mercredi 12 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2413451 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | SIMOND |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 27 mai 2024, Mme B A, représentée par Me Simond, demande au juge des référés :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à la suite de sa demande du 8 février 2024 ;
3°) d'enjoindre à l'OFII de lui accorder provisoirement les conditions matérielles d'accueil dans un délai de sept jours à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de l'enjoindre de réexaminer sa demande tendant au rétablissement des conditions matérielles d'accueil ;
4°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 200 euros à verser à son conseil, Me Simond, au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, ou à elle-même en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
Sur l'urgence :
- elle est caractérisée dès lors, d'une part, qu'elle ne bénéficie d'aucun hébergement stable ni d'aucune ressource pour elle et son enfant de deux ans et, d'autre part, qu'elle souffre de problèmes de santé.
Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure dès lors que l'OFII n'a pas procédé à une évaluation de sa vulnérabilité lors de sa demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que sa vulnérabilité est attestée ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant dès lors qu'elle a pour effet de priver son enfant de deux ans des ressources nécessaires à son entretien et à son éducation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juin 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il soutient que l'urgence n'est pas établie et qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée sous le numéro 2413453 par laquelle Mme A demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention internationale relative au droit de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Evgénas pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Mme Evgénas a lu son rapport au cours de l'audience publique tenue, le 6 juin 2024, en présence de M. Boucher, greffier d'audience.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, née le 7 avril 1997, de nationalité guinéenne, s'est vu délivrer par la préfecture de police une attestation de demande d'asile en procédure dite " Dublin " le 16 août 2021. Par une décision du 11 août 2022, le directeur territorial de l'OFII de Paris lui a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'elle n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en refusant d'effectuer un test PCR le 29 mai 2022 dans le cadre de la procédure de transfert. Le 17 janvier 2024, à l'issue du délai de transfert de 18 mois, Mme A a enregistré sa demande d'asile en procédure normale et a obtenu une attestation de demande d'asile. Le 8 février 2024, elle a sollicité le rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil auprès de l'OFII. Par la présente requête, Mme A demande au juge des référés d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision implicite née le 8 avril 2024 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de rétablir ses conditions matérielles d'accueil.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer, en application des dispositions citées ci-dessus, l'admission provisoire de Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
5. Pour demander la suspension de la décision attaquée, Mme A fait valoir qu'elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que l'OFII n'a pas procédé à une évaluation de sa vulnérabilité lors de sa demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil , qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que sa vulnérabilité est attestée et qu'elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant dès lors qu'elle a pour effet de priver son enfant de deux ans des ressources nécessaires à son entretien et à son éducation. Toutefois, en l'état de l'instruction, aucun des moyens ainsi invoqués n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
6. Il résulte de ce qui précède que le surplus des conclusions de la requête de Mme A doit être rejeté y compris ses conclusions en injonction et celles tendant à l'application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A, à Me Simond et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Copie sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle
Fait à Paris, le 12 juin 2024 .
La juge des référés,
J. EVGENAS
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.