jeudi 20 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2414990 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 7 et 18 juin 2024, M. B A, représenté par Me Putman, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'arrêté du préfet de police de Paris du 24 mai 2024 lui refusant le renouvellement de son titre de séjour, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, dans le délai de huit jours à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Des pièces ont été enregistrées pour le préfet de police le 17 juin 2024.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 30 mai 2024 sous le numéro 2413900 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Doan pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Cardon, greffière d'audience, M. Doan a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Malaval, représentant M. A ;
- et les observations de Me Zerad, représentant le préfet de police.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien né le 18 janvier 2001, entré en France en 2019, titulaire d'un certificat de résidence algérien depuis août 2022, a déposé en août 2023 une demande de renouvellement de titre de séjour, sur le fondement de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien. Par un arrêté du 24 mai 2024, le préfet de police a refusé de renouveler le titre de séjour de M. A, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. Par la présente requête, M. A demande la suspension de l'exécution de cette décision.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".
En ce qui concerne l'urgence :
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant d'établir la réalité de circonstances particulières qui justifient que la condition d'urgence soit regardée comme remplie.
4. En l'espèce, M. A demandant la suspension de la décision de refus de renouvellement de titre de séjour et le préfet ne faisant état d'aucune circonstance particulière de nature à faire échec à cette présomption, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :
5. La décision litigieuse est fondée sur la circonstance que M. A ne résiderait plus avec sa conjointe, et qu'il a été condamné le 21 septembre 2022 par le tribunal judiciaire de Paris à 300 euros d'amende pour conduite d'un véhicule avec un permis de conduire d'une catégorie n'autorisant pas sa conduite. Il ressort des pièces du dossier que M. A a épousé Mme C, de nationalité française, le 2 avril 2022. Il établit, par les pièces qu'il produit, notamment des avis d'impôt, attestations d'assurance, justificatifs d'électricité, bulletins de salaire et courriers de l'assurance maladie, résider à la même adresse que son épouse depuis 2021. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de la situation de M. A est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées.
6. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de suspendre l'arrêté du préfet de police du 24 mai 2024 refusant le renouvellement du titre de séjour de M. A et lui faisant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire pour une durée de trois ans, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa requête.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
7. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire () ".
8. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de police de réexaminer la demande de M. A dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de le munir, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour, sans qu'il y ait lieu, en l'état de l'instruction, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais de l'instance :
9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à M. A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision du préfet de police en date du 24 mai 2024 est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de délivrer à M. A une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance et de réexaminer sa demande de titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de cette même date.
Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de police de Paris.
Fait à Paris, le 20 juin 2024.
Le juge des référés,
R. Doan
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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