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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2414023

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2414023

jeudi 19 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2414023
TypeDécision
Formation6e Section - 3e Chambre
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 31 mai 2024 et le 11 juin 2024, M. B A, représenté par Me Cujas, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 avril 2024 par lequel le préfet de police de Paris a refusé de lui renouveler une carte de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A soutient que :

- sa requête est recevable dès lors que l'irrégularité de la notification de la décision prise à son encontre faisait obstacle à l'opposabilité du délai de recours contentieux spécifique aux obligations de quitter le territoire français sans délai ;

- l'arrêté méconnaît l'article L. 432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juin 2024, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

M. Doan a lu son rapport au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tunisien né le 1er octobre 1976 et entré en France le 6 septembre 2010 selon ses déclarations, a bénéficié en dernier lieu d'une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile expirant le 8 septembre 2022, et dont il sollicité le renouvellement. Par un arrêté du 18 avril 2024, dont il demande l'annulation, le préfet de police a refusé sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

3. Il ressort du bulletin n° 2 extrait de son casier judiciaire que M. A a été condamné le 16 juillet 2020 à quatre mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits, commis le 18 juin 2020, de détention non autorisée de stupéfiants, usage illicite de stupéfiants, offre ou cession non autorisée de stupéfiants, transport non autorisé de stupéfiants et acquisition non autorisée de stupéfiants. Il ressort toutefois par ailleurs des pièces du dossier que M. A est présent depuis quatorze ans sur le territoire français, qu'il est marié depuis 2009 avec une ressortissante tunisienne titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle en cours de validité portant la mention " vie privée et familiale ", qu'il est père de trois enfants mineurs, nés en 2010, 2012 et 2016, dont l'aîné est de nationalité française, et, au surplus, que son père et sa sœur, de nationalité française, résident sur le territoire français. Compte tenu de l'ensemble de ces circonstances, et en dépit de l'avis défavorable émis par la commission du titre de séjour le 20 mars 2024, eu égard au caractère isolé et remontant à près de quatre ans des faits commis par M. A, quand bien même ils sont particulièrement répréhensibles, et à sa situation familiale, le préfet de police, en refusant de renouveler sa carte de séjour temporaire, a porté à son droit au respect de sa vie familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts qu'il a poursuivis. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir que le préfet de police a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 18 avril 2024 du préfet de police refusant de renouveler le titre de séjour de M. A doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, les décisions l'obligeant à quitter le territoire français sans délai et lui interdisant le retour pour une durée de trois ans.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

5. Le présent jugement implique nécessairement, au regard de ses motifs, qu'il soit enjoint au préfet de police, ou au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence de l'intéressé, de renouveler le titre de séjour mention " vie privée et familiale " de M. A dans un délai qu'il convient de fixer à deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 18 avril 2024 du préfet de police est annulé.

Article 2 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de police de Paris.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Delesalle, président,

- M. Cicmen, premier conseiller,

- M. Doan, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.

Le rapporteur,

R. Doan

Le président,

H. DelesalleLa greffière,

A. Cardon

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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