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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2413096

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2413096

mercredi 9 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2413096
TypeDécision
PublicationC
FormationSection 8 - Chambre 1
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 23 mai 2024 et le 14 août 2024, M. B, représenté par Me Elbaz, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 avril 2024 par lequel le préfet de police a rejeté sa demande de renouvellement de son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour pluriannuel " vie privée et familiale ", dans un délai de trente jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 400 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors que sa présence n'est pas constitutive d'une menace pour l'ordre public ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juillet 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 12 août 2024, la clôture de l'instruction a été reportée au 15 août 2024.

Des pièces présentées pour M. B ont été enregistrées le 10 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Topin ;

- et les observations M. B, en l'absence de son avocate.

Une note en délibéré présentée pour M. B a été enregistrée le 25 septembre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant mauritanien, né le 30 décembre 1984, entré en France, le 4 septembre 2018, sous couvert d'un visa de type D, a bénéficié d'une carte de séjour pluriannuelle, valable du 28 avril 2021 au 27 avril 2023, dont il a sollicité le renouvellement, sur le fondement des dispositions du L. 411-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 17 avril 2024, dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet de police a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes des dispositions de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle (). "

3. Les infractions pénales commises par un étranger ne sauraient, à elles seules, justifier légalement une mesure de refus de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour et d'éloignement et ne dispensent pas l'autorité compétente d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace pour l'ordre public. Lorsque l'administration se fonde sur l'existence d'une telle menace, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision.

4. Pour refuser à M. B le renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle " vie privée et familiale ", le préfet de police s'est fondé sur le motif tiré de ce que sa présence était constitutive d'une menace pour l'ordre public dès lors qu'il a été condamné le 8 mars 2021 par le tribunal correctionnel de Paris à accomplir un stage de responsabilisation pour la prévention et la lutte contre les violences au sein du couple et sexistes pour des faits de violence sans incapacité, en présence d'un mineur par une personne étant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité. Toutefois ces faits commis le 11 janvier 2021 aussi graves soient-ils, compte tenu de leur caractère isolé et de l'absence de récidive, ne peuvent être regardés, à eux-seuls, comme constitutifs d'une menace pour l'ordre public à la date de l'arrêté contesté. Dans ces conditions, le préfet de police a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

5. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 17 avril 2024 refusant le renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle et, par voie de conséquence, des décisions du même jour par lesquelles le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

6. L'exécution du présent jugement implique seulement, eu égard au motif d'annulation retenu, que le préfet procède au réexamen de la situation de M. B en application des dispositions de l'article L. 911-2 du code de justice administrative. Il y a lieu dès lors d'enjoindre au préfet de police, ou à tout préfet territorialement compétent, de procéder à un tel réexamen dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de délivrer à M. B un récépissé de demande de titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. B d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de police du 17 avril 2024 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police, ou à tout préfet territorialement compétent, de réexaminer la situation de M. B dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 000 (mille) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 24 septembre2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Topin, présidente-rapporteure ;

- M. Matalon, premier conseiller ;

- Mme Perrin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2024.

La présidente-rapporteure,

E. Topin

L'assesseur le plus ancien,

D. Matalon

La greffière,

D. Permalnaick

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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