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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2414732

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2414732

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2414732
TypeDécision
PublicationC
Formation1re Section - 3e Chambre - OQTF 6 sem.
Avocat requérantTURHALLI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 juin 2024, M. C B, représenté par Me Turhalli, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 7 mai 2024 par lequel la préfète des Vosges l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de l'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.

Il soutient que l'arrêté attaqué :

- est insuffisamment motivée en droit et en fait et que son auteur ne disposait pas d'une délégation de signature l'autorisant à l'édicter ;

- a été adopté à l'issue d'une procédure dans laquelle les droits de la défense ont été méconnus ;

- méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation compte tenu de la gravité de ses effets sur sa situation personnelle ;

- est entaché d'illégalité en l'absence d'un délai pour quitter le territoire, car les motifs justifiant cette décision manquent en fait et les faits allégués par l'administration ne pouvaient caractériser un risque de fuite au sens de l'article L. 511-1 II du CESEDA ;

- porte une atteinte manifestement disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la loi du 10 juillet 1991,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

M. A a présenté son rapport au cours de l'audience publique, qui s'est tenue le 13 septembre 2024, en présence de Mme Gaonach-Née, greffière d'audience. Les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant turc né le 1er septembre 1992 à Igdir Ardik en Turquie, a déposé une demande d'asile rejetée par l'office français de protection des réfugiés et apatrides le 26 septembre 2022, cette décision ayant été confirmée par la cour nationale du droit d'asile le 5 avril 2023. Il a déposé une demande de réexamen auprès de l'OFPRA qui a été rejetée comme irrecevable par décision du 27 septembre 2023. Par un arrêté du 7 mai 2024, la préfète des Vosges l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de son éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par la présente requête, M. B sollicite l'annulation de cet arrêté en toutes ses décisions.

Sur les conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. L'arrêté attaqué a été signé par M. David Percheron, secrétaire général de la préfecture, auquel la préfète des Vosges a, par un arrêté du 28 mars 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, délégué sa signature à l'effet de signer notamment les décisions en matière de police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté.

4. L'ensemble des décisions attaquées contient les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré du défaut de motivation de ces décisions, au demeurant soulevé sans précision, doit être écarté.

5. Le moyen tiré du non-respect des droits de la défense ne contient pas les précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. Il doit par suite être écarté.

6. Dès lors, ainsi qu'il a été dit au point 1, qu'il ressort des pièces du dossier et n'est pas contesté par le requérant que sa demande d'asile a été rejetée par l'office français de protection des réfugiés et apatrides le 26 septembre 2022 et que cette décision a été confirmée par la cour nationale du droit d'asile le 5 avril 2023 notifiée le 19 avril suivant, M. B ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français. Il pouvait donc faire l'objet d'une mesure d'éloignement sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Si M. B soutient que la décision litigieuse porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale, il n'apporte aucune information sur sa résidence habituelle en France, ni sur sa situation professionnelle et personnelle. Dès lors, la décision contestée de la préfète des Vosges n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences des décisions attaquées sur la situation du requérant doivent être écartés.

8. Si M. B soutient que le préfet a commis une erreur manifeste en estimant qu'il présentait un risque de fuite, il n'apporte à l'appui de cette allégation aucun élément permettant au juge de l'excès de pouvoir d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, ce moyen sera écarté.

9. Enfin, M. B soutient que son retour en Turquie l'exposerait à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en raison de son engagement en faveur de la cause kurde. Toutefois, alors que sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile, il n'apporte aucun élément non plus qu'aucune pièce de nature à établir la réalité des risques qu'il invoque. Dans ces conditions, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut être accueilli.

10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E:

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Turhalli et au Préfet des Vosges.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

B. A

La greffière,

C. GAONACH-NEE

La République mande et ordonne au préfet des Vosges en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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