mardi 17 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2414577 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 1re Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires complémentaires, enregistrés les 4 et 21 juin et 11 juillet 2024, M. A B, représenté par Me Nhari, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 mai 2024 par lequel le préfet de police a refusé de lui renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français de 5 ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de l'ensemble des décisions attaquées :
- elles sont insuffisamment motivées.
S'agissant de la décision de refus de renouvellement du titre de séjour :
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 424-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 432-1-1 du même code, dès lors que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;
- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle viole les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant de New York.
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale, par voie de conséquence de l'illégalité de la décision lui refusant le renouvellement de son titre de séjour ;
- elle méconnaît l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- elle viole les stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 12 de la Déclaration universelle des droits de l'homme ;
- elle viole les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant de New York.
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale, par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans :
- elle viole les stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 12 de la Déclaration universelle des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle viole les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant de New York.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Par courrier du 30 août 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen d'ordre public tiré de la substitution des dispositions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile aux dispositions de l'article L. 432-1-1 du même code comme base légale de la décision portant refus de renouvellement du titre de séjour en litige.
M. B a formulé des observations en réponse par courrier en date du 30 août 2024, communiqué le 2 septembre au préfet de police.
Par une ordonnance du 7 juin 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 19 juillet 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant de New York ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Ostyn ;
- et les observations de Me Nhari, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant géorgien, né le 7 mars 1993, est entré en France, selon ses déclarations, le 25 juillet 2017. Ayant bénéficié de cartes de séjour temporaires successivement valables du 11 juin 2020 au 10 juin 2021 puis du 4 juin 2021 au 3 juin 2022, il en a sollicité le renouvellement. Par arrêté du 28 mai 2024, le préfet de police a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français de cinq ans.
M. B demande l'annulation de l'ensemble de ces décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1.". Aux termes de l'article L. 432-1-1 du même code : " La délivrance ou le renouvellement d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être refusé à tout étranger : / 1° N'ayant pas satisfait à l'obligation qui lui a été faite de quitter le territoire français dans les formes et les délais prescrits par l'autorité administrative ; / 2° Ayant commis les faits qui l'exposent à l'une des condamnations prévues aux articles 441-1 et 441-2 du code pénal ; / 3° Ayant commis les faits qui l'exposent à l'une des condamnations prévues aux articles 222-34 à 222-40, 224-1 A à 224-1 C, 225-4-1 à 225-4-4, 225-4-7, 225-5 à 225-11, 225-12-1, 225-12-2, 225-12-5 à 225-12-7, 225-13 à 225-15, au 7° de l'article 311-4 et aux articles 312-12-1 et 321-6-1 du même code ; / 4° Ayant commis les faits qui l'exposent à l'une des condamnations prévues au livre II dudit code lorsqu'ils le sont sur le titulaire d'un mandat électif public ou sur toute personne mentionnée aux 4° et 4° bis de l'article 222-12 ou à l'article 222-14-5 du même code, dans l'exercice ou du fait de ses fonctions, lorsque la qualité de la victime est apparente ou connue de l'auteur. ".
3. Pour refuser le renouvellement de son titre de séjour au requérant, le préfet de police s'est fondé, au visa de l'article L. 432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur la circonstance que l'intéressé constitue une menace à l'ordre public, dès lors qu'il a été condamné les 2 et 29 décembre 2016 à des peines respectives de trois ans et six mois d'emprisonnement pour des faits de vol, le 13 décembre 2019 à cent jours-amende à dix euros pour usage de faux permis de conduire et conduite d'un véhicule sans permis et est défavorablement connu des services de police pour des faits commis le même jour d'exercice illégal de la profession d'exploitant de taxi et absence d'autorisation de stationnement sur la voie publique en attente de clientèle. Or, les infractions de vol, d'exercice illégal de la profession d'exploitant de taxi et absence d'autorisation de stationnement sur la voie publique en attente de clientèle n'entrent dans aucune des catégories visées à l'article L. 432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les faits mentionnés dans l'arrêté attaqué n'étant, au demeurant, pas susceptibles en raison de leur ancienneté, de caractériser une menace à l'ordre public actuelle. Il s'ensuit qu'en refusant à M. B de renouveler sa carte de séjour temporaire sur le fondement de l'article L. 432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de police a entaché sa décision d'erreur de droit.
4. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
5. Il ressort des pièces du dossier que M. B est marié depuis le 2 décembre 2017, soit depuis plus de six années à la date de la décision attaquée, à Mme C, bénéficiaire en France depuis le 30 octobre 2015 de la protection subsidiaire, avec laquelle il est parent d'un enfant mineur, né le 29 avril 2018 à Paris, scolarisé en France et à l'entretien duquel il démontre contribuer, et avec laquelle il attendait, à la date de la décision attaquée, un second enfant. Dans ces conditions, le requérant qui justifie avoir établi en France sa vie familiale, est fondé à soutenir qu'en refusant le renouvellement de son titre de séjour le préfet de police a porté une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale et a ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, qu'il y a lieu d'annuler la décision de refus de renouvellement de titre de séjour attaquée et, par voie de conséquence, l'obligation de quitter le territoire français sans délai, la décision fixant le pays de renvoi et l'interdiction de retour sur le territoire français de cinq années, lesquelles sont ainsi dépourvues de base légale.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Eu égard aux motifs du présent jugement, il y a lieu d'enjoindre au préfet de police, sous réserve de changement des circonstances de droit ou de fait, de délivrer à M. B une carte de séjour temporaire dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante dans la présente instance, la somme de 1 000 euros à verser à M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1 : L'arrêté du 28 mai 2024 par lequel le préfet de police a refusé à M. B de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français de cinq ans est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de délivrer à M. B une carte de séjour temporaire dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 4 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Truilhé, président,
Mme Grossholz, première conseillère,
Mme Ostyn, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.
La rapporteure,
I. OSTYN
Le président,
J.-C. TRUILHÉ
La greffière,
S. RUBIRALTA
La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
N°2414577/1-1
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2503570
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler le refus de renouvellement de sa carte de résident. La juridiction a estimé que le préfet de police de Paris, en se fondant sur une condamnation pénale, n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en considérant que l'intéressé constituait une menace pour l'ordre public. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment l'article L. 432-4, et a examiné le respect de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2424420
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la demande de décharge de cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu pour les années 2015 et 2016. Le requérant contestait la régularité de la proposition de rectification, notamment son caractère suffisamment motivé et son aptitude à interrompre le délai de reprise. Le tribunal a jugé que la proposition, notifiée après l'ouverture d'une procédure de retrait d'agrément, était régulière et a valablement interrompu le délai de reprise, conformément aux articles L. 57 du livre des procédures fiscales et 1649 nonies A du code général des impôts.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2517132
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté du préfet de police du 17 juin 2025 ordonnant l'éloignement de M. A..., un ressortissant algérien. La juridiction a retenu que l'administration n'avait pas procédé à un examen sérieux de la situation familiale du requérant, notamment de ses liens avec sa fille née en France, ce qui constitue une erreur de droit. Le tribunal a enjoint au préfet de délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer la situation dans un délai de trois mois, en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2416373
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi d'un recours pour excès de pouvoir contre une décision implicite de refus de titre de séjour. Le requérant, un ressortissant malien, contestait ce refus intervenu sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers. Le tribunal a annulé la décision implicite pour défaut de motivation, l'administration n'ayant pas répondu à la demande de communication des motifs formulée sur le fondement de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration. Il a enjoint au préfet de réexaminer la demande dans un délai d'un mois.
01/04/2026