vendredi 14 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2414240 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | ADDEN AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 3 juin 2024, la société Edacom, représentée par Me Chouchana et Me Grauzam, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 18 mars 2024 par laquelle la Caisse des dépôts et consignations a prononcé à son encontre une sanction de déréférencement d'une durée de neuf mois de la plateforme " Mon Compte Formation " a mis fin au paiement des dossiers en cours et lui a demandé le remboursement des sommes versées pour certains dossiers, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) d'enjoindre à la Caisse des dépôts et consignations de procéder à son référencement dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) d'enjoindre à la Caisse des dépôts et consignations de procéder au paiement des formations engagées dans un délai de huit jours suivant la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de la Caisse des dépôts et consignations une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société Edacom soutient que :
- la condition d'urgence est satisfaite ;
- en ce qui concerne les moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- les mesures conservatoires ont été prises en méconnaissance des dispositions de l'article R. 6333-6-1 du code du travail, en l'absence d'atteinte grave aux intérêts publics et en raison de leur durée excessive ;
- la Caisse des dépôts et consignations ne s'est pas conformée aux injonctions de l'ordonnance du juge des référés du 27 novembre 2023 ;
- aucune décision n'a été prise pour justifier les sanctions mises en œuvre avant l'édiction de la décision attaquée ;
- la Caisse des dépôts et consignations a procédé par extrapolation ;
- le grief tiré de pratiques commerciales illicites repose sur des faits matériellement inexacts ;
- aucune disposition ne permet à la Caisse des dépôts et consignations de juger le coût d'une formation et les écarts de tarifs sont justifiés ;
- le grief tiré du caractère disproportionné du taux de réalisation n'est pas pertinent ;
- c'est à tort que la Caisse des dépôts et consignations a considéré que certaines formations n'étaient pas éligibles dans la mesure où elle bénéficie de la certification Qualiopi et que les programmes des formations sont en adéquation avec le référentiel France Compétences ;
- la Caisse des dépôts et consignations ne peut demander le remboursement de sommes non versées sur des formations non réalisées.
Par un mémoire enregistré le 6 juin 2024, la Caisse des dépôts et consignations conclut au rejet de la requête et demande qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la société Edacom en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Elle soutient que la condition de l'urgence n'est pas remplie et qu'aucun des moyens invoqués n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de sa décision.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n°2410526 par laquelle la société Edacom demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Mme Giraudon a été désignée par le président du tribunal pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement convoquées à une audience publique.
Au cours de l'audience publique du 7 juin 2024, tenue en présence de Mme Dekhil, greffière, Mme Giraudon a donné lecture de son rapport et entendu :
- les observations de Me Chouchana et celles de Me Grauzam, représentant la société Edacom ;
- les observations de Me Guena représentant la Caisse des dépôts et consignations.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
2. En l'état de l'instruction aucun des moyens invoqués n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Par suite, les conclusions aux fins de suspension de l'exécution de la décision attaquée doivent être rejetées.
Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :
3. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
4. Ces dispositions font obstacle aux conclusions de la société Edacom dirigées contre la Caisse des dépôts et consignations qui n'est pas, dans la présente instance de référé, la partie perdante. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par la Caisse des dépôts et consignations en application de ces dispositions.
O R D O N N E
Article 1er : La requête de la société Edacom est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la Caisse des dépôts et consignations au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Edacom et à la Caisse des dépôts et consignations.
Fait à Paris, le 14 juin 2024
La juge des référés,
M.-C. GIRAUDON
La République mande et ordonne au ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2414240