mardi 25 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2415308 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 juin 2024, Mme B A, représentée par Me Putman, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 15 mai 2024 par laquelle le préfet de police de Paris a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour portant la mention " passeport talent " ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de Paris de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard dans un délai de 8 jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme A soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que s'agissant d'une décision de refus de renouvellement de titre de séjour, l'urgence est présumée ; en outre, la décision la place en situation irrégulière, ce qui lui fait courir un risque de contrôle d'identité, d'interpellation voire de placement en retenue pour vérification de son droit au séjour, ce qui préjudicie gravement à ses intérêts ; la décision la contraint également à interrompre son activité de traductrice alors qu'elle s'était engagée auprès de plusieurs sociétés de production ;
- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée dès lors que celle-ci est viciée d'un défaut d'examen sérieux et préalable de la situation de la requérante et d'une insuffisance de motivation et dès lors qu'elle est entachée d'une erreur sur les motifs et qu'elle méconnaît l'article L.421-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Le préfet de police de Paris a communiqué des pièces qui ont été enregistrées le 17 juin 2024.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 11 juin 2024 sous le n° 2415309 par laquelle Mme A demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de M. Lemieux, greffier d'audience, Mme C a lu son rapport et entendu :
-les observations de Me Malaval, représentant Mme A, qui reprend ses écritures et précise qu'à la suite de la décision du 8 décembre 2023, la requérante a présenté un nouveau dossier comportant de nouvelles pièces ;
- et les observations de Me Zerad, représentant le préfet de police de Paris, qui conclut au rejet de la requête et explique que la demande de la requérante a fait l'objet d'une précédente décision de rejet le 8 décembre 2023, au motif que son activité ne relève pas de l'activité définie à l'article L. 212-1 du code de la propriété intellectuelle.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante chinoise née le 28 août 1990 qui exerce une activité de traductrice d'œuvres audiovisuelles, a sollicité le renouvellement du titre de séjour pluriannuel mention " passeport talent : profession artistique et culturelle " dont elle était titulaire, sur le fondement de l'article L. 421-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 15 mai 2024, le préfet de police de Paris a rejeté sa demande au motif que son activité professionnelle ne relevait pas des activités définies à l'article L. 212-1 du code de la propriété intellectuelle. Par la présente requête, Mme A demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de cette décision.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
En ce qui concerne l'urgence :
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci.
4. Dès lors que la décision attaquée refuse le renouvellement du titre de séjour pluriannuel dont Mme A était titulaire, l'urgence est présumée et n'est d'ailleurs pas contestée par le préfet de police. Il y a par suite lieu, dans les circonstances de l'espèce, de regarder la condition d'urgence comme remplie.
En ce qui concerne le doute sérieux :
5. Aux termes de l'article L. 421-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que " l'étranger qui exerce la profession d'artiste-interprète, définie à l'article L. 212-1 du code de la propriété intellectuelle, ou qui est auteur d'une œuvre littéraire ou artistique mentionnée à l'article L. 112-2 du même code se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " talent " () ".
6. Il est constant que la requérante a pour activité la traduction d'œuvres audiovisuelles et soutient être, à ce titre, autrice d'une œuvre artistique. Dans ces conditions, dès lors que le préfet de police a rejeté la demande présentée par l'intéressée au seul motif qu'elle n'exerce pas la profession d'artiste-interprète, le moyen tiré de l'absence d'examen sérieux de la situation de la requérante est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
7. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision du 15 mai 2024 par laquelle le préfet de police a refusé de renouveler le titre de séjour de Mme A.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
8. La présente ordonnance implique qu'il soit enjoint au préfet de police de réexaminer la situation de Mme A dans un délai de trois mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer sans délai, pendant le temps de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler.
Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision du 15 mai 2024 par laquelle le préfet de police de Paris a refusé la demande de renouvellement de titre de séjour présentée par Mme A sur le fondement de l'article L. 421-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de Paris de réexaminer la situation de Mme A dans un délai de trois mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer sans délai, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.
Article 3 : L'Etat versera à Mme A une somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera notifiée au préfet de police de Paris.
Fait à Paris, le 25 juin 2024.
La juge des référés,
K. C
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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