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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2413395

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2413395

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2413395
TypeDécision
Formation3e Section - 2e Chambre
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 27 mai et 3 juillet 2024, M. B D, représenté par Me Njoya, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 avril 2024 par lequel le préfet de police a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement ;

3°) sous réserve de la suite réservée à sa demande d'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions portant refus de renouvellement de son titre de séjour et obligation de quitter le territoire français sont signées par une autorité incompétente ; il n'est pas justifié que les supérieurs hiérarchiques du signataire étaient indisponibles ;

- elles sont entachées d'une erreur de fait et d'une erreur de droit dans la mesure où il était inscrit dans un établissement d'enseignement supérieur au titre de l'année 2022-2023 et il est inscrit et suit des cours dans un établissement d'enseignement habilité pour l'année 2023-2024 ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour porte atteinte à ses droits à l'instruction, à la formation, à la continuité de ses études supérieures et méconnaît le principe d'égalité par rapport à ses camarades de promotion ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français porte atteinte à son droit à l'éducation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juin 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 6 juin 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 10 juillet 2024 à 12 heures.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Armoët ;

- et les observations de Me Njoya, représentant M. D qui sollicite notamment le bénéfice de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant tchadien né le 4 mars 1995, est entré en France le 29 juillet 2022 sous couvert d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant ", valable du 18 juillet 2022 au 18 juillet 2023. Le 10 août 2023, il a sollicité le renouvellement de son droit au séjour en qualité d'étudiant. Par la présente requête, il demande l'annulation de l'arrêté du 29 avril 2024 par lequel le préfet de police a refusé de renouveler son droit au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné.

2. En premier lieu, d'une part, par un arrêté n° 2024-00349 du 18 mars 2024, publié au recueil des actes administratifs spécial n° 75-2024-167 de la préfecture de Paris du même jour, le préfet de police a donné délégation à M. A C, attaché principal d'administration de l'Etat, adjoint à la cheffe de la division de la rédaction et des examens spécialisés, pour signer les décisions de la nature de celles contestées. D'autre part, cette délégation de signature a été consentie en cas d'absence ou d'empêchement d'autres autorités dont il n'est pas établi qu'elles n'auraient pas été absentes ou empêchées. Par suite, les différentes branches du moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doivent être écartées.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. () ". Aux termes de l'article R. 422-4 de ce code : " L'établissement d'enseignement qui accueille l'étranger doit fonctionner dans des conditions conformes aux dispositions législatives et réglementaires en vigueur. Sa capacité à recevoir l'étudiant étranger dans de telles conditions peut faire l'objet d'une vérification par l'administration chargée du contrôle de l'établissement ".

4. Contrairement à ce que l'arrêté attaqué retient, M. D justifie d'une inscription dans un établissement privé en France au titre de l'année 2022-2023. Par suite, il est fondé à soutenir que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de fait à ce titre. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. D s'est prévalu, au soutien de sa demande, pour l'année universitaire 2023-2024, d'une inscription pour une formation de " mastère européen 1 management stratégique et financier des organisations " au sein de l'ENACO, dont il n'est pas sérieusement contesté qu'il s'agit d'un établissement privé assurant un enseignement à distance. Or il ne ressort pas des pièces du dossier qu'un tel enseignement nécessite effectivement le séjour en France de l'étranger qui désire le suivre. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de police a commis une erreur de fait et une erreur de droit en rejetant sa demande pour ce motif. Il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision s'il s'était fondé uniquement sur ce second motif.

5. En dernier lieu, si le requérant, qui n'apporte aucun élément étayé sur ses études en France ou sur sa situation personnelle, fait valoir qu'il suit une formation et qu'il dispose de moyens d'existence suffisants, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation ni, en tout état de cause, méconnu ses droits " à l'instruction, à la formation, à la continuité de ses études supérieures, à l'éducation et au respect de l'égalité avec ses camarades de promotion ", en refusant de lui délivrer le titre de séjour sollicité et en lui faisant obligation de quitter le territoire français, compte tenu de la nature de l'enseignement à distance qu'il entendait poursuivre en France et de sa situation personnelle et familiale. Ces moyens ne peuvent, par suite, qu'être écartés.

6. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de police du 29 avril 2024. Ses conclusions aux fins d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles relatives aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Salzmann, présidente,

- Mme Armoët, première conseillère,

- Mme Guglielmetti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.

La rapporteure,

E. Armoët

La présidente,

M. SalzmannLa greffière,

P. Tardy-Panit

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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