jeudi 3 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2413680 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 5e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | ALOUINI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 28 mai 2024, M. B A demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 mai 2024 par lequel le préfet de police a constaté la caducité de son droit au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire d'une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice d'incompétence ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée, est entachée d'un défaut d'examen de sa situation particulière, méconnaît l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et méconnaît l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire est insuffisamment motivée, méconnaît l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant le pays de renvoi est insuffisamment motivée et méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision d'interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée et méconnaît l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 août 2024, le préfet de police, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Maréchal a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant suédois qui déclare être entré en France le 22 mai 2024, a été placé en garde à vue le 25 mai 2024 pour des faits de violences volontaires sur sa conjointe en présence d'un mineur. Par un arrêté du 26 mai 2024, le préfet de police a constaté la caducité du droit au séjour de M. A, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. M. A demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions attaquées :
2. Par un arrêté n° 2024-00349 du 18 mars 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris le même jour, le préfet de police a donné délégation à Mme C, attachée principale d'administration affectée au bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, pour signer tous arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions, en cas d'absence ou d'empêchement des autres délégataires, sans qu'il ressorte des pièces du dossier que ces derniers n'aient pas été absents ou empêchés lorsqu'elle a signé l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. Aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / () 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; () ".
4. En premier lieu, le préfet de police, en mentionnant les dispositions citées au point précédent, en relevant que l'intéressé a été signalé pour des faits de violences volontaires par conjoint en présence d'un mineur le 25 mai 2024 et en exposant sa situation familiale, a énoncé dans son arrêté les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
5. En deuxième lieu, il ne ressort pas pièces du dossier, et en particulier des termes de l'arrêté du 26 mai 2024, que le préfet de police aurait négligé de procéder à un examen particulier de la situation de M. A. Dans ces conditions, le préfet de police n'a entaché sa décision d'aucune erreur de droit.
6. En troisième lieu, si M. A soutient que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public, il ressort des pièces du dossier qu'il a été interpellé et placé en garde à vue pour des faits de violence sur sa conjointe trois jours seulement après son entrée sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
7. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".
8. D'une part, ainsi qu'il a été dit au point 6, M. A a été interpellé et placé en garde à vue pour des faits de violence sur sa conjointe trois jours après son entrée sur le territoire français. D'autre part, le requérant, qui n'a aucune attache en France, réside habituellement en Suède où il travaille et vit avec sa famille. Dans ces circonstances, c'est sans méconnaître l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales que le préfet de police lui a fait, dans ces circonstances, obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne la décision refusant de lui accorder un délai de départ :
9. Aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. / L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel ".
10. Le préfet de police, qui s'est notamment référé aux dispositions précitées et au risque pour l'ordre public que constitue la présence de M. A en France, a énoncé dans son arrêté les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision refusant d'accorder un délai de départ doit être écarté.
11. En deuxième lieu, c'est précisément à raison du comportement de M. A que le préfet a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de police aurait omis de procéder à un examen de sa situation particulière.
12. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, le préfet n'a pas méconnu l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'a pas davantage, compte tenu de la célérité du requérant à commettre un acte de violence une fois entré sur le territoire national, méconnu l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
13. En premier lieu, le préfet de police a énoncé dans son arrêté les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision fixant le pays de renvoi doit être écarté.
14. En deuxième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8.
15. En dernier lieu, le requérant, qui ne produit aucune pièce de nature à établir un quelconque risque, ne saurait sérieusement soutenir que son renvoi en Suède constituerait un traitement inhumain ou dégradant. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit par suite être écarté.
En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :
16. Aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans ".
17. En premier lieu, en se fondant sur les faits de violence commis par M. A, le préfet de police a suffisamment motivé sa décision d'interdiction de retour sur le territoire français.
18. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, le préfet de police n'a pas méconnu l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
19. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 26 mai 2024. Ses conclusions aux fins d'annulation doivent par suite être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
20. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A, n'appelle, par lui-même, aucune mesure d'exécution. Par suite, ses conclusions aux fins d'injonction doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
20. Les dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024 à laquelle siégeaient :
M. Ho Si Fat, président,
Mme Lamarche, première conseillère,
M. Maréchal, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.
Le rapporteur,
M. MaréchalLe président,
F. Ho Si FatLa greffière,
V. Lagrède
La République mande et ordonne au préfet de police, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2226519
Le Tribunal administratif de Paris rejette la demande indemnitaire de la société Le Quasimodo Notre-Dame, qui réclamait près de 1,74 million d'euros à l'État pour les préjudices économiques liés à l'incendie de la cathédrale. La juridiction estime que la société, exploitant un restaurant à proximité, n'était pas usagère de l'ouvrage public et n'a pas subi de dommage accidentel direct causé par celui-ci. Le jugement applique les principes de la responsabilité administrative sans faute pour dommages de travaux publics, mais les écarte en l'espèce.
02/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2312358
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête d'un agent public demandant l'annulation du refus de sa nomination à un poste d'expert juridique. Le tribunal a jugé que cette décision de rejet constituait une simple mesure d'ordre intérieur, car elle ne portait pas atteinte aux droits statutaires, à la rémunération ou aux perspectives de carrière de l'agent. Par conséquent, le recours pour excès de pouvoir a été déclaré irrecevable.
02/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2313750
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête d'un gardien de la paix contestant son placement en disponibilité d'office pour raison de santé. La juridiction a jugé la requête irrecevable car elle ne contenait aucun exposé de moyens, et ce défaut n'a pas été régularisé dans les délais. La décision s'appuie sur les dispositions de l'article R. 411-1 du code de justice administrative relatives aux conditions de saisine.
02/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2326202
Le Tribunal Administratif de Paris a examiné un recours pour excès de pouvoir visant l'annulation d'un arrêté ministériel portant tableau d'avancement à l'échelon spécial du grade de pharmacien général de santé publique. Le tribunal a annulé l'arrêté du 18 septembre 2023, considérant que l'administration avait méconnu les conditions posées par l'article 15 du décret n° 92-1432 du 30 décembre 1992, en y inscrivant des agents ne remplissant pas les critères statutaires requis pour cet avancement. Par voie de conséquence, les décisions individuelles de nomination prises sur le fondement de ce tableau sont également illégales.
02/04/2026