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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2415138

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2415138

lundi 17 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2415138
TypeOrdonnance
Avocat requérantSIMON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 juin 2024, M.B A, représenté par Me Simon, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, à titre principal, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 21 mai 2024 décidant son assignation à résidence ;

3°) à titre subsidiaire, de suspendre de cet arrêté en tant qu'il l'oblige à résider dans le périmètre restreint qu'il fixe, qu'il l'oblige à se présenter deux fois par jour tous les jours au commissariat situé 63 rue du Faubourg Saint-Jean à Orléans (45 000) et d'enjoindre à l'administration de lui délivrer une autorisation de travail sur le fondement de l'article R. 732-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

4°) à tire encore plus subsidiaire, d'enjoindre à l'administration de réduire les pointages à une fois par semaine et fixer le lieu du pointage au commissariat de police situé au 6 place Choiseul, à Orléans ;

5°) en tout état de cause, d'enjoindre à l'administration de réexaminer sa situation, de lui délivrer un document lui permettant de justifier son identité, dans les 15 jours suivant la notification de l'ordonnance, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à son avocate sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, ou à lui-même en cas de rejet de la demande d'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite compte tenu des contraintes extrêmement importantes que font peser sur sa vie personnelle et familiale les conditions de son assignation, en particulier, en raison de l'éloignement du commissariat auquel il doit se présenter deux fois par jour pour le pointage ;

- la décision attaquée porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale consacré à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle porte, en outre, atteinte, à la liberté d'aller et venir ;

- ces atteintes sont disproportionnées compte tenu de l'éloignement de son domicile du service de police auprès duquel s'effectue le pointage, du nombre quotidiens de pointage et, enfin, du périmètre de circulation prévu par l'arrêté contesté.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juin 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Heeralall, greffier d'audience, M. C a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Simon, représentant M. A,

- les observation de la représentante du ministre de l'intérieur et des outre-mer.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré, enregistrée le 12 juin 2024 à 16 heures 54, a été présentée pour M. A.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". Aux termes de l'article L. 522-1 de ce code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ".

3. M. A, né en France le 19 juillet 1984, n'a cessé d'y résider depuis sans interruption, y a fondé une famille, se mariant en 2014 avec une femme de nationalité française, avec laquelle il a eu deux enfants nés en 2015 et 2023. Il a été condamné à une peine de sept années d'emprisonnement, par un jugement du 30 novembre 2017 rendu par la 16ème chambre correctionnelle du tribunal de grande instance de Paris, en répression des faits commis en 2014 de participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un acte terroriste (" participation à une filière d'acheminement ", selon les écritures de M. A). Alors qu'il était détenu il a, en outre, été condamné à des peines correctionnelles en répression de faits commis en 2018 et 2019 de beaucoup plus faible gravité. A l'issue de sa détention et après qu'il eut été déchu de la nationalité française, acquise par déclaration, par un décret du 23 décembre 2022, il a fait l'objet d'un arrêté d'expulsion du territoire français pris le 15 juin 2023 par le ministre de l'intérieur et des outre-mer. Assigné à résidence à compter du 19 juin 2023, puis placé en rétention administrative à partir du 25 octobre suivant, il a fait l'objet, par l'arrêté attaqué du 21 mai 2024 du ministre de l'intérieur et des outre-mer, d'une nouvelle assignation à résidence dans la commune d'Orléans (Loiret). M. A demande la suspension de cet arrêté.

4. En vertu de l'article 2 de cet arrêté M. A a l'obligation de se présenter pour un contrôle administratif deux fois par jour, tous les jours à 11 heures et 17 heures au commissariat de police situé 63 rue du faubourg Saint-Jean à Orléans situé à une dizaine de kilomètres du lieu de sa résidence, située 4 rue Lafayette dans la même commune. Si le requérant soutient que les aller et retour entre son domicile et le commissariat auprès duquel est effectué le contrôle le contraint à huit heures de marche à pied chaque jour, il résulte de recherches sur des sites ouverts à tous publics du réseau internet que le trajet peut être effectué par le service de transports publics d'Orléans, la durée du trajet, entre le domicile de M. A et le commissariat désigné par l'arrêté contesté, étant alors ramenée à une heure, environ, soit une durée quotidienne de quatre heures. M. A, pour lequel il a été fait valoir à l'audience qu'il ne disposait pas d'un véhicule lui permettant de faire ce trajet et qu'il risquait en cas d'usage d'un moyen de transport public sans titre de transport d'être placé en retenu auprès d'un service de police en cas de contrôle, étant dépourvu de document d'identité et de voyage, il n'établit pas ne pas être économiquement en mesure de disposer pour chaque trajet d'un titre de transport alors que son épouse se procure des revenus par l'exercice d'une activité professionnelle en exécution d'un contrat de travail à durée indéterminée, ainsi qu'il ressort des écritures de M. A. Si la durée des trajets quotidiens est très importante, la décision en tant qu'elle fixe le lieu de contrôle administratif de M. A ne constitue toutefois pas, compte tenu, en particulier, du but visé par l'autorité administrative en imposant ces mesures contraignantes, une décision de police administrative disproportionnée et son édiction ne révèle pas une atteinte grave et manifestement illégale au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale ni à sa liberté d'aller et venir, cette dernière, en tout état de cause, étant nécessairement limitée compte tenu de la décision d'éloignement prise à son encontre. En tant qu'elle fixe à deux le nombre de " pointages " quotidiens et limite à la commune d'Orléans le périmètre de déplacement du requérant, elle ne présente pas davantage le caractère d'une décision portant une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.

6. Toutefois, alors qu'il résulte de l'instruction qu'un commissariat de police est situé 6, place Choiseul à Orléans, à une dizaine de minutes à pied du domicile de M. A, il lui appartient au plus vite, s'il s'y croit fondé, de demander sans délai la modification de l'article 2 de l'arrêté contesté du 21 mai 2024 afin que le lieu de contrôle administratif quotidien soit transféré à ce commissariat tous les jours de la semaine au moins, dès lors que selon les déclarations de la représentante du ministre à l'audience, ce service de police est fermé les samedis et dimanches. Contrairement à ce qui a été dit à l'audience, la seule circonstance que M. A ne travaille pas et dispose de tout le temps nécessaire pour consacrer plus de quatre heures par jour pour se soumettre aux contrôles auxquels il est astreint ne pourrait légalement, sauf à ce que l'autorité administrative fasse valoir des motifs relatifs à l'ordre public ou l'organisation et le fonctionnement du service de nature à démontrer qu'aucun autre lieu de contrôle que celui retenu par l'auteur de l'acte attaqué ne peut être envisagé pour assurer le contrôle effectif du respect de son assignation par M. A, compte tenu de sa situation familiale, justifier le maintien du lieu de contrôle au commissariat situé 63 rue du faubourg Saint-Jean à Orléans.

5. Alors qu'il a été précisé à l'audience, par la représentante du ministre de l'intérieur et des outre-mer, que les contacts entre l'autorité administrative française et la représentation en France du Royaume du Maroc, pays dont M. A avait la nationalité avant qu'il acquière la nationalité française par déclaration, l'assignation à résidence prise à son encontre, au vu de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne constitue pas davantage " dans son principe " une décision portant une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés invoquées par le requérant, dès lors qu'il existe une perspective raisonnable d'exécution de la décision d'expulsion du 15 juin 2023.

6. Enfin, les conclusions de M. A tendant à ce que soit enjoint à l'administration de lui délivrer une autorisation de travail et un document attestant de son identité relève de litiges distincts de celui relatif à la contestation de l'assignation à résidence dont il est l'objet et des modalités d'exécution de cette mesure administrative de contrainte.

7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la condition d'urgence, que la requête de M. A ne peut qu'être rejetée.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Simon.

Fait à Paris, le 17 juin 2024.

Le juge des référés,

J.-F. C

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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