jeudi 13 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2413264 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Avocat requérant | CABINET HUG & ABOUKHATER (AARPI) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 25 mai 2024, M. A B, représenté par Me Hug, demande à la juge des référés :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de police a refusé de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
3°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer provisoirement une carte de séjour pluriannuelle d'une durée de quatre ans, dans un délai de quinze jours sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans un délai de quinze jours et de le munir d'une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail pendant la durée du réexamen dans un délai de quarante-huit heures, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou à lui verser directement sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
Sur la recevabilité de la requête :
- la requête est recevable, dès lors qu'il ne s'est jamais vu remettre d'accusé de réception comportant la mention relative aux voies et délais de recours conformément aux dispositions des articles L. 112-3, L. 122-6 et R. 112-5 du code des relations entre le public et l'administration, l'empêchant de prendre connaissance d'une décision implicite de rejet de sa demande ;
Sur l'urgence :
- la décision attaquée préjudicie de manière grave et immédiate à sa situation, dès lors que devant bénéficier de plein droit d'une carte de séjour pluriannuelle, il doit être protégé contre une mesure d'éloignement ;
- il n'a pas obtenu le renouvellement du dernier récépissé expiré ;
- il est désormais en situation irrégulière ;
- il n'a plus le droit de travailler et le renouvellement des courtes autorisations de séjour l'empêche d'obtenir un emploi stable ;
- il est dépourvu de ressources et placé dans une situation d'extrême précarité l'obligeant à être hébergé chez un compatriote en l'absence de logement stable compte tenu de sa situation administrative précaire ;
- il ne peut obtenir de logement social ;
- il ne peut solliciter de titre de voyage pour retrouver son épouse en Iran et effectuer des démarches pour une réunification familiale ;
- il est exposé à un placement en retenue administrative pour une durée de vingt-quatre heures ;
- il y a urgence à statuer sur sa demande de titre de séjour, sans attendre l'examen au fond de sa requête par le tribunal, dès lors que la décision attaquée fait obstacle à sa résidence en France et à l'instruction de sa demande de titre de séjour, dont il n'est pas envisageable d'attendre pendant douze mois l'examen au fond de la décision, période pendant laquelle il est en situation irrégulière ;
Sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse :
- la décision litigieuse est entachée d'incompétence, d'une erreur de droit au regard des dispositions des articles L. 424-9 et L. 561-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juin 2024, le préfet de police conclut, à titre principal au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, au non-lieu à statuer.
Il soutient que :
- l'instruction de la demande de M. B est toujours en cours, dans l'attente d'informations sur son comportement, ce qui l'a conduit à le munir le 3 juin 2024 d'une attestation de prolongation d'instruction de sa demande, valable jusqu'au 2 septembre 2024 ;
- la condition d'urgence n'est pas remplie.
Vu :
- les autres pièces du dossier,
- la requête enregistrée sous le numéro 2413267 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision litigieuse.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Marzoug pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 5 juin 2024, en présence de Mme Tilly, greffière d'audience, Mme Marzoug a lu son rapport et entendu les observations de Me Hug, représentant M. B, laquelle a repris à la barre les moyens invoqués dans la requête et a précisé que certains emplois sont inaccessibles avec une seule attestation de prolongation d'instruction et que le délai de traitement de la demande de M. B est anormalement long alors qu'il aurait dû se voir délivrer une carte de séjour pluriannuelle dans un délai de trois mois à compter de l'octroi de la protection subsidiaire en application des dispositions de l'article R. 424-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant afghan né le 1er janvier 1993, est entré en France le 10 février 2019 et y a présenté une demande d'asile. Par une décision du 16 avril 2020, le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides lui a octroyé le bénéfice de la protection subsidiaire. En septembre 2020, M. B a déposé une demande de carte de séjour pluriannuelle en qualité de bénéficiaire de la protection subsidiaire et des récépissés ainsi que des attestations de prolongation d'instruction d'une demande de titre de séjour lui ont été délivrées, la dernière attestation ayant expiré le 1er mai 2024. Après avoir vainement tenté d'obtenir le renouvellement de cette attestation, le requérant, qui fait valoir que le silence gardé par le préfet de police sur sa demande de carte de séjour pluriannuelle a fait naître une décision implicite de rejet, demande à la juge des référés, saisie sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de cette décision implicite.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".
3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer, en application des dispositions citées ci-dessus, l'admission de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (). ".
5. M. B fait valoir qu'il justifie d'une situation d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, dès lors qu'il ne peut justifier de son droit au séjour sur le territoire français l'exposant à une retenue administrative ou à une mesure d'éloignement alors même qu'il bénéficie de la protection subsidiaire et qu'il est en droit de se voir délivrer une carte de séjour pluriannuelle, que le renouvellement d'attestation de prolongation d'instruction pour de courtes échéances l'empêche d'obtenir un emploi stable, qu'il est dépourvu de ressources et contraint d'être hébergé par un compatriote compte-tenu de sa situation administrative précaire, qu'il ne peut ni effectuer de demande de logement social ni présenter une demande de titre de voyage pour retrouver son épouse en Iran ou procéder aux démarches administratives relatives à la réunification familiale et que la décision litigieuse fait obstacle à sa résidence en France et à l'instruction de sa demande de titre de séjour et qu'enfin, il n'est pas envisageable d'attendre pendant douze mois le jugement au fond du tribunal.
6. Toutefois, il résulte de l'instruction que le préfet de police a, postérieurement à l'introduction de la requête, délivré à M. B une nouvelle attestation de prolongation d'instruction de sa demande de titre de séjour valable du 3 juin 2024 au 2 septembre 2024. Ainsi, à la date de la présente ordonnance, à laquelle doit être appréciée la condition d'urgence exigée par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, cette condition ne peut être regardée comme étant remplie, dès lors que le requérant est titulaire d'une attestation qui lui permet de justifier de la régularité de son séjour sur le territoire français jusqu'au 2 septembre 2024 et d'y exercer une activité professionnelle. Par ailleurs, M. B ne produit aucun élément de nature à établir que du fait de la décision litigieuse, il n'aurait pas été en mesure d'entamer des démarches pour obtenir un emploi, un logement social, un titre de voyage pour se rendre auprès de son épouse ou pour procéder à la réunification familiale.
7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête de M. B aux fins de suspension, d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées au titre des frais d'instance.
O R D O N N E :
Article 1er : M. B est admis à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à Me Hug et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de police.
Fait à Paris, le 13 juin 2024.
La juge des référés,
S. Marzoug
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2413264/6