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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2413397

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2413397

vendredi 7 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2413397
TypeDécision
PublicationC
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantANSART

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 mai 2024, M. E D, actuellement retenu au centre de rétention administrative de Paris-Vincennes 1, représenté par Me Ansart demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 mai 2024 du préfet de police portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de vingt-quatre mois ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle est entachée d'erreur de droit, d'erreur de fait et d'erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de police, qui n'a pas produit de mémoire en défense, mais a produit des pièces le 5 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Kanté en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 7 juin 2024 :

- le rapport de Mme Kanté ;

- les observations de Me Gruosso, avocate commise d'office, assistée de Mme C interprète en langue géorgienne représentant M. D, présent, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens qu'elle développe ;

- les observations de Me Faugeras, représentant le préfet de police ;

- et les observations de M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. E D, ressortissant géorgien, né le 14 janvier 1991, entré en France en 2013, selon ses déclarations, demande l'annulation de l'arrêté du 24 mai 2024 du préfet de police portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de vingt-quatre mois.

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-00349 du 18 mars 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 75-2024-167 du 18 mars 2024, le préfet de police a donné à Mme B A, délégation à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été signé par une autorité incompétente doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. " Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

4. Contrairement à ce que prétend M. D, il ressort des termes mêmes de la décision litigieuse, qui vise l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et énumère les différents critères prévus à l'article L. 612-10, que le préfet de police a examiné sa situation personnelle au regard de l'ensemble desdits critères. Le préfet a indiqué que M. D qui allègue être entré sur le territoire français en 2013, a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement le 20 septembre 2022, à laquelle il s'est soustrait, qu'il représente une menace pour l'ordre public en restant sur le territoire national, son comportement ayant été signalé par le services de police le 22 mai 2014 pour vol en réunion et ne peut être regardé comme se prévalant de liens suffisamment anciens, forts et caractérisés avec la France, éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour fixer à vingt-quatre mois supplémentaires l'interdiction de retour sur le territoire français qui a été opposée à M. D. Dans ces conditions, la décision litigieuse atteste de la prise en compte par le préfet de police, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi et comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui la fondent. Les moyens tirés de l'insuffisante motivation de cette décision, de l'erreur de fait et de l'erreur de droit du fait d'un défaut d'examen préalable de la situation de M. D doivent dès lors être écartés.

5. Si M. D soutient dans le procès-verbal d'audition et à la barre qu'il est entré sur le territoire français en 2013, qu'il est père de trois enfants dont il a la charge et que son épouse est en situation régulière en France, il n'apporte aucun élément de nature à confirmer ses allégations. Et nonobstant la circonstance que le signalement de l'intéressé par les services de police le 22 mai 2024, en l'absence de condamnation, ne constituerait pas à lui seul une menace à l'ordre public, il ressort des pièces du dossier que M. D a fait l'objet de nombreux autres signalements de mars 2015 à mars 2024 pour des faits similaires. En outre, il ressort des motifs exposés au point 4 relatif à la situation personnelle du requérant que le préfet de police s'est livré à un examen particulier de la situation de M. D, qu'il n'a pas commis d'erreur dans l'appréciation des critères posés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'a pas non plus porté une atteinte disproportionnée au droit de M. D en fixant à vingt-quatre mois la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, le requérant ne pouvant, eu égard aux circonstances indiquées plus haut, se prévaloir de l'existence de circonstances humanitaires.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E D, au préfet de police et à Me Gruosso.

Lu en audience publique le 7 juin 2024.

La magistrate désignée,

C. Kanté Le greffier,

R. Drai

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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