mercredi 19 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2413961 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Avocat requérant | LAFAY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 31 mai 2024 et 10 juin 2024, M. B A, représenté par Me Poulet, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision révélée de l'Ecole Nationale Supérieure d'Arts et Métiers (ENSAM) de Paris portant exclusion de l'établissement ;
2°) d'enjoindre l'ENSAM à l'autoriser à poursuivre son année académique en lui donnant accès au passage de l'ensemble de ses examens ;
3°) d'enjoindre l'ENSAM à lui autoriser à effectuer un stage à l'étranger dans le cadre de la validation de son année académique ;
4°) de mettre à la charge C de Paris la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur l'urgence :
- l'urgence est constituée, dès lors que l'année académique touchant à sa fin, les sessions de rattrapage de ses examens et les démarches concernant les recherches de stage obligatoire sont imminents ;
Sur le doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées :
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- le droit à un procès équitable n'a pas été respecté ;
- le principe du contradictoire a été méconnu.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juin 2024, l'Ecole Nationale Supérieure d'Arts et Métiers (ENSAM) de Paris, représentée par Me Lafay, conclut au rejet de la requête, et à ce qu'il soit mis à la charge du requérant la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable dès lors que la décision attaquée n'existe pas ;
- l'urgence n'est pas caractérisée car le contrat d'apprentissage de M. A ayant été résilié, il n'est plus en mesure d'obtenir les crédits nécessaires à l'obtention de son diplôme quand bien même il parviendrait à trouver un stage ;
- à titre subsidiaire, il n'existe aucun doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige, dès lors que l'ENSAM était en situation de compétence liée au regard de la décision d'exclusion du CFA Ingénieurs 2000 et de la circonstance que l'entreprise dans laquelle M. A réalisait son stage a résilié son contrat d'alternance.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'éducation ;
- le code du travail ;
- le décret n° 2012-1223 du 2 novembre 2012 modifié relatif à l'Ecole nationale supérieure des arts et métiers ;
- le règlement pédagogique de l'Ecole nationale supérieure des arts et métiers ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Rohmer pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Parewyck, greffière d'audience, M. Rohmer a lu son rapport et entendu :
- Me Poulet, conseil de M. A, qui conclut aux mêmes fins que sa requête, par les mêmes moyens. Il soutient, en outre que la décision révélée d'exclusion existe car l'ENSAM ne l'a pas convoqué aux examens qui lui restaient à passer pour pouvoir valider les crédits nécessaires à l'obtention de son diplôme et que l'urgence est caractérisée car une séance de rattrapage de ces examens aura lieu en septembre prochain ;
- Me Lafay, représentant C, qui conclut aux mêmes fins que sa requête, par les mêmes moyens.
En application de l'article R. 522-8 du code de justice administrative, la clôture de l'instruction a été différée au 11 juin 2024, à 12 heures.
M. A a produit de nouveaux mémoires, enregistré le 11 juin 2024 à 9h20 et 11h59, par lequel il conclut aux mêmes fins que ces précédentes écritures et soutient qu'un mail en date 9 janvier 2024 concernant l'organisation d'un test d'anglais Test of English for International Communication (TOEIC) organisé par l'ENSAM ne lui a pas été envoyé et que cet élément contribue à caractériser la décision révélée attaquée. La date de naissance de cette décision doit être fixée a minima au 19 janvier 2024.
L'ENSAM a produit un nouveau mémoire, enregistré le 11 juin 2024 à 11h09, par lequel elle conclut aux mêmes fins que ses précédentes écritures. Elle soutient en outre que la décision attaquée n'existe pas car l'espace numérique étudiant de M. A n'a pas été désactivé et que c'est par cette plateforme à laquelle M. A avait accès que l'ENSAM a convoqué M. A aux examens du second semestre sans jamais lui empêcher de s'y présenter. De plus, l'ENSAM produit une convocation de M. A aux examens de rattrapage qui auront lieu en septembre prochain.
Considérant ce qui suit :
1. M. A est inscrit, au titre de l'année académique 2023-2024, en dernière année dans le cadre du diplôme " ingénieur génie énergétique " à Paris, à l'Ecole nationale supérieure des arts et métiers (ENSAM). Ce diplôme est réalisé en alternance et en partenariat avec un centre de formation d'apprentis (CFA) de droit privé, le CFA Ingénieurs 2000. Le requérant a fait l'objet d'une procédure disciplinaire par le CFA Ingénieurs 2000, qui l'a exclu définitivement par une décision du 27 décembre 2023 rendue par le conseil de discipline du CFA. Le requérant a contesté cette décision, ce qui a entraîné une nouvelle procédure disciplinaire ayant également aboutit à une décision d'exclusion définitive rendue le 2 février 2024 par le conseil de l'exclusion pédagogique de cette structure. Suite à la décision du 27 décembre 2023, l'employeur de M. A a résilié son contrat d'alternance. M. A soutient que suite à cette décision, le comportement C envers lui a révélé une décision portant exclusion de l'établissement.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () " ;
3. Nonobstant la difficulté pour M. A d'obtenir des réponses aux questions qu'il a posées à l'ENSAM au sujet de sa situation à la suite de son exclusion du CFA Ingénieurs 2000, les seules circonstances qu'il n'a pas reçu un mail de l'administration concernant l'organisation du test d'anglais TOEIC et que sa carte étudiante a été reprise par l'ENSAM ne sont pas de nature à caractériser l'existence d'une décision révélée portant exclusion de l'établissement dans la mesure où l'ENSAM soutient que cette décision n'existe pas et admet ainsi que l'intéressé est toujours inscrit au titre du cursus du diplôme " ingénieur génie énergétique ". De plus, il n'est pas contesté que l'espace numérique étudiant de M. A, plateforme où les informations concernant les examens sont mises en ligne, n'a pas été désactivé par l'école. En outre, M. A ne prouve pas avoir essayé ni avoir été empêché de se rendre aux examens qui ont eu lieu au deuxième semestre. Enfin, l'ENSAM a produit à l'instance une convocation de M. A aux examens de rattrapage qui auront lieu en septembre prochain. Ainsi, en l'état de l'instruction, et suite aux productions C, il n'apparaît pas qu'une décision portant exclusion de M. A C ait été révélée à la date de la présente ordonnance. Dans ces conditions, le requérant n'est pas recevable à demander au juge des référés de suspendre l'exécution de cette décision inexistante. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions de la requête à fin de suspension de la requête, ainsi que celles à fin d'injonction et celles relatives aux frais d'instance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux demandes présentées par l'ENSAM sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par l'Ecole Nationale Supérieure d'Arts et Métiers (ENSAM) de Paris sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et à l'Ecole nationale supérieure d'arts et métiers de Paris.
Fait à Paris, le 19 juin 2024.
Le juge des référés,
B. ROHMER
La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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