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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2413410

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2413410

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2413410
TypeDécision
Formation3e Section - 2e Chambre
Avocat requérantGARAVEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 27 mai et 8 juillet 2024, M. C A B, représenté par Me Malik, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 avril 2024 par lequel le préfet de police a refusé de renouveler son titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " ou " salarié ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de travail pendant ce réexamen, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est signé par une autorité incompétente ; l'empêchement du préfet n'est pas justifié ;

- il est entaché d'une insuffisante motivation en l'absence de prise en compte de sa vie privée et de l'autorisation de travail qui lui a été délivrée ;

- il méconnaît l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur de droit tenant à l'absence d'examen de sa demande de titre de séjour en qualité de salarié ;

- il méconnaît le premier alinéa de l'article 3 de l'accord franco-tunisien ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juin 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 9 juillet 2024, la clôture de l'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 15 juillet 2024 à 12 heures.

Par une lettre du 17 juillet 2024, le tribunal a demandé au préfet de police, sur le fondement de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, de produire, pour compléter l'instruction, la fiche de salle renseignée par M. A B lors du dépôt de sa demande de titre de séjour le 10 octobre 2023 ainsi que le " courrier " produit au soutien de cette demande qui est évoqué dans l'arrêté attaqué.

Un mémoire produit pour M. A B a été enregistré le 6 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord du 17 mars 1988 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail ;

- le protocole relatif à la gestion concertée des migrations entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République tunisienne signé à Tunis le 28 avril 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Armoët,

- et les observations de Me Malik, représentant M. A B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant tunisien né le 12 août 1996, est entré en France le 12 septembre 2019 sous couvert d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant ", valable du 2 août 2019 au 2 août 2020. Il s'est vu délivrer par la suite deux cartes de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Le 10 octobre 2023, il a sollicité le renouvellement de sa dernière carte de séjour dont la validité expirait le 22 novembre 2023. Par la présente requête, il demande l'annulation de l'arrêté du 29 avril 2024 par lequel le préfet de police a refusé de renouveler son titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers et aux conditions de délivrance de ces titres s'appliquent, ainsi que le rappelle l'article L. 110-1 du même code, " sous réserve des conventions internationales ".

3. En ce qui concerne les ressortissants tunisiens, l'article 11 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 en matière de séjour et de travail stipule que : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord./ Chaque Etat délivre notamment aux ressortissants de l'autre Etat tous titres de séjour autres que ceux visés au présent Accord, dans les conditions prévues par sa législation ".

4. L'article 3 du même accord stipule que : " Les ressortissants tunisiens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent, après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention ''salarié'' ". Le protocole relatif à la gestion concertée des migrations entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République tunisienne, signé le 28 avril 2008 stipule, à son point 2.3.3, que " le titre de séjour portant la mention ''salarié'', prévu par le premier alinéa de l'article 3 de l'accord du 17 mars 1988 modifié est délivré à un ressortissant tunisien en vue de l'exercice, sur l'ensemble du territoire français, de l'un des métiers énumérés sur la liste figurant à l'Annexe I du présent protocole, sur présentation d'un contrat de travail visé par l'autorité française compétente sans que soit prise en compte la situation de l'emploi (.) ".

5. En l'espèce, il est constant que M. A B a sollicité le renouvellement de son titre de séjour portant la mention " étudiant " le 10 octobre 2023. Toutefois, il soutient, en se prévalant de l'autorisation de travail qui lui a été délivrée à cette même date pour occuper l'emploi de " monteur en pneumatique " qu'il exerçait pendant ses études, qu'il a également demandé un changement de statut et la délivrance d'un titre de séjour en qualité de " salarié ". Or le préfet de police s'est borné à défendre que l'intéressé ne remplit pas les conditions prévues par les stipulations précitées en l'absence de contrat de travail visé, alors que ses services lui ont délivré l'autorisation de travail versée au dossier. En outre, le préfet de police n'a pas produit la fiche de salle du 10 octobre 2023 et le courrier joint par le requérant à sa demande de titre de séjour mentionné dans l'arrêté attaqué, en dépit d'une mesure d'instruction diligentée par le tribunal. Dans ces conditions, M. A B est fondé à soutenir que l'arrêté attaqué, qui ne mentionne ni l'autorisation de travail délivrée au requérant ni sa demande de changement de statut, est entaché d'un défaut d'examen de la demande de titre de séjour en qualité de " salarié " dont le préfet était également saisi.

6. Il suit de là que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, M. A B est fondé à demander l'annulation de la décision de délivrance d'un titre de séjour. Par voie de conséquence, la décision portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours doit également être annulée.

Sur l'injonction :

7. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique seulement que le préfet de police ou tout préfet territorialement compétent procède à l'examen de la demande de M. A B dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et qu'il le munisse, pendant cet examen, d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans le délai de dix jours. Il n'y a, en revanche, pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. A B d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de police du 29 avril 2024 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police ou à tout préfet territorialement compétent de procéder à l'examen de la demande de M. A B dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler pendant cet examen, dans le délai de dix jours.

Article 3 : L'Etat versera à M. A B une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Salzmann, présidente,

- Mme Armoët, première conseillère,

- Mme Guglielmetti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.

La rapporteure,

E. Armoët

La présidente,

M. SalzmannLa greffière,

P. Tardy-Panit

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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