vendredi 28 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2413757 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 mai 2024, M. A B, représenté par Me Lasfargeas, demande à la juge des référés, saisie sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de police a rejeté sa demande d'admission exceptionnelle au séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer dans cette attente un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur l'urgence :
- la décision litigieuse le place en situation irrégulière, alors même qu'il doit effectuer une année universitaire en alternance pour valider son Master ;
- il a trouvé un poste d'assistant manager pendant un an de septembre 2024 à septembre 2025 ;
- pour pouvoir conclure un contrat d'alternance, il a impérativement besoin de disposer d'un titre de séjour ;
Sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse :
- la décision litigieuse est entachée d'un vice de procédure en ce que la commission du titre de séjour prévue par l'article L. 432-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'a pas été consultée ;
- la décision litigieuse méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision litigieuse est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Des pièces, enregistrées le 17 juin 2024, ont été produites par le préfet de police, représenté par Me Tomasi.
Vu :
- les autres pièces du dossier,
- la requête enregistrée sous le numéro 2408914 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision litigieuse.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Marzoug pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 18 juin 2024, en présence de Mme Bak-Piot, greffière d'audience, Mme Marzoug a lu son rapport et entendu :
- les observations de M. B ;
- et les observations de Me Zerad, substituant Me Tomasi, représentant le préfet de police, laquelle a conclu au rejet de la requête et a indiqué que le dossier de demande de titre de séjour du requérant n'était pas complet.
La clôture d'instruction a été différée au 19 juin 2024 à 15 heures pour permettre au préfet de police de produire les pièces annoncées lors de l'audience.
Des pièces, produites par le préfet de police, ont été enregistrées le 19 juin 2024 à 9 heures 10 et communiquées au requérant.
Par un mémoire complémentaire, enregistré le 19 juin 2024 à 11 heures 22 et communiqué au préfet de police, M. B conclut aux mêmes fins que sa requête.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant américain né le 12 août 2002, est entré en France en 2004, alors qu'il était âgé de deux ans, et y réside habituellement depuis près de vingt ans. A sa majorité, il a présenté une demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", lequel lui a été accordé le 16 août 2021 pour une durée d'un an. Il a sollicité le renouvellement de ce titre de séjour et un récépissé valable du 12 août 2022 au 11 février 2023 lui a été délivré. Les services de la préfecture de police lui ont adressé une convocation l'invitant à se présenter le 14 septembre 2022. A cette date, le requérant, qui est étudiant, était aux Etats-Unis dans le cadre d'un échange universitaire. Il n'a eu connaissance de cette convocation qu'à son retour en France en 2023. M. B, malgré les démarches entreprises en ce sens, n'est parvenu à obtenir ni un nouveau rendez-vous ni le renouvellement de son titre de séjour. Le 15 novembre 2023, le requérant a déposé une demande d'admission exceptionnelle au séjour. N'ayant pas obtenu de réponse à cette demande, il saisit la juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'une requête tendant à la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de police a rejeté sa demande d'admission exceptionnelle au séjour.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. (). ".
En ce qui concerne l'urgence :
3. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision administrative contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence à suspendre une décision de refus de renouvellement d'un titre de séjour doit, en principe, être reconnue.
4. Il résulte de l'instruction que, comme le fait valoir M. B, il est arrivé sur le territoire français en 2004 alors qu'il était âgé de deux ans, qu'il réside habituellement en France depuis près de vingt ans, qu'il y a effectué l'intégralité de sa scolarité, qu'il était titulaire d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " valable du 16 août 2021 au 15 août 2022 dont il a vainement tenté d'obtenir le renouvellement, qu'il est inscrit en Master à la Paris School Business et qu'il doit, afin de valider ce Master, conclure un contrat d'alternance. Il résulte également de l'instruction que le requérant est en séjour irrégulier sur le territoire français depuis le 11 février 2023 et qu'il doit justifier de la régularité de son séjour pour conclure le contrat d'alternance nécessaire à la validation de son Master, contrat que lui propose la société " Merci Jérôme " à compter du 1er septembre 2024. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir que la décision litigieuse porte atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation pour que la condition d'urgence exigée par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative soit regardée comme remplie.
En ce qui concerne le moyen propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision litigieuse :
5. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de ce que le préfet de police n'a pas soumis la demande du requérant pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation sont de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse.
6. Les deux conditions fixées par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, il y a lieu de prononcer la suspension de l'exécution de la décision litigieuse, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
7. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire () ". Il appartient au juge des référés d'assortir sa décision de suspension des seules obligations provisoires qui en découlent pour l'administration.
8. L'exécution de la présente ordonnance implique uniquement qu'il soit enjoint au préfet de police de délivrer au requérant une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa requête au fond, laquelle doit, dans les circonstances très particulières de l'espèce, en dépit du fondement de sa demande de titre de séjour, être assortie d'une autorisation de travail, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à M. B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1 : L'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de police a refusé de délivrer un titre de séjour à M. B est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de délivrer à M. B une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de police.
Fait à Paris, le 28 juin 2024.
La juge des référés,
S. Marzoug
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2413757/6