jeudi 3 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2413681 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 5e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 29 mai, 18 juillet et 9 août 2024, Mme B A, représentée par Me Spinella, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 mai 2024 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de trente jours à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour ;
Mme A soutient que :
- la décision de refus de séjour est entachée d'un défaut d'examen de sa situation particulière et méconnaît les dispositions des articles L. 425-9 et L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;
- la décision fixant le pays de renvoi est insuffisamment motivée et méconnaît l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par une décision du 6 juin 2024, Mme A a été admise à l'aide juridictionnelle totale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juillet 2024, le préfet de police, représenté par Tomasi, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués par Mme A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Maréchal a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante ivoirienne qui déclare être entrée sur le territoire français le 5 décembre 2021 sous couvert d'un visa de court séjour, a demandé le 30 mai 2023 la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 2 mai 2024, dont Mme A demande l'annulation, le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la décision de refus de séjour :
2. En premier lieu, il ne ressort pas pièces du dossier, et en particulier des termes de l'arrêté du 2 mai 2024, que le préfet de police, qui mentionne l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) concernant l'état de santé de Mme A, et qui n'avait pas à énoncer de manière exhaustive l'intégralité des éléments caractérisant la situation de cette dernière, aurait négligé de procéder à un examen particulier de sa situation. Dans ces conditions, le préfet de police n'a pas entaché sa décision d'erreur de droit.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. () ".
4. Il ressort des pièces du dossier que Mme A est atteinte du virus de l'immunodéficience humaine (VIH) et que le collège de médecins de l'OFII a estimé, dans son avis du 12 novembre 2023, que le préfet de police s'est approprié pour prendre sa décision, que l'état de santé de Mme A rend nécessaire une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais que l'intéressée peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. La requérante ne produit aucune pièce quant à une indisponibilité des traitements en Côte d'Ivoire permettant d'infirmer l'avis du collège des médecins de l'OFII. A l'inverse, il ressort du document établi le 26 février 2023 par la division de l'information, de la documentation et des recherches de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides que l'accès aux traitements en Côte d'Ivoire a été développé et que ces traitements sont en principe gratuits. La requérante n'est ainsi pas fondée à soutenir que le préfet aurait méconnu les dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant la délivrance du titre de séjour sollicité.
5. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. () ".
6. Mme A n'a présenté qu'une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et reconnaît dans ses écritures ne pas avoir informé le préfet de sa situation de salariée. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
7. La décision attaquée, qui mentionne en particulier que l'intéressée n'a pas de droit au séjour en France pour les motifs rappelés au point 4, qu'elle est célibataire, sans charge de famille en France, et que sa famille réside en Côte d'Ivoire, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
8. En premier lieu, la décision attaquée, qui mentionne l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et qui relève que Mme A n'est pas exposée à des traitements inhumains ou dégradants dans son pays d'origine, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par conséquent, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
9. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
10. Si Mme A soutient que le défaut de prise en charge médicale ainsi que l'indisponibilité de ses traitements en Côte d'Ivoire entraîneraient pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il résulte de ce qui a été dit au point 4 que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 2 mai 2024. Ses conclusions aux fins d'annulation doivent par suite être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme A, n'appelle, par lui-même, aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées par la requérante doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au préfet de police et à Me Spinella.
Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024 à laquelle siégeaient :
M. Ho Si Fat, président,
Mme Lamarche, première conseillère,
M. Maréchal, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.
Le rapporteur,
M. MaréchalLe président,
F. Ho Si FatLa greffière,
V. Lagrède
La République mande et ordonne au préfet de police, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
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