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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2414104

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2414104

lundi 24 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2414104
TypeDécision
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 1er et 19 juin 2024, M. A B, représenté par Me Giudicelli-Jahn, demande au juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision implicite du 24 septembre 2023 par laquelle le préfet de police de Paris a refusé sa demande de renouvellement de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de procéder à l'enregistrement de sa demande de renouvellement de titre de séjour et de procéder à un examen de sa situation, et ce dès le prononcé de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans l'attente de l'examen de sa demande, et ce dès le prononcé de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur l'urgence :

- cette condition se présume s'agissant d'un renouvellement de carte de séjour et dès lors qu'il ne peut plus justifier de la régularité de son séjour, qu'il risque de perdre son emploi, qu'il réside en France depuis treize ans et est marié à une ressortissante de nationalité française ;

Sur le doute sérieux :

- la décision attaquée est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- elle a méconnu l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étranges et du droit d'asile ;

- elle a méconnu l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étranges et du droit d'asile ;

- elle a méconnu l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étranges et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de police de Paris, qui n'a pas produit d'observations.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2408323 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étranges et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Pény pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Fleury, greffière d'audience, M. Pény a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Belaref, représentant M. B,

- et les observations de Me Zerad, représentant le préfet de police.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant égyptien, né le 23 juin 1992, a sollicité le renouvellement de son titre de séjour, en qualité de salarié, le 24 mai 2023. Par la présente requête, il demande la suspension de l'exécution de la décision implicité née le 24 septembre 2023 par laquelle le préfet de police a rejeté sa demande.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre la décision portant refus implicite de renouvellement de titre de séjour :

S'agissant de l'urgence :

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence, compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement de titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

4. M. B demandant la suspension de l'exécution de la décision refusant de renouveler son titre de séjour, la condition d'urgence doit être reconnue.

S'agissant du doute sérieux sur la légalité de la décision en litige :

5. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de l'absence de motivation à défaut de communication des motifs du refus de renouvellement du titre de séjour, sollicité par M. B le 24 mai 2023, est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

6. Il résulte des points 4 et 5 qu'il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision par laquelle le préfet de police de Paris a implicitement refusé de renouveler le titre de séjour de M. B. Il y a lieu également d'enjoindre au préfet de police, ou au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence de l'intéressé, de délivrer à ce dernier un récépissé de demande de titre de séjour assorti d'une autorisation de travail dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente décision, valable jusqu'à ce qu'il ait été statué au fond sur la requête présentée par M. B devant le tribunal tendant à l'annulation de la décision implicite de rejet de sa demande de renouvellement de titre de séjour. Il n'y a pas lieu, en l'état de l'instruction, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros au bénéfice de M. B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision par laquelle le préfet de police a implicitement refusé de renouveler le titre de séjour de M. B est suspendue jusqu'à ce qu'il ait été statué sur la demande d'annulation de cette décision présentée par l'intéressé devant le tribunal.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police, ou au préfet territorialement compétent, de délivrer à M. B une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance, valable jusqu'à ce qu'il ait été statué au fond sur la requête présentée par ce dernier devant le tribunal tendant à l'annulation de la décision implicite de rejet de sa demande de renouvellement de titre de séjour.

Article 3 : L'État versera la somme de 800 euros à M. B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de police de Paris.

Fait à Paris, le 24 juin 2024.

La juge des référés,

A. Pény

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2414104/6

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