vendredi 18 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2413900 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés respectivement le 30 mai 2024 et le 7 juin 2024, M. B A, représenté par Me Putman, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 24 mai 2024 par lequel le préfet de police de Paris a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français sans délai a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de séjour d'une durée de trois ans ;
2°) d'enjoindre préfet de police de lui délivrer un certificat de résidence de dix ans, ou à défaut un certificat de résidence dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 25 euros par jour de retard, ou de réexaminer sa situation sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
La décision portant refus de séjour :
- est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation administrative ;
- a été adoptée à l'issue d'une procédure irrégulière en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les stipulations de l'article 7 bis a) de l'accord franco-algérien ;
- son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- est illégale, par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour qui en constitue le fondement ;
- est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
La décision refusant un délai de départ volontaire :
- est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation administrative ;
- est illégale, par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français qui en constitue le fondement ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
La décision fixant le pays de destination :
- est illégale, par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français qui en constitue le fondement ;
La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation administrative ;
- est illégale, par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français qui en constitue le fondement ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juin 2024, le préfet de police représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme de Schotten a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien, né le 18 janvier 2001, est entré en France le 10 septembre 2019 selon ses déclarations. Il a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence algérien de dix ans sur le fondement du a) de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien. M. A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 24 mai 2024 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de séjour d'une durée de trois ans.
Sur les conclusions présentées à fin d'annulation :
2. D'une part, aux termes de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien : " () Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit sous réserve de la régularité du séjour pour ce qui concerne les catégories visées au a), au b), au c) et au g) : / a) Au ressortissant algérien, marié depuis au moins un an avec un ressortissant de nationalité française, dans les mêmes conditions que celles prévues à l'article 6 nouveau 2) et au dernier alinéa de ce même article ; () " et aux termes de l'article 6 du même accord : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ; () Le premier renouvellement du certificat de résidence délivré au titre du 2) ci-dessus est subordonné à une communauté de vie effective entre les époux ". Il résulte de ces dispositions que la délivrance du certificat de résidence de dix ans est subordonnée à la condition que la communauté de vie entre les époux soit effective.
3. Pour refuser de délivrer un certificat de résidence de dix ans à M. A sur le fondement du a) de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien le préfet de police s'est fondé sur la circonstance que le requérant n'était pas en mesure de justifier d'une communauté de vie suffisamment ancienne et probante avec son épouse de nationalité française avec laquelle il a contracté mariage le 2 avril 2022 à Paris. Pour démontrer l'effectivité et le caractère continu de la vie commune avec son épouse, M. A produit notamment, au titre de l'année 2023, plusieurs documents établis aux noms des deux époux, à savoir, un avis d'impôt 2023 sur les revenus de l'année 2022, un justificatif d'abonnement Total Energie datant de mai 2023, une facture d'électricité de juin 2023, un courrier de demande d'ouverture de compte joint de juin 2023 et une attestation de droits à l'assurance maladie d'octobre 2023. Il produit en outre de nombreux documents personnels tels que des bulletins de salaire, un contrat de travail, des factures de téléphone mobile, sur lesquels l'adresse indiquée est identique à celle des documents établis au noms des deux époux. Il en va de même pour les documents personnels de son épouse tels que ses factures de téléphone mobile. Au titre de l'année 2024, le requérant produit l'avis d'impôt 2024 sur les revenus de l'année 2023 établi à leurs deux noms, un bail d'habitation signé le 1er février 2024 par les deux époux, une attestation d'assurance responsabilité civile établie à leurs noms datant de février 2024, et des attestations de droits à l'assurance maladie de M. A et de son épouse. Ces documents établissent que la vie commune entre M. A et son épouse était effective et n'avait pas cessé à la date de la décision attaquée. Aussi, M. A est fondé à soutenir qu'en estimant le contraire, le préfet de police a méconnu les stipulations précitées du a) de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien susvisé.
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " ".
5. Il ressort des termes de la décision attaquée que pour refuser de délivrer un certificat de résidence algérien de 10 ans à M. A, le préfet de police s'est également fondé sur le motif que la présence en France de ce dernier constituait une menace à l'ordre public dès lors qu'il a été condamné le 21 septembre 2022 par le tribunal correctionnel de Paris à 300 euros d'amende, pour conduite d'un véhicule avec un permis de conduire d'une catégorie n'autorisant pas sa conduite. Toutefois, la nature et le caractère isolé de cette infraction ne sauraient suffire à démontrer que la présence en France de M. A constituerait une menace à l'ordre public. Aussi, le requérant est fondé à soutenir qu'en se fondant sur ce motif pour refuser de lui délivrer un certificat de résidence algérien, le préfet de police a commis une erreur d'appréciation.
6. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, le requérant est fondé à demander l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour et, par voie de conséquence, des décisions l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.
Sur les conclusions présentées à fin d'injonction :
7. Le présent jugement implique nécessairement, par application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, sous réserve de toute modification de fait ou de droit, d'enjoindre au préfet de police, de délivrer à M. A un certificat de résidence algérien de dix ans dans un délai qu'il convient de fixer à deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 24 mai 2024 par lequel le préfet de police de Paris a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement, et a prononcé à son encontre une interdiction de séjour d'une durée de trois ans est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de délivrer à M. A un certificat de résidence de dix ans dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 1000 (mille) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 4 octobre 2024 à laquelle siégeaient :
Mme Weidenfeld, présidente,
Mme de Schotten, première conseillère,
M. Rezard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2024.
La rapporteure,
K. de Schotten
La présidente,
K. WeidenfeldLe greffier,
A. Lemieux
La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2413900/6-1
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2411510
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la demande d'indemnisation du fils d'un tirailleur sénégalais décédé lors du massacre de Thiaroye en 1944. Le tribunal a jugé que l'action en responsabilité était prescrite, le délai de cinq ans prévu par la loi du 31 décembre 1945 étant écoulé depuis la connaissance du décès. La juridiction a ainsi fait primer les règles de prescription sur la reconnaissance historique des faits par les autorités françaises.
27/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2401235
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme B... D... visant à annuler la décision du conseil départemental de l'ordre des médecins de Paris refusant de poursuivre disciplinairement un médecin. Le tribunal a jugé que la décision ordinale, relevant d'un large pouvoir d'appréciation sur l'opportunité d'engager des poursuites, n'était pas une décision administrative individuelle défavorable à l'égard de la plaignante et n'avait donc pas à être motivée. Les moyens tirés du défaut de motivation et des vices de procédure ont été écartés.
20/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2600963
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté préfectoral ordonnant l'éloignement et l'interdiction de retour d'un ressortissant algérien titulaire d'un titre de séjour portugais valide. La juridiction a retenu que le préfet avait commis une erreur de fait et d'appréciation en considérant que l'intéressé séjournait irrégulièrement en France et menaçait l'ordre public. Elle a également enjoint l'administration de procéder à l'effacement du signalement Schengen dans un délai d'un mois.
20/03/2026
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Le Tribunal Administratif de Paris a examiné un recours en excès de pouvoir contre un arrêté préfectoral refusant un titre de séjour à une ressortissante malienne et lui enjoignant de quitter le territoire. La juridiction a annulé la décision du préfet de police, considérant que le refus de titre de séjour au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) constituait une erreur manifeste d'appréciation au regard de la durée et des conditions d'intégration de l'intéressée en France. Le tribunal a enjoint à l'administration de réexaminer la situation de la requérante dans un délai de deux mois.
20/03/2026