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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2413905

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2413905

mercredi 19 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2413905
TypeDécision
Avocat requérantCARDOSO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 mai 2024, M. A B, représenté par Me Cardoso, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de police a refusé de lui délivrer une carte de résident portant la mention " réfugié " ;

3°) d'enjoindre au préfet de police la délivrance d'un récépissé de demande de carte de résident avec autorisation de travail, sans délai, et à défaut, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler durant l'examen de sa demande de carte de résident, et ce, à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat allouée au titre de l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée, cette somme lui sera directement versée.

Il soutient que :

Sur l'urgence :

- dès lors que la décision le place dans une situation irrégulière, et l'empêche de travailler sur le territoire français et de bénéficier d'allocations alors que la cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié, la condition d'urgence est remplie.

Sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse :

- la décision n'est pas suffisamment motivée au regard des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision a méconnu les dispositions des articles L. 424-1 et R. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, elle a commis une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juin 2024, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'une attestation de prolongation d'instruction, valable jusqu'au 4 septembre 2024, a été délivré, le 5 juin 2024, à l'intéressé sur son compte de l'administration numérique pour les étrangers en France (ANEF), que la condition d'urgence n'est pas remplie, et que les autres moyens ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

- la requête n° 2413906, enregistrée le 30 mai 2024, par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Rohmer, vice-président de section, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu, au cour de l'audience publique tenue en présence de Mme Parewyck, greffière d'audience :

- le rapport de M. Rohmer ;

- Me Cardoso, avocate de M. B, qui fait valoir que l'intéressé n'a pas eu, à ce jour, la notification de l'attestation de prolongation d'instruction.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant bangladais né le 28 novembre 1985, s'est vu reconnaître la qualité de réfugié par une décision de la cour nationale du droit d'asile, le 3 octobre 2023. Il a ensuite présenté une demande de carte de résident en sa qualité de réfugié auprès de la préfecture de police, le 11 octobre 2023, qui lui a délivré une attestation de prolongation d'instruction de sa demande de carte de résident, dont la validité a expiré le 10 avril 2024. Conformément à l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une décision implicite de rejet de sa demande est née, quatre mois après cette demande, soit le 10 février 2024. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président. ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

4. Il résulte de l'instruction que, postérieurement à l'introduction de sa requête, une nouvelle attestation de prolongation d'instruction a été délivrée à M. B valable du

5 juin au 4 septembre 2024. Par suite, les conclusions aux fins de suspension, d'injonction et d'astreinte sont devenues sans objet. Il n'y a dès lors plus lieu d'y statuer.

Sur les frais liés au litige :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'Etat une somme de 500 euros à verser à Me Cardoso, en application des dispositions combinées de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Cardoso renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B par le bureau d'aide juridictionnelle, cette somme de

500 euros sera versée à M. B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête de M. B aux fins de suspension, d'injonction et d'astreinte.

Article 3 : Sous réserve que Me Cardoso, avocate de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle, l'Etat versera à Me Cardoso une somme de 500 euros aux titres des frais d'instance. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B, par le bureau d'aide juridictionnelle, une somme de 500 euros sera versée au titre des frais d'instance à M. B.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à Me Cardoso, et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de police.

Fait à Paris, le 19 juin 2024.

Le juge des référés,

B. ROHMER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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