mardi 1 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2414387 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 1re Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 4 juin 2024, M. A B, représenté par
Me Ladouceur, demande au tribunal :
1°) de prononcer l'annulation des décisions édictées par le préfet de police dans son arrêté du 7 mai 2024, en particulier du refus d'admission au séjour et de l'obligation de quitter le territoire français ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de trente jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et dans l'attente, un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Le requérant soutient que :
-L'arrêté a été pris par un auteur incompétent ;
-Il a été pris irrégulièrement faute de saisine de la commission du titre de séjour ;
-Sa motivation est insuffisante ;
-Il est entaché de défaut d'examen ;
-Il méconnaît les articles L.423-7 et L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant car l'intéressé travaille à temps plein depuis juillet 2022 et il est père d'une enfant française née le 12 avril 2023 dont il contribue à l'entretien et à l'éducation depuis sa naissance, vivant avec elle et la mère de celle-ci.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juin 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 7 juin 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 19 juillet 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Grossholz a été entendu au cours de l'audience publique. / Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Grossholz,
- et les observations de Me Ladouceur, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, né le 8 août 1982 en Côte d'Ivoire, dont il est un ressortissant, a demandé son admission au séjour sur le fondement de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 7 mai 2024, le préfet de police lui a opposé un refus et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'en prononcer l'annulation.
2. En premier lieu, par arrêté n°2024-00349, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de police le 18 mars 2024, le préfet de police a donné délégation à M. C, auteur des décisions en litige, pour signer notamment des décisions de cette nature, en cas d'empêchements d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'aient pas été empêchées. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence dont seraient entachées les décisions contestées manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué expose les considérations de droit et de fait sur le fondement desquelles les décisions qu'il comporte ont été prises. Par suite, il est suffisamment motivé.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 ".
5. Contrairement à ce que soutient M. B, il ne ressort pas des pièces du dossier que ce dernier résiderait habituellement en France depuis plus de dix ans, en l'absence notamment de toute preuve en ce sens au titre des années 2016 à 2019. Il en résulte que le moyen tiré de l'irrégularité de l'absence de soumission de sa demande pour avis à la commission du titre de séjour ne peut qu'être écarté.
6. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'arrêté attaqué serait entaché d'un défaut d'examen sérieux et suffisamment approfondi des circonstances particulières de l'espèce.
7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L.423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".
8. Ainsi que le fait valoir le préfet de police dans ses écritures en défense, M. B ne saurait utilement se prévaloir de ces dispositions sur le fondement desquelles il n'a pas demandé son admission au séjour et au regard desquelles l'arrêté attaqué ne s'est pas prononcé.
9. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
10. Si M. B soutient que contrairement à ce qu'a retenu le préfet dans l'arrêté attaqué, il n'est pas célibataire, sans charge de famille mais au contraire père d'une enfant française née le 12 avril 2023 dont il contribue à l'entretien et à l'éducation depuis sa naissance et avec la mère de laquelle il vit en concubinage depuis 2022, ces dernières circonstances ne sont, ainsi que l'oppose le préfet de police dans ses écritures, pas suffisamment établies par les pièces produites à l'appui de ses écritures, qui se bornent à relater quatre virements de 100 euros en faveur de la mère entre janvier et avril 2024 et quelques factures d'achat d'articles de puériculture ainsi qu'une attestation d'un pédiatre mentionnant ponctuellement le père. Par ailleurs, si le requérant justifie travailler comme caissier dans un magasin, c'est depuis moins de deux ans à la date de l'arrêté attaqué. Dans ces conditions, dès lors que l'ancienneté du séjour de l'intéressé en France et sa vie privée et familiale dans ce pays alléguées ne sont, ainsi qu'il a été dit, pas établies et qu'il n'allègue pas être dépourvu d'attaches à l'étranger où il admet avoir vécu au moins jusqu'à l'âge de 31 ans, en édictant l'arrêté attaqué, le préfet de police n'a pas porté au droit de ce dernier d'atteinte disproportionnée au droit garanti par les stipulations précitées.
11. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, (), l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".
12. Pour les raisons exposées au point 10 du présent jugement, en édictant l'arrêté attaqué, le préfet de police n'a pas méconnu l'intérêt supérieur de l'enfant.
13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 17 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Truilhé, président,
Mme Grossholz, première conseillère,
Mme Ostyn, conseillère,
Rendu public par mise à disposition du greffe le 1er octobre 2024.
La rapporteure,
C. GROSSHOLZ
Le président,
J.-C. TRUILHELa greffière,
S. RUBIRALTA
La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/1-1
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2503570
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler le refus de renouvellement de sa carte de résident. La juridiction a estimé que le préfet de police de Paris, en se fondant sur une condamnation pénale, n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en considérant que l'intéressé constituait une menace pour l'ordre public. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment l'article L. 432-4, et a examiné le respect de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2424420
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la demande de décharge de cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu pour les années 2015 et 2016. Le requérant contestait la régularité de la proposition de rectification, notamment son caractère suffisamment motivé et son aptitude à interrompre le délai de reprise. Le tribunal a jugé que la proposition, notifiée après l'ouverture d'une procédure de retrait d'agrément, était régulière et a valablement interrompu le délai de reprise, conformément aux articles L. 57 du livre des procédures fiscales et 1649 nonies A du code général des impôts.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2517132
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté du préfet de police du 17 juin 2025 ordonnant l'éloignement de M. A..., un ressortissant algérien. La juridiction a retenu que l'administration n'avait pas procédé à un examen sérieux de la situation familiale du requérant, notamment de ses liens avec sa fille née en France, ce qui constitue une erreur de droit. Le tribunal a enjoint au préfet de délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer la situation dans un délai de trois mois, en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2416373
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi d'un recours pour excès de pouvoir contre une décision implicite de refus de titre de séjour. Le requérant, un ressortissant malien, contestait ce refus intervenu sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers. Le tribunal a annulé la décision implicite pour défaut de motivation, l'administration n'ayant pas répondu à la demande de communication des motifs formulée sur le fondement de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration. Il a enjoint au préfet de réexaminer la demande dans un délai d'un mois.
01/04/2026