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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2415004

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2415004

mardi 15 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2415004
TypeDécision
PublicationC
Formation4e Section - 3e Chambre
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 8 juin 2024, le 29 juin 2024 et le 8 juillet 2024, M. B, représenté par Me Hervet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 avril 2024 par lequel le préfet de police lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il serait susceptible d'être éloigné ;

2°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " ou à défaut de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation sous les mêmes conditions de délai ;

M. B soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est insuffisamment motivée ;

Par des mémoires en défense, enregistrés le 1er juillet 2024 et le 8 juillet 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Un courrier du 19 septembre 2024 a informé les parties, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur la substitution d'office des stipulations de l'article 9 de la convention franco-ivoirienne aux dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, comme base légale de la décision de refus de titre de séjour.

Par une ordonnance en date du 4 juillet 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 19 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention du 21 septembre 1992 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Côte-d'Ivoire relative à la circulation et au séjour des personnes ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Hombourger ,

- Les conclusions de M. Gualandi, rapporteur public,

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant ivoirien, né le 24 février 2001, a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 29 avril 2024, le préfet de police lui a refusé la délivrance de ce titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de ces décisions.

Sur le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. A D, adjoint à la cheffe de la division de la rédaction et des examens spécialisés, qui bénéficiait à cet effet d'une délégation de signature du préfet de police en vertu d'un arrêté n° 2024-00198 du 16 février 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 75-2024-01 de la préfecture de Paris le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. "

4. La décision attaquée vise l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle précise que M. B n'a pas suivi de scolarité en 2022-2023 et a sollicité le renouvellement de son titre de séjour plus de six mois après l'expiration de son dernier titre, sans disposer d'un visa de long séjour. Elle mentionne en outre que l'intéressé est célibataire et sans charge de famille en France. Par suite, elle mentionne les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est suffisamment motivée, sans que le préfet n'ait à rappeler l'ensemble des circonstances particulières à la situation de l'intéressé.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision que le préfet de police aurait omis de procéder à un examen particulier de la situation personnelle du requérant avant de refuser de lui délivrer un titre de séjour.

6. En quatrième lieu, l'article L. 111-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que les dispositions de ce code s'appliquent sous réserve des conventions internationales. Aux termes de l'article 9 de la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992 : " Les ressortissants de chacun des Etats contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre Etat doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi, ou d'une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage, ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants. Les intéressés reçoivent un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite effective des études ou du stage et de la possession de moyens d'existence suffisants. () ". Aux termes de l'article 14 de cette même convention : " Les points non traités par la convention en matière d'entrée et de séjour des étrangers sont régis par les législations respectives des deux Etats. ". Enfin, l'article R. 431-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger titulaire d'un document de séjour doit, en l'absence de présentation de demande de délivrance d'un nouveau document de séjour six mois après sa date d'expiration, justifier à nouveau, pour l'obtention d'un document de séjour, des conditions requises pour l'entrée sur le territoire national lorsque la possession d'un visa est requise pour la première délivrance d'un document de séjour. "

7. Lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.

8. En l'espèce, la décision attaquée trouve son fondement légal dans les dispositions de l'article 9 de la convention franco-ivoirienne qui peuvent être substituées à celles de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que cette substitution de base légale n'a pour effet de priver l'intéressé d'aucune garantie et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre de ces deux dispositions.

9. M. B ne peut utilement soulever à l'encontre de la décision attaquée la méconnaissance de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui n'est pas applicable à la situation des ressortissants ivoiriens. A supposer que celui-ci ait entendu soulever la méconnaissance de l'article 9 de la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992, le préfet de police s'est fondé, pour refuser à M. B la délivrance du titre de séjour sollicité, sur la circonstance que celui-ci ne justifiait pas du sérieux de ses études ainsi que sur l'absence de visa de long séjour.

10. S'il est constant que M. B a interrompu sa scolarité en 2022-2023, il ressort des pièces du dossier que cette interruption résulte des difficultés que l'intéressé a rencontrées pour trouver une entreprise acceptant de lui proposer un contrat en alternance dans des conditions lui permettant d'obtenir un titre de séjour. En outre, contrairement à ce que fait valoir le préfet de police, M. B s'est inscrit pour 2023-2024 à une formation en master 1, qui fait suite à la délivrance en 2022 d'un diplôme de niveau bac+3, et dans un domaine qui ne constitue pas une réorientation par rapport à ses études antérieures.

11. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que le préfet de police ne pouvait, pour refuser à l'intéressé la délivrance du titre de séjour " étudiant " sollicité, retenir sans commettre d'erreur d'appréciation l'absence de sérieux dans la poursuite des études. Mais le préfet de police s'est également fondé pour rejeter la demande de M. B sur l'absence de justification de visa long séjour, motif qu'il pouvait retenir sans commettre d'erreur de droit dès lors qu'il est constant que M. B n'a sollicité le renouvellement de son titre de séjour que le 2 août 2023, plus de six mois après l'expiration de son précédent titre au 30 septembre 2022. Enfin, il résulte de l'instruction que le préfet de police aurait pris la même décision s'il s'était fondé sur ce motif. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 9 de la convention franco-ivoirienne, à le supposer soulevé, doit être écarté.

12. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ()".

13. M. B fait valoir qu'il vit en France depuis cinq ans et qu'il y a déplacé le centre de ses intérêts personnels, en ayant noué des relations en France avec les étudiants et collègues rencontrés. Toutefois, il ne fournit aucun élément de preuve à l'appui de ses propos. En outre, il ne fait valoir aucun lien personnel ou familial en France, alors que la décision contestée mentionne qu'il est célibataire et sans enfant. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, et eu égard tant à la durée qu'aux conditions de séjour en France de l'intéressé, la décision contestée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.

14. En dernier lieu, M. B ne justifie pas d'une atteinte particulière à sa situation personnelle, alors qu'il n'est pas en cours de formation au sein de l'INSEEC, ni d'aucune circonstance qui aurait pu l'empêcher de demander la délivrance d'un visa de long séjour. Il ne ressort donc pas des pièces du dossier que le préfet ait commis une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation personnelle de l'intéressé.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

15. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen soulevé à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français et tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour, ne peut qu'être écarté.

16. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués. "

17. La décision d'obligation de quitter le territoire prise à l'encontre de M. B fait suite au refus de délivrance d'un titre de séjour. Il résulte des dispositions de l'article L.613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'elle n'a donc pas à faire l'objet d'une motivation distincte. En outre, ainsi qu'il a été dit au point 4, la décision de refus de titre de séjour est suffisamment motivée. Il s'ensuit que le moyen tiré de la motivation insuffisante de la décision d'obligation de quitter le territoire français doit être écarté comme infondé.

18. En troisième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée qu'elle soit entachée d'un défaut d'examen de la situation personnelle de M. B.

19. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 13, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur la décision fixant le pays de destination :

20. La décision attaquée vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et notamment son article L. 611-1 3°, et précise que le requérant n'établit pas être exposé à des peines ou des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. La décision mentionne, par suite, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est suffisamment motivée.

21. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 29 avril 2024, par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par suite, sa requête doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B et au préfet de police.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 1er octobre, à laquelle siégeaient :

M. Séval, président,

Mme Hombourger, première conseillère,

Mme Mareuse, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.

La rapporteure,

C. HOMBOURGER

Le président,

J.-P. SEVALLa greffière,

S. RAHMOUNI

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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