jeudi 24 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2413570 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | CABINET COTTE & FRANCOIS AVOCATS (AARPI) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 28 mai 2024 et le 10 septembre 2024, la Ville de Paris demande au juge des référés du tribunal de prescrire une expertise afin de déterminer l'origine des désordres subis par le collège Michelet situé 70, rue de l'Ourcq dans le 19ème arrondissement de Paris.
Elle dde que cette expertise soit conduite au contradictoire de :
- la société Ezel bâtiment,
- la SMABTP,
- la société BRP étude conseil,
- la société Sispeo,
- la société AXA France Iard,
- la mutuelle des architectes français assurance,
- la société DEKRA,
- la société DJS rénovation,
- la société GDD environnement,
- la société LKN façades,
- la société Métallerie francilienne,
- la société TCBB,
- la société Européenne de décontamination et de fumisterie.
Elle soutient que :
- l'expertise est utile dès lors que les désordres constatés l'ont conduit à arrêter les travaux d'isolation par l'extérieur le 5 mars 2024 et que les mises en demeure qu'elle a envoyées n'ont pas été suivies d'effet ;
- la présence de la SMABTP est utile en qualité d'assureur de la société Ezel bâtiment, pour la période du 1er janvier 2022 au 31 décembre 2022.
Par un mémoire, enregistré le 2 juillet 2024, la société AXA France Iard, représentée par Me Lampe, informe le juge de référés de ses protestations et réserves d'usage.
Elle soutient qu'elle intervient en qualité d'assureur sous toute réserve de garantie de la société BRP étude conseil, maître d'œuvre de l'opération.
Par un mémoire, enregistré le 9 juillet 2024, la société LKN façades présente des observations.
Elle soutient qu'elle n'est intervenue sur le chantier qu'en exécution des ordres de la société Ezel bâtiment et qu'elle reprendra la dépose des façades lorsque ses factures auront été honorées.
Par un mémoire, enregistré le 18 juillet 2024, la société Sispeo, représentée par Me Edou, informe le juge de référés de ses protestations et réserves d'usage.
Elle soutient qu'elle a effectué la mission de maîtrise d'œuvre en co-traitance avec la société BRP étude conseil (mandataire du groupement) et qu'elle a constaté les désordres en présence de la Ville de Paris.
Par un mémoire, enregistré le 3 septembre 2024, la SMABTP, représentée par Me Cotte, demande à être mise hors de cause et de mettre à la charge de la Ville de Paris une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient qu'elle n'a été l'assureur de la société group Ezel bâtiment qu'entre la période du 1er septembre 2019 et le 2 décembre 2019 et ne l'était pas pour le chantier du collège Michelet.
Par un mémoire, enregistré le 30 septembre 2024, la société Métallerie francilienne, représentée par Me Chamard Sablier, informe le juge de référés de ses protestations et réserves d'usage et demande de compléter la mission de l'expert selon les termes de son mémoire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Paris a désigné Mme Dhiver, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. / () ".
2. La Ville de Paris a entrepris des travaux d'isolation thermique par l'extérieur au collège Michelet, situé 70, rue de l'Ourcq dans le 19ème arrondissement de Paris, et a attribué le marché à la société Ezel bâtiment le 10 juin 2021. Devant le retard accumulé, les nombreux désordres constatés en cours d'exécution du chantier, dont les manquements et malfaçons sur la mise en œuvre de l'isolant des ossatures réalisés par l'entreprise sous-traitante de la société Ezel bâtiment, la Ville de Paris a procédé à l'arrêt du chantier par un ordre de service émis le 5 mars 2024. Soutenant qu'elle a en vain mis en demeure la société Ezel, le 29 mars 2024, de procéder à la dépose d'éléments de façade pouvant se décrocher et donnant directement dans la cour du collège, la Ville de Paris sollicite la désignation d'un expert judiciaire afin notamment de déterminer les causes des malfaçons et de proposer des solutions réparatrices.
3. La demande d'expertise présentée par la Ville de Paris satisfait le critère d'utilité exigé par l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, par suite, d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.
4. Il résulte de l'instruction que la société Ezel bâtiment a présenté lors de l'attribution du marché une police d'assurance de la SMABTP pour la période du 1er janvier 2022 au 31 décembre 2022. Il y a lieu par voie de conséquence d'appeler la société SMABTP à l'expertise.
5. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la Ville de Paris une somme en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : M. B A (menuiseries, verre dans le bâtiment), exerçant 39, rue Guy Môquet à Paris (75017), est désigné comme expert.
Il aura pour mission, en présence de la Ville de Paris,
- la société Ezel bâtiment,
- la SMABTP,
- la société BRP étude conseil,
- la société Sispeo,
- AXA France Iard,
- la mutuelle des architectes français assurance,
- la société DEKRA,
- la société DJS rénovation,
- la société GDD environnement,
- la société LKN façades,
- la société Métallerie francilienne,
- la société TCBB,
- la société Européenne de décontamination et de fumisterie ;
de :
1°) se faire remettre tous documents utiles à l'accomplissement de sa mission ; convoquer les parties et se rendre sur place au collège Michelet, situé 70, rue de l'Ourcq dans le 19ème arrondissement de Paris ;
2°) procéder à la constatation et au relevé précis et détaillé des désordres et malfaçons dans la pose des éléments de façade et faire un état des éléments à déposer ;
3°) donner un avis motivé sur les causes et origines des désordres, identifier les responsabilités des intervenants et, dans le cas de causes multiples, évaluer les proportions relevant de chacune d'elles ;
4°) indiquer si les désordres sont de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination, ou sont de nature à présenter un danger pour la sécurité des personnes et des biens ; dans ce cas indiquer les mesures conservatoires à mettre en œuvre en urgence pour assurer la mise en sécurité des élèves et du personnel ;
5°) donner son avis sur la nature et le coût des travaux nécessaires pour remédier aux désordres ; l'expert restera saisi jusqu'à l'achèvement des travaux de mise en œuvre de l'isolation thermique par l'extérieur du collège ;
6°) recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles de nature à éclairer le tribunal dans son appréciation des responsabilités éventuellement encourues et des préjudices subis, y compris les troubles de jouissance.
Article 2 : L'expert remplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.
Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.
Article 4 : L'expert, à la demande du juge des référés ou à son initiative, pourra tenter une médiation entre les parties dans les conditions de l'article R. 621-1 modifié du code de justice administrative.
Article 5 : L'expert déposera son rapport au greffe du tribunal, au plus tard le 25 avril 2025, sous forme électronique par le biais de la plateforme prévue à cet effet, accompagné de l'état de ses vacations, frais et débours.
Article 6 : L'expert notifiera les copies de son rapport aux parties intéressées telles que précisées à l'article 8 de la présente ordonnance, dans les conditions prévues à l'article R. 621-9 du code de justice administrative. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer par voie électronique dans les conditions prévues à l'article R. 621-7-3 du même code.
Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à la Ville de Paris, à :
- la société Ezel bâtiment,
- la SMABTP,
- la société BRP étude conseil,
- la société Sispeo,
- AXA France Iard,
- la mutuelle des architectes français assurance,
- la société DEKRA,
- la société DJS rénovation,
- la société GDD environnement,
- la société LKN façades,
- la société Métallerie francilienne,
- la société TCBB,
- la société Européenne de décontamination et de fumisterie ;
et à M. B A, expert.
Fait à Paris, le 24 octobre 2024
La juge des référés,
M. Dhiver.
La République mande et ordonne au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2413570/11-4