lundi 18 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2414131 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 2e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET GARCIA AVOCATS (SELARL) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 3 juin 2024, M. A, représenté par Me Garcia, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 1er juin 2024 par laquelle le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il devait être éloigné et lui a interdit de revenir sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation administrative, et ce dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de cinquante euros par jour de retard, et de le munir dans l'attente de ce réexamen d'une autorisation provisoire de séjour ;
3°) d'enjoindre au préfet de police de procéder à l'effacement du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dont il a fait l'objet, et ce dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
L'ensemble des décisions contestées sont entachées d'un vice de procédure dès lors que son droit à être entendu a été méconnu et que l'administration a fait preuve de déloyauté dans la mise en œuvre de son audition administrative.
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- est insuffisamment motivée et révèle un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- méconnaît les stipulations de l'article 6 5° de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- méconnaît les stipulations de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et les droits de ses enfants, citoyens européens, à vivre dans un pays membre de l'Union européenne ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que sa présence en France ne représente pas une menace actuelle pour l'ordre public.
La décision lui refusant un délai de départ volontaire est injustifiée dès lors qu'il ne présente aucun risque de fuite.
La décision fixant le pays de renvoi est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme.
La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- est insuffisamment motivée au regard des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et porte une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juillet 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Errera a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien né le 17 juin 1990 à Oran, a été interpelé le 30 mai 2024 en flagrant délit de vol simple dans un lieu destiné au transport des passagers en zone d'embarquement Schengen du terminal 3 de l'aéroport de Roissy-Charles de Gaulle, ce qu'il a reconnu. Le 1er juin 2024, le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il devait être éloigné et lui a interdit de revenir sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de ces décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions contestées :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires réglées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / 2. Cette droite comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () " Aux termes du paragraphe 1 de l'article 51 de la Charte : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union () "
3. Selon la jurisprudence de la Cour de justice de 1'Union européenne C-383/13 PPU du 10 septembre 2013, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision. Le requérant, qui se borne à soutenir que son droit d'être entendu a été méconnu, ne précise pas en quoi il disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il a été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la mesure d'éloignement et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à la décision l'obligeant à quitter le territoire français. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier et notamment du procès-verbal d'audition sur la situation administrative, que M. A a été entendu par les services de police les 30 et 31 mai 2024. Il a eu la possibilité, au cours de ses auditions, de faire état des observations utiles et pertinentes de nature à influer sur les décisions prises à son encontre. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le principe général du droit d'être entendu aurait été méconnu.
4. En second lieu, si le requérant soutient que l'administration a fait preuve de déloyauté dans la mise en œuvre de son audition administrative, il ressort des pièces du dossier, et notamment des procès-verbaux de la notification de sa garde à vue du 30 mai 2024 et de la prolongation de celle-ci le 31 mai suivant, qu'il a été informé de ses droits, et notamment de son droit à être assisté d'un conseil, qu'un avocat a été désigné par son épouse et qu'il a par la suite refusé de bénéficier de l'assistance d'un avocat lors de la prolongation de sa garde à vue. Dans ces conditions, le requérant, qui a décliné une fausse identité correspondant à une carte d'identité française frauduleuse, n'est pas fondé à soutenir que l'administration aurait fait montre de déloyauté à son égard.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
5. En premier lieu, l'arrêté attaqué mentionne les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles il se fonde, ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et fait état d'éléments relatifs à la situation administrative et personnelle de M. A. Il précise ainsi que le requérant s'est vu refuser le renouvellement de son titre de séjour par une décision du préfet de la Seine-Saint-Denis du 17 mars 2022, qu'il a été signalé le 31 mai 2024 pour des faits de vol simple dans un lieu destiné au transport des passagers en zone d'embarquement Schengen du terminal 3 de l'aéroport de Roissy-Charles de Gaulle, qu'il a contrefait et fait usage d'un faux document d'identité, qu'il ne peut présenter de document d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il ne peut justifier d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale et qu'il se déclare marié et père de deux enfants à charge. Ainsi, l'arrêté litigieux, qui comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivé. Le moyen doit par suite être écarté.
6. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police n'aurait pas procédé à un examen de la situation personnelle du requérant. Le moyen doit par suite être écarté.
7. En troisième lieu, M. A ne saurait utilement invoquer la méconnaissance de l'article 6 5° de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
8. En quatrième lieu, si le requérant soutient que la décision contestée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public, il ressort des pièces du dossier que le requérant a été signalé, sous cinq identités différentes, à savoir, Reda Madi né le 10 novembre 1990 à Gany (France), Samir Benhamed né le 16 mai 1990 à Ghaza (Irak), Samir Benhamed né le 16 mai 1990 à Saint-Denis (France), Yacine Rekik né le 21 novembre 1994 à Oran (Algérie) et sous sa véritable identité, B A, pour des faits d'infraction aux conditions générales d'entrée et de séjour et port ou détention d'armes prohibées le 11 octobre 2009, de recel de vol le 7 octobre 2009, de vol en réunion le 16 avril 2014, d'autres vols simples préjudice particuliers dans locaux ou lieux public port ou détention d'armes prohibées le 15 juin 2013, de violence commise en réunion suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours le 16 mars 2023, de conduite d'un véhicule en ayant fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants le 14 mars 2023, de violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité et menace réitérée de crime contre les personnes commise par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité le 16 avril 2021, de violence avec usage ou menace d'une arme sans incapacité le 16 février 2021, de vol simple le 25 février 2020, de violence avec usage ou menace d'une arme sans incapacité le 17 janvier 2018, de violences volontaires en réunion avec arme le 24 décembre 2016, et de traite d'être humain aggravée commise à l'égard d'un mineur le 6 décembre 2021 pour des faits datant du 1er janvier 2017 et de vol simple le 30 mai 2024.
9. Il ressort également des pièces du dossier qu'il a été condamné par le tribunal correctionnel de Paris le 12 octobre 2009 à deux mois d'emprisonnement avec sursis pour port prohibé d'arme de catégorie 6 et entrée ou séjour irrégulier d'un étranger en France, le 27 juillet 2010 à deux mois d'emprisonnement avec sursis pour entrée ou séjour d'un étranger en France, le 1er décembre 2011 à 1 000 euros d'amende dont 500 avec sursis pour outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique, le 18 avril 2014 à six mois d'emprisonnement pour récidive de vol en réunion, le 3 décembre 2014 à six mois d'emprisonnement pour vol aggravé par deux circonstances, le 19 mars 2016 à neuf mois d'emprisonnement pour refus de se soumettre aux opérations de relevés signalétiques intégrés dans un fichier de police par personne soupçonnée de crime ou délit, vol aggravé par deux circonstances et vol en réunion, et le 29 juin 2020 à six mois d'emprisonnement pour récidive de vol ; ainsi que par le tribunal correctionnel d'Evry le 20 février 2017 à quatre mois d'emprisonnement pour évasion d'un détenu bénéficiaire d'une permission de sortie. Dans ces conditions, M. A, à qui le préfet de la Seine-Saint-Denis avait déjà refusé le renouvellement de son certificat de résidence par un arrêté du 17 mars 2022 au motif que son comportement était constitutif d'une menace pour l'ordre public, n'est pas fondé à soutenir que le préfet de police aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en considérant que sa présence en France constituait une menace pour l'ordre public.
10. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. " Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants (), l'intérêt supérieur doit être une considération primordiale. " Aux termes de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de ses communications. "
11. Si M. A se prévaut de la durée de son séjour en France, et de la présence en France de son épouse et de deux de ses enfants mineurs, compte tenu du nombre, de la nature et de la gravité des faits pour lesquels il a été signalé et condamné, le préfet n'a pas porté à son droit à mener une vie privée et familiale normale disproportionnée au vu des objectifs poursuivis, ni par suite méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.
12. En dernier lieu, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée, qui n'a pas pour conséquence de contraindre ses enfants ou son épouse, de nationalité française, à cesser de résider sur le territoire de l'Union européenne, méconnaîtrait leurs droits en tant que citoyens de l'Union.
En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :
13. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. " Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 7° L'étranger a contrefait, falsifié ou établi sous un autre nom que le sien un titre de séjour ou un document d'identité ou de voyage ou a fait usage d'un tel titre ou document ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. "
14. Si le requérant soutient qu'il ne présente aucun risque de fuite, il ressort des pièces du dossier que son comportement constitue une menace pour l'ordre public et qu'il a établi un faux document d'identité dont il a fait usage, alors que de surcroît il n'établit pas de vie commune à l'adresse de son épouse. Dans ces conditions, c'est à bon droit que le préfet de police a pu estimer qu'il existait un risque qu'il prenne la fuite pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
15. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'est pas assorti des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé et doit, par suite, être écarté.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
16. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen invoqué par la voie de l'exception à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, tiré de l'illégalité de cette décision, doit être écarté.
17. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () " Aux termes de l'article L. 613-2 de ce code : " () les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. "
18. Il ressort de ces dispositions que lorsqu'un délai de départ volontaire est refusé à l'étranger, une interdiction de retour est, sauf circonstances humanitaires, prononcée à son encontre. L'autorité compétente doit toutefois, pour fixer la durée de cette interdiction de retour, tenir compte des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.
19. D'une part, la décision faisant interdiction à M. A de retourner sur le territoire pendant une durée de vingt-quatre mois, qui vise notamment l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne que l'intéressé représente une menace pour l'ordre public et ne peut se prévaloir de liens suffisamment anciens, forts et caractérisés avec la France. Ainsi, cette décision répond à l'exigence de motivation posée par l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
20. D'autre part, il résulte de ce qui a été dit aux points 8 à 11 que le préfet de police n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation ni porté à son droit à mener une vie privée et familiale normale disproportionnée au vu des objectifs poursuivis.
21. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 1er juin 2024 par laquelle le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il devait être éloigné et lui a interdit de revenir sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par suite, la requête de M. A doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 4 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Sorin, président,
M. Errera, premier conseiller,
Mme Abdat, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 novembre 2024.
Le rapporteur,
A. ERRERALe président,
J. SORIN
La greffière,
D. JEANG
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/2-
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2512599
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler un arrêté préfectoral du 14 janvier 2025 l'obligeant à quitter le territoire français. Le tribunal a jugé que le droit d'être entendu, garanti par la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, n'imposait pas une nouvelle audition dans ce cas, la décision d'éloignement découlant nécessairement du rejet définitif de sa demande d'asile par la Cour nationale du droit d'asile. La juridiction a appliqué les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment l'article L. 611-1.
30/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2400857
Le Tribunal Administratif de Paris rejette la requête d'un agent du SIAAP demandant la révision de son taux d'incapacité permanente partielle (IPP) et l'indemnisation de préjudices. Le tribunal juge que le taux d'IPP, fixé à 34% selon le barème légal, ne peut être modifié en raison de l'existence éventuelle d'une faute de l'employeur. Concernant l'indemnisation, le tribunal rappelle que le régime des accidents de service et maladies professionnelles des fonctionnaires, régi par la loi du 13 juillet 1983 et le décret du 2 mai 2005, répare forfaitairement certains préjudices, mais n'exclut pas une action en responsabilité pour faute visant à réparer d'autres chefs de préjudice.
30/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2401146
Le Tribunal administratif de Paris a annulé une sanction disciplinaire (un jour d'exclusion temporaire de fonction) infligée par l'AP-HP à un infirmier. La juridiction a estimé que la sanction, fondée sur une simple "suspicion d'inhalation de kalinox", ne reposait pas sur des faits établis, ce qui constitue une erreur de droit. Le tribunal a enjoint à l'administration d'effacer la sanction du dossier de l'agent et l'a condamnée à lui verser 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
30/03/2026