mercredi 19 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2414144 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | DE SEZE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 3 et 13 juin 2024, Mme B A, représentée par Me de Sèze, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) de suspendre l'exécution de la décision implicite née le 28 octobre 2022 par laquelle le préfet de police a rejeté sa première demande de titre de séjour présentée en qualité de parent d'enfant reconnu réfugié ;
3°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une carte de résident ou, à titre subsidiaire, une attestation de prolongation d'instruction de sa demande, dans un délai de dix jours à compter de la notification de l'ordonnance à venir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Elle soutient que :
- l'urgence est établie dès lors que la décision attaquée la place dans une situation de précarité administrative l'empêchant notamment de séjourner régulièrement aux côtés de son enfant réfugié et de subvenir à ses besoins par l'exercice d'une activité professionnelle et l'exposant à un risque d'éloignement ou de placement en rétention ;
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- le dossier qu'elle a déposé au mois de juin 2022 était complet ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations des articles 23 et 24 de la Convention de Genève et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'un défaut de base légale.
La requête a été communiquée au préfet de police qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée sous le n° 2414143 par laquelle Mme A demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Sorin pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue le 14 juin 2024 en présence de Mme Agricole, greffière d'audience :
- le rapport de M. Sorin, juge des référés,
- et les observations de Me Doucet, représentant le préfet de police, qui conclut au rejet de la requête et soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, ressortissante guinéenne, née le 1er décembre 1997, est entrée en France à une date non précisée. Par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides en date du 27 mai 2021, il est reconnu à sa fille, C, née le 22 octobre 2020 en France, le bénéfice du statut de réfugiée. Le 28 juin 2022, Mme A dépose auprès du préfet de police une demande de première délivrance de titre de séjour, laquelle a fait l'objet d'une décision implicite de rejet le 28 octobre 2022. Elle demande par la présente requête la suspension de la décision implicite de rejet de sa première demande de titre de séjour.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président. " Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. "
En ce qui concerne la décision attaquée :
4. Si le préfet de police soutient que Mme A a déposé une demande de titre de séjour le 28 juin 2022 en qualité de bénéficiaire d'une ordonnance de protection et que cette demande a été clôturée le 7 mars 2024 motif pris de ce qu'elle n'avait pas été reconnue réfugiée, contrairement à ce qu'elle soutenait, il ne l'établit pas en se bornant à produire des captures d'écran difficilement compréhensibles du logiciel informatique de traitement de ces demandes et contredites par les courriels qu'il produit pourtant lui-même et desquels il ressort que, le 28 juin 2022, Mme A a bien déposé une demande en qualité de parent d'enfant reconnu réfugié. Dans le cadre de la présente instance, et à défaut d'explication plus précise et argumentée de la part du préfet de police qui n'a pas produit d'écritures en défense et s'est borné à adresser au tribunal une liasse de documents difficilement exploitables, il y a donc lieu de regarder la décision attaquée comme née le 28 octobre 2022 et rejetant implicitement une demande de carte de résident déposée au titre de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne l'urgence :
5. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé.
6. La décision attaquée, refusant à Mme A la délivrance de son titre de séjour en qualité de parent d'enfant réfugié, la place dans une situation de précarité administrative et financière l'empêchant de séjourner régulièrement avec son enfant reconnue réfugiée et de pourvoir aux besoins de sa famille par l'exercice d'une activité professionnelle. Il y a par suite lieu, dans les circonstances de l'espèce, de regarder la condition d'urgence comme remplie.
En ce qui concerne le moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
7. Aux termes de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel la qualité de réfugié a été reconnue en application du livre V se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans. " Aux termes de l'article L. 424-3 du même code : " La carte de résident prévue à l'article L. 424-1, délivrée à l'étranger reconnu réfugié, est également délivrée à : [] 4° Ses parents si l'étranger qui a obtenu le bénéfice de la protection est un mineur non marié, sans que la condition de régularité du séjour ne soit exigée. L'enfant visé au présent article s'entend de l'enfant ayant une filiation légalement établie, y compris l'enfant adopté, en vertu d'une décision d'adoption, sous réserve de la vérification par le ministère public de la régularité de cette décision lorsqu'elle a été prononcée à l'étranger. "
8. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile paraît propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
9. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais. "
10. La présente ordonnance implique qu'il soit enjoint au préfet de police de réexaminer la situation de Mme A dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler valable, en tout état de cause, jusqu'au jugement de sa requête au fond.
Sur les frais liés au litige :
11. Ainsi qu'il a été dit, il y a lieu d'admettre provisoirement Mme A à l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me de Sèze, avocat de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me de Sèze de la somme de 800 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme A, par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros sera versée à Mme A.
O R D O N N E :
Article 1 : Mme B A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'exécution de la décision du préfet de police née le 28 octobre 2022 rejetant implicitement la demande de délivrance du titre de séjour de Mme B A en qualité de parent d'enfant réfugiée est suspendue.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de police de réexaminer la situation de Mme A dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer dans l'attente un récépissé l'autorisant à travailler valable, en tout état de cause, jusqu'au jugement de sa requête au fond.
Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me de Sèze renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, l'Etat versera à Me de Sèze, avocat de Mme A, une somme de 800 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros sera versée à Mme A.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A, à Me de Sèze et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de police.
Fait à Paris, le 19 juin 2024.
Le juge des référés,
J. SORIN
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2414144/2-