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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2415376

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2415376

mardi 1 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2415376
TypeDécision
PublicationC
Formation4e Section - 3e Chambre
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 juin 2024, M. B A, représenté par Me Goeau-Brissonniere, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet de police, en date du 28 mai 2024, portant refus d'admission au séjour et l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans le mois suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte et de le mettre en possession d'une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travailler dans l'attente de ce réexamen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et, dans le cas où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée de lui verser ladite somme.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris sans examen particulier de sa situation ;

- il est entaché d'une erreur de procédure dès lors qu'en raison de la durée de sa présence supérieure à 10 ans le préfet aurait dû saisir la commission du titre de séjour pour avis en application des dispositions de l'article L.432-13 du CESEDA ;

-la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la CEDH ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire est irrégulière à raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juillet 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales de 1950 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 17 septembre 2024, M. Séval a lu son rapport

Aucune des parties n'était présente, ou représentée.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant de nationalité malienne né le 5 mars 1993, est entré en France le 7 juin 2009 selon ses déclarations. Il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour dans le cadre des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 28 mai 2024, le préfet de police a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de 30 jours. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes des dispositions de l'article L.432-13 du CESEDA : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; /() 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 ". Selon l'article L.435-1 du même code : " Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432- 14 ".

3. M. A soutient être entré en France le 7 juin 2009 et y séjourner de façon habituelle depuis lors. Les pièces produites au dossier permettent d'établir sa présence continue sur le territoire national au moins à compter du mois de juillet de l'année 2010 comme en atteste un courrier de l'aide sociale à l'enfance et il verse au dossier, pour chaque année de présence des pièces probantes de nature diverse et variée, et notamment des attestations de formation de l'association France terre d'asile de 2010 ou de formation au français, des cartes individuelles d'admission à l'aide médicale d'Etat à partir de 2011, des courriers de Solidarité Transport et des preuves régulières de chargement Navigo, de l'assurance maladie et de la caisse d'allocations familiales, de nombreux documents médicaux couvrant la totalité de la période en cause, de nombreux documents bancaires à partir de 2015, des avis d'imposition faisant état de revenus et divers courriers du centre des impôts à partir de la mi 2014, diverses factures notamment de téléphonie, des documents concernant l'aide médicale d'Etat, deux contrats de travail à durée indéterminée et des fiches de paie à compter de février 2020. Eu égard à leur nombre et à leur contenu, les pièces produites par M. A révèlent une présence habituelle en France depuis plus de dix ans à la date de la décision attaquée.

4. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

5. La consultation obligatoire de la commission du titre de séjour, telle qu'elle est prévue par les dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a pour objet d'éclairer l'autorité administrative sur la possibilité de régulariser la situation administrative d'un étranger et constitue pour ce dernier une garantie substantielle. Dès lors qu'il ressort de ce qui a été dit au point 3 que M A doit, en l'état du dossier, être regardé comme justifiant d'une durée de séjour en France d'au moins 13 ans à la date de la décision attaquée, il résulte des dispositions combinées des articles L.432-13 et L. 435-1 du CESEDA que le préfet de police ne pouvait refuser la demande de titre de séjour de M. A sans la soumettre pour avis à la commission du titre de séjour de Paris. En l'absence d'une telle consultation de la commission du titre de séjour, M. A a été privé d'une garantie de sorte que la décision de refus de titre de séjour litigieuse, intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière, est entachée d'illégalité.

6. Il résulte de ce qui précède et, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 28 mai 2024 par laquelle le préfet de police a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A, sans avoir soumis sa demande à la commission du titre de séjour de Paris, doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours qui est dépourvue de base légale.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

7. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique seulement qu'il soit enjoint au préfet de police, ou tout préfet territorialement compétent, de statuer à nouveau sur la situation de M. A dans un délai de trois mois à compter de la mise à disposition du présent jugement après avoir saisi la commission du titre de séjour de la situation de l'intéressé et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Dans les circonstances de l'espèce et dès lorsqu'il n'est pas établi qu'il aurait sollicité le bénéfice de l'aide juridictionnelle, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 (huit cents) euros à verser à M. A au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E:

Article 1er : L'arrêté du préfet de police du 28 mai 2024 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police, ou à tout préfet territorialement compétent, de statuer à nouveau sur la situation de M. A dans un délai de trois mois après avoir saisi la commission du titre de séjour de la situation de l'intéressé et de délivrer à ce dernier, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 800 (huit cents) euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de police.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 17 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Séval, président,

Mme Hombourger, première conseillère,

Mme Mareuse, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2024.

Le président-rapporteur,

J.P. Séval

L'assesseure la plus ancienne,

C. Hombourger

La greffière,

S. Rahmouni

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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