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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2414570

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2414570

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2414570
TypeDécision
PublicationC
Formation1re Section - 1re Chambre
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante

Par une requête et un mémoire enregistrés les 4 juin et 18 juillet 2024,

M. A B, représenté par Me Lengrand, demande au tribunal :

1°) de prononcer l'annulation de l'arrêté du 7 mai 2024 par lequel le préfet de police lui a retiré son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un certificat de résidence algérien valable dix ans ou à défaut un certificat valable un an portant la mention " vie privée et familiale " ou à défaut " salarié " ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de

100 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Le requérant soutient que :

-L'arrêté a été pris en méconnaissance de l'autorité de chose jugée que revêt le jugement devenu définitif du tribunal administratif de céans du 1er juin 2023, en lui reprochant exactement les mêmes faits que dans la décision du 20 février 2023 annulée par ce jugement, le nom de Mme C n'étant pas un élément nouveau ;

-Il a été pris par un auteur incompétent ;

-Il est insuffisamment motivé en fait, entaché de défaut d'examen réel et sérieux de sa situation, et entaché d'erreurs de faits, notamment quant aux dates et noms de préfecture, la fraude, qui doit être démontrée, y compris l'intention frauduleuse, n'étant pas suffisamment établie, notamment quant au lien entre le requérant et l'agent en cause ;

-Il est entaché d'erreurs sur la matérialité des faits, en l'absence de tout élément caractérisant une fraude, et alors que l'intéressé remplit les conditions d'admission au séjour ;

-Il méconnaît l'article 6-5 de l'accord franco-algérien, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

-L'obligation de quitter le territoire français et la fixation du pays de destination sont illégales car fondées sur un retrait de titre de séjour illégal.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juin 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 22 juillet 2024, la clôture d'instruction a été fixée au

5 août 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Grossholz,

- et les observations de Me Navarro, substituant Me Lengrand, représentant

M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, né le 12 octobre 1982 en Algérie, dont il est un ressortissant, réside en France sous couvert de certificats de résidence algérien qui lui ont été délivrés et renouvelés, en sa qualité de salarié, sur le fondement de l'article 7 b de l'accord conclu le

27 décembre 1968 par la France avec ce pays. Le préfet de police a décidé de lui retirer le dernier certificat de résidence délivré, expirant le 31 mai 2024, en dernier lieu par l'arrêté en date du 7 mai 2024, au motif que les différents certificats de résidence auraient été obtenus par l'intéressé de manière frauduleuse. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'en prononcer l'annulation.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête :

2. Un acte administratif obtenu par fraude ne crée pas de droits et, par suite, peut être retiré ou abrogé par l'autorité compétente pour le prendre, alors même que le délai de retrait de droit commun serait expiré. Toutefois, dès lors que les délais encadrant le retrait d'un acte individuel créateur de droits sont écoulés, il appartient à l'administration d'établir la preuve de la fraude, tant s'agissant de l'existence des faits matériels l'ayant déterminée à délivrer l'acte que de l'intention du demandeur de la tromper, pour procéder à ce retrait.

3. E, le préfet de police se borne à affirmer que les deux premiers certificats de résidence ont été délivrés à M. B par Mme C, une fonctionnaire ayant été condamnée pénalement pour aide à l'entrée et au séjour irrégulier d'étrangers en France en bande organisée et pour corruption, et que celle-ci aurait facilité l'obtention de titres de séjours de l'intéressé par " absence de demande réglementaire de titres de séjour et de numérisation des dossiers, absence de paiement des timbres fiscaux ; enregistrement des dossiers en dehors des heures d'ouverture ". Ainsi que le fait valoir le requérant, le préfet n'apporte ainsi aucun élément permettant de relier son nom à cette fonctionnaire, son nom n'étant notamment pas mentionné dans le jugement correctionnel de condamnation de cette dernière. Le préfet n'apporte par ailleurs aucun élément à l'appui de ses allégations, que ce soit concernant l'existence des faits décrits relativement à M. B, ou concernant une quelconque intention frauduleuse de ce dernier, qu'il n'allègue au demeurant même pas. Il en résulte qu'aucune fraude commise par ce dernier en rapport avec l'obtention de ses certificats de résidence n'étant établie, le préfet ne pouvait légalement procéder au retrait de celui expirant le 31 mai 2024.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

4. Aux termes de l'article 7 b de l'accord franco-algérien : " Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an (), renouvelable et portant la mention " salarié " : cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française ". Aux termes de l'article R.431-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le récépissé de demande de renouvellement d'une carte de séjour permettant l'exercice d'une activité professionnelle autorise son titulaire à exercer une activité professionnelle ".

5. L'annulation de l'arrêté litigieux fait revivre le certificat de résidence de

M. B qui expirait le 31 mai 2024, ainsi qu'il a été dit au point 2 du présent jugement. Il en résulte que le présent jugement implique seulement mais nécessairement que le préfet de police réexamine le droit de l'intéressé au renouvellement de ce titre de séjour. Il lui est enjoint d'y procéder dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de délivrer, dans l'attente, à l'intéressé une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler sur le fondement de l'article R.431-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité dans un délai de sept jours à compter de cette notification. Il n'y a pas lieu, en revanche, de prononcer une astreinte.

Sur les conclusions tendant à la mise en œuvre de l'article L.761-1 du code de justice administrative :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté attaqué du 7 mai 2024 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police ou à tout autre préfet territorialement compétent, de réexaminer le droit de M. B au renouvellement de son certificat de résidence algérien pour une durée d'un an, dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans l'attente de cette délivrance, de le munir d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de sept jours à compter de cette notification.

Article 3 : L'Etat versera à M. B 1 000 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 4 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Truilhé, président,

Mme Grossholz, première conseillère,

Mme Ostyn, conseillère,

Rendu public par mise à disposition du greffe le 17 septembre 2024.

La rapporteure,

C. GROSSHOLZ

Le président,

J.-C. TRUILHELa greffière,

S. RUBIRALTA

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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