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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2414392

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2414392

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2414392
TypeDécision
PublicationC
Formation1re Section - 3e Chambre - OQTF 6 sem.
Avocat requérantCHARLES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 juin 2024, M. B C, représenté par Me Charles, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 juin 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

M. C soutient que :

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- a été prise par une autorité incompétente ;

- est entachée d'une insuffisance de motivation et d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- méconnait l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne ;

- est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;

La décision refusant un délai de départ volontaire :

- est entachée d'une insuffisance de motivation et d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- méconnaît les stipulations des articles L612-2 et L612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

La décision portant interdiction de retour :

- par voie d'exception, est illégale dès lors qu'elle est fondée sur la décision portant obligation de quitter le territoire du 3 juin 2024 qui est entachée d'illégalité ;

- a été prise par une autorité incompétente ;

- est entachée d'un défaut de motivation et d'examen ;

- est entachée d'une erreur d'appréciation ;

Par un mémoire en défense, enregistrés le 11 septembre 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 13 septembre 2024 en présence de Mme Gaonach-Née, greffière d'audience :

- le rapport de M. Rohmer,

- et les observations de Me Charles, représentant M. C, qui a persisté dans ses conclusions et moyens et a en outre fait valoir que M. C a exprimé son souhait d'obtenir un rendez-vous à la préfecture en vue d'une demande de titre de séjour.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien né le 09 août 1998 à Benjaia (Algérie), qui déclare être entré en France en décembre 2020, a fait l'objet, le 3 juin 2024, d'un arrêté pris d'une part sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par lequel le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné, et d'autre part sur le fondement de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire :

2. En premier lieu, par un arrêté n°2024-1329, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de la Seine-Saint-Denis le 3 mai 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à M. A D, chef du pôle instruction et mise en œuvre des mesures d'éloignement à la préfecture de la Seine-Saint-Denis, pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté du 3 juin 2024 doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixation du pays de renvoi comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il vise notamment le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il mentionne, en outre, les éléments de la situation personnelle de M. C sur lesquels il se fonde. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment des termes de l'arrêté attaqué, que le préfet de police ne se serait pas livré à un examen de la situation personnelle de M. C.

5. En quatrième lieu, le droit d'être entendu préalablement à toute décision qui affecte sensiblement et défavorablement les intérêts de son destinataire constitue l'une des composantes du droit de la défense, tel qu'il est énoncé notamment au 2 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et fait partie des principes généraux du droit de l'Union européenne ayant la même valeur que les traités. Il garantit à toute personne la possibilité de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours de la procédure administrative, afin que l'autorité compétente soit mise à même de tenir compte de l'ensemble des éléments pertinents pour fonder sa décision. Ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie. En l'espèce, M C a été entendu par un officier de police judiciaire le 3 juin 2024. Il ne précise pas en quoi il disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit pris l'arrêté attaqué et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à la décision portant obligation de quitter le territoire français. En outre, il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal d'audition, que M. C parle et comprend le français, et que par voie de conséquence la présence d'un interprète n'était pas nécessairement requise. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

6. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () ". ;

7. Il ressort des termes de la décision attaquée que M. C déclare être en France depuis le 25 décembre 2020, sans toutefois pouvoir justifier être entré régulièrement sur le territoire dans les conditions prévues par les dispositions de l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. C n'est par ailleurs pas titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, et ses déclarations quant à son souhait d'obtenir un rendez-vous à la préfecture en vue d'une demande de titre de séjour sont sans incidence sur son droit au séjour où la possibilité de faire l'objet d'une mesure d'éloignement. En outre, il ne fait état d'aucune attache particulière sur le territoire national, et il ressort des pièces du dossier qu'il est célibataire sans enfant à charge. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que les décisions attaquées seraient entachées d'une erreur de droit ou d'une erreur manifeste d'appréciation.

8. En sixième lieu, l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ".

9. Il ressort des pièces du dossier que M. C qui soutient être entré en France en 2000, ne justifie pas avoir depuis lors réalisé la moindre démarche en vue de sa régularisation. Eu égard à sa situation personnelle rappelée au point 7, le préfet de la Seine-Saint-Denis est fondé à refuser d'accorder un délai de départ volontaire. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnait les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de 2 ans :

10. L'arrêté du 3 juin 2024, en tant qu'il prononce à l'encontre de M. C une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en particulier les articles L. 612-6 et L. 612-10 dont il fait application. En outre, il ne résulte pas de l'instruction que la décision aurait été prise sans que la situation de l'intéressé soit examinée. Enfin, il résulte de ce qui a été dit aux points 7 et 9 que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation et de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire doivent être écartés.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de M. C à fin d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 13 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Rohmer , président,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

B. ROHMER

La greffière,

C. GAONACH-NEE

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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