs, il n'a pas entaché sa décision d'un vice de procédure en ne saisissant pas la commission du titre de séjour.

9. Enfin, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

10. Mme D, célibataire et sans enfant, allègue, sans l'établir par la seule attestation produite datée du 15 mai 2024, vivre en concubinage avec un ressortissant français. Si elle se prévaut de la présence de sa soeur sur le sol français, dont la régularité du séjour n'est au demeurant pas précisée, cette circonstance n'est pas de nature à lui conférer un droit au séjour. Par ailleurs, la requérante n'est pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident sa mère et ses frères et où elle a vécu au moins jusqu'à l'âge de 25 ans. Dès lors, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, en refusant la délivrance d'un certificat de résidence à Mme D, le préfet de police n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts qu'elle a poursuivis. Il n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme D doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Topin, présidente rapporteure ;

- M. Matalon, premier conseiller ;

- Mme Perrin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2024.

La présidente-rapporteure,

E. Topin

L'assesseur le plus ancien,

D. Matalon La greffière,

D. Permalnaick

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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