mardi 1 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2415206 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 4e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête enregistrée le 10 juin 2024 sous le n° 2415206 et un mémoire complémentaire enregistré le 23 juillet 2024, Mme D C épouse A, représentée par Me Shebabo, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du préfet de police du 26 mai 2024, rejetant sa demande de titre de séjour, lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, et fixant le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de la délivrance du titre ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à lui verser en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté est insuffisamment motivé ;
- la procédure d'édiction de la décision attaquée est irrégulière à raison du délai anormalement long de traitement de sa demande et de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 alinéa 2 du CESEDA ;
- l'arrêté a été pris sans examen sérieux de sa situation individuelle ;
- il est entaché d'une erreur de fait et de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation quant à l'intensité de la vie privée et familiale compte tenu de l'ancienneté de son séjour, de ses liens personnels et familiaux en France et de son état de santé ;
- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en portant une atteinte grave, manifeste et disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 juillet 2024, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
II. Par une requête enregistrée le 26 août 2024 sous le n° 2422900 et un mémoire de production enregistré le 10 septembre 2024, Mme D C épouse A, représentée par Me Shebabo, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser dans le délai de deux mois et sous astreinte de 500 euros par jour de retard, la somme de 10 000 euros en réparation du préjudice subi du fait de l'illégalité fautive caractérisée par la prise de l'arrêté du 26 mai 2024 portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros à lui verser en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté du 26 mai 2024 du préfet de police portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire est illégal eu égard à l'ancienneté de son séjour, de ses liens personnels et familiaux en France et de son état de santé ;
- le délai d'instruction particulièrement long et le rejet de sa demande de titre, ont induit une importante anxiété aggravée par son âge et son état de santé et une dépendance à l'égard de sa fille chez qui elle doit résider, représentatifs d'un préjudice moral dont elle évalue le montant à 10 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 septembre 2024, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Rahmouni, greffière d'audience :
- le rapport de M. Séval,
- les conclusions de M. Gualandi, rapporteur public,
- et les observations de Me Shebabo, avocate de Mme C, présente.
Le préfet de police n'était ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante indonésienne née le 17 avril 1945, a déposé une demande d'admission exceptionnelle au séjour le 5 juillet 2023 auprès de la préfecture de police. Par un arrêté du 26 mai 2024, le préfet de police a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination. Mme C demande l'annulation de cet arrêté et l'indemnisation du préjudice qu'elle a subi en raison de l'illégalité dudit arrêté.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n° 2415206 et n° 2422900 de Mme C présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 26 mai 2024 :
3. Aux termes des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. ". Il résulte de l'instruction que Mme C s'est mariée en février 1974 à Chartres avec M. A, ressortissant de nationalité française, dont elle est désormais veuve et avec lequel elle a eu deux filles de nationalité française nées à Vincennes et au Blanc-Mesnil en 1975 et 1977, elles-mêmes épouses de ressortissants français et mères d'enfants français. Par les pièces produites, elle justifie également résider à Paris dans l'appartement dont elle est propriétaire depuis plus de dix ans, qu'elle est atteinte de diverses pathologies invalidantes pour lesquelles elle est régulièrement suivie et qu'elle bénéficie d'une carte de résident délivrée le 25 février 2012 et dont elle a demandé le renouvellement le 27 septembre 2022, demande réitérée en novembre 2022 et accompagnée des pièces justifiant de sa situation familiale, de sa résidence et de son état de santé. Dans ces conditions et, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, Mme C est fondée à soutenir que le préfet de police a commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et familiale, en refusant de lui délivrer le titre sollicité au motif qu'elle n'est pas en mesure d'attester de façon probante d'une ancienneté de résidence en France de plus de dix ans, qu'elle ne répondrait pas aux considérations humanitaires et ne justifierait pas des motifs exceptionnels prévus par les dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile et, qu'elle n'atteste pas de l'intensité d'une vie privée et familiale établie sur le territoire français. Par suite, la requérante est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 26 mai 2024 par lequel préfet a refusé de faire droit à sa demande de titre de séjour, lui a enjoint de quitter le territoire dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
4. Eu égard aux motifs du présent jugement, il y a lieu d'enjoindre au préfet de police, ou tout préfet territorialement compétent, de délivrer à Mme C une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les conclusions à fins d'indemnisation :
5. Le refus illégal de délivrer un titre de séjour à un ressortissant étranger qui en a fait la demande constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat à son égard, pour autant qu'il en soit résulté pour lui un préjudice direct et certain. L'illégalité de l'arrêté du 26 mai 2024 sanctionnée au point 2, présente ainsi un caractère fautif de nature à ouvrir à l'intéressée un droit à indemnisation.
6. Si la requérante fait état d'une anxiété généralisée liée à la procédure de renouvellement de son titre de séjour, comme en atteste le certificat délivré le 2 août 2024 par Mme B, psychologue clinicienne en charge de son suivi, il est constant que le délai et la complexité de la procédure sont en partie imputables à la demanderesse qui s'est abstenue de solliciter le renouvellement de sa carte de résidente avant son expiration et qu'elle ne justifie, ni n'allègue, d'aucune menace d'éloignement durant le temps de l'instruction de sa demande. Toutefois, eu égard à son âge, son état de santé, la durée exceptionnellement longue de son séjour régulier en France et sa qualité d'épouse, de mère et grand-mère de ressortissants français, Mme C est fondée à se plaindre du préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence résultant de la précarité de sa situation administrative, de la date d'édiction de la décision attaquée au jour du présent jugement, période au cours de laquelle elle a été illégalement privée de titre de séjour en raison d'une erreur manifeste d'appréciation commise par l'administration nonobstant les pièces et informations mises à sa disposition par la requérante. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi à ce titre en condamnant l'Etat à lui verser une somme de 500 (cinq cents) euros, sans qu'il soit besoin d'assortir cette condamnation de l'injonction sous astreinte sollicitée.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
7. dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement à Mme C d'une somme globale de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E:
Article 1er : L'arrêté du préfet de police du 26 mai 2024 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police ou tout préfet territorialement compétent de délivrer à Mme C une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'État versera à Mme C une somme de 500 (cinq cents) euros en réparation du préjudice subi du fait de l'illégalité de l'arrêté du 26 mai 2024.
Article 4 : L'État versera à Mme C une somme totale de 2 000 (deux mille) euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions des requêtes de Mme C est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C épouse A et au préfet de police.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 17 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Séval, président,
Mme Hombourger, première conseillère,
Mme Mareuse, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2024.
Le président-rapporteur,
J.P. Séval
L'assesseure la plus ancienne,
C. Hombourger
La greffière,
S. Rahmouni
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/4-3 et 2422900/4-3
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2401325
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B... contre la décision de non-opposition à la déclaration préalable de la société SFR pour l’implantation d’antennes de radiotéléphonie mobile à Paris 13e. Le tribunal a d’abord jugé que M. B... ne justifiait pas d’un intérêt à agir suffisant au sens de l’article L. 600-1-2 du code de l’urbanisme, car il n’a pas démontré que le projet affecterait directement ses conditions de jouissance de son bien. Par suite, la requête a été déclarée irrecevable, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens, notamment ceux tirés de l’absence d’avis de l’architecte des bâtiments de France ou de la méconnaissance de l’article R. 111-27 du code de l’urbanisme.
06/01/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2324980
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... contestant son expulsion du territoire français en urgence absolue, décidée par le ministre de l'intérieur le 22 octobre 2023. Le tribunal a jugé que la procédure d'urgence absolue, prévue à l'article L. 632-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dispensait de consulter la commission spéciale d'expulsion, et que les autres moyens, notamment le détournement de procédure et la méconnaissance des articles L. 631-3 et L. 252-1, n'étaient pas fondés.
06/01/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2431132
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui demandait l’annulation d’un arrêté d’expulsion du 21 octobre 2024 et de la décision d’assignation à résidence prise le même jour par le préfet de police. Le tribunal a jugé que l’arrêté d’expulsion était suffisamment motivé et que le préfet n’avait pas commis d’erreur d’appréciation en considérant la présence de l’intéressé comme une menace grave pour l’ordre public, au vu de ses condamnations pénales. La solution retenue s’appuie sur les articles L. 631-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, ainsi que sur les articles 8 de la Convention européenne des droits de l’homme et 3-1 de la Convention internationale des droits de l’enfant, sans que ces derniers soient méconnus.
06/01/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2432395
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme A... qui demandait l'annulation des décisions du garde des sceaux refusant son changement de nom de « A... » en « Sallaberry ». Le tribunal a écarté les moyens soulevés, jugeant que la décision de refus était suffisamment motivée au regard de l'article 6 du décret n°94-52 du 20 janvier 1994, et que l'absence d'enquête préalable n'entachait pas la procédure d'irrégularité. Sur le fond, il a estimé que les motifs affectifs invoqués par la requérante ne constituaient pas, en l'espèce, un intérêt légitime au sens de l'article 61 du code civil justifiant de déroger au principe de fixité du nom.
06/01/2026