mardi 1 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2415377 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 4e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 juin 2024, M. D A, représenté par Me
Giudicelli-Jahn, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du préfet de Police de Paris en date du 7 mai 2024 rejetant sa demande de renouvellement de titre de séjour et lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours ;
2°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui renouveler son titre de séjour soit au regard de son état de santé soit au regard de son travail, dans le mois suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte et de le mettre en possession d'une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travailler dans l'attente de ce réexamen;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à lui verser en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;
- il est entaché d'une insuffisance de motivation tant au regard de son état de santé que de son intégration professionnelle en France ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, dès lors que la prise en charge médicale de sa pathologie ne peut être assurée dans son pays d'origine ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à son intégration professionnelle en France ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;
- il méconnaît les dispositions de L.423-23 du CESEDA et les stipulations de l'article 6-5 de la convention franco-algérienne ;
- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de l'arrêté attaqué sur sa situation personnelle ;
Par un mémoire en défense enregistré le 1er juillet 2024, le préfet de police représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 17 septembre 2024, M. Séval a lu son rapport et entendu les observations de Me Belaref, substituant Me Giudicelli-Jahn, avocate de M. A, lui-même absent.
Le préfet de police n'était ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. D A, ressortissant de nationalité algérienne né le 4 octobre 1961, est entré en France le 28 septembre 2015 selon ses déclarations. En raison de son état de santé, il a sollicité le 17 aout 2023 le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. Par un arrêté du 7 mai 2024, le préfet de police a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de 30 jours. M. A demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, par un arrêté du 18 mars 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris, M C B, adjoint à la cheffe du pôle de l'instruction des demandes de titres de séjour, a reçu délégation du préfet de police pour signer l'arrêté attaqué. Le moyen tiré de ce qu'il serait entaché d'un vice d'incompétence doit donc être écarté comme manquant en fait.
3. En deuxième lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que d'une part, la décision portant refus de titre de séjour, uniquement sollicité à raison de son état de santé, en visant les stipulations de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et l'avis rendu le 13 novembre 2023 par le collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et d'autre part, celle lui faisant obligation de quitter le territoire dans un délai de 30 jours, en visant les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et en rappelant la situation personnelle et familiale du requérant en France et dans son pays d'origine, comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué serait insuffisamment motivé au motif que le préfet se serait abstenu de préciser la maladie dont il est victime et aurait omis d'évoquer son insertion professionnelle qui, en tout état de cause, ne constituait pas le fondement de sa demande de renouvellement de son titre.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays ".
5. Pour refuser de délivrer à M. A un certificat de résidence en application des stipulations rappelées au point 4, le préfet de police a considéré, ainsi que l'avait fait le collège des médecins de l'OFII dans son avis en date du 13 novembre 2023, que si l'état de santé de l'intéressé nécessitait une prise en charge médicale, son défaut n'était pas de nature à entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et, que son état de santé lui permettait de voyager sans risque. Si M. A entend contester ces conclusions, il ressort d'une part des pièces du dossier qu'il a été traité en juillet 2020 pour un cancer du côlon sigmoïde qui fait désormais l'objet d'un simple contrôle médical ne présentant aucune spécificité. D'autre part si le requérant soutient que cette pathologie n'est pas susceptible de faire l'objet d'un traitement approprié en Algérie, tous les documents dont M. A se prévaut, au demeurant anciens et de portée très générale, concernent le traitement des cancers d'une façon générale, situation dont ne relève plus le cas du requérant, quatre ans après son traitement et qui ne justifie d'aucun traitement particulier hormis un suivi médical dont les comptes-rendus ne laissent entrevoir aucune récidive ou aggravation. Par ailleurs aucun des documents médicaux produits ne fait état d'une prise en charge spécialisée justifiant son maintien en France en raison d'une indisponibilité d'un tel suivi en Algérie. Par suite et, en tout état de cause, les éléments produits au dossier ne sont pas de nature à infirmer l'appréciation portée par le préfet sur l'état de santé de M. A et les conséquences en cas de défaut de suivi médical, ni à établir l'incapacité de sa prise en charge dans son pays d'origine. Dans ces conditions, c'est sans méconnaître les termes du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 que le préfet de police a refusé la demande de renouvellement du certificat de résidence sollicité à raison de l'état de santé du requérant.
6. En quatrième lieu, l'article 6 de l'accord franco-algérien modifié dispose : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Selon l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L.423-21et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine.
L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Enfin l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 dispose que " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ".
7. Si M. A soutient que le préfet en prenant à son encontre une obligation de quitter le territoire a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et méconnu les conséquences de cette décision sur sa situation personnelle, d'une part il ne produit aucun élément permettant de justifier de l'existence d'une vie privée en France et, d'autre part il est constant que l'épouse et les cinq enfants du requérant résident en Algérie, pays qu'il n'a quitté, selon ses propres déclarations, qu'à l'âge de 53 ans en septembre 2015. S'il entend également se prévaloir de son intégration professionnelle en France, il résulte toutefois des pièces produites, que M. A entré en France en 2015 selon ses déclarations, ne justifie que d'un unique contrat de travail à durée indéterminée signé en février 2022. Enfin, il résulte de ce qui a été dit au point 5, que M. A ne saurait se prévaloir de son état de santé pour soutenir que l'arrêté attaqué porterait une atteinte excessive au droit au respect de sa vie privée et familiale. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que celles du de l'article 6 de l'accord franco-algérien modifié et des dispositions précitées de l'article L.423-23 du CESEDA, doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entaché l'arrêté attaqué au regard des circonstances propres à la situation du requérant, doit également être écarté.
8. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions présentées par M. A, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ne peuvent être accueillies.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
10. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E:
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet de police.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 17 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Séval, président,
Mme Hombourger, première conseillère,
Mme Mareuse, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2024.
Le président-rapporteur,
J.P. Séval
L'assesseure la plus ancienne,
C. Hombourger
La greffière,
S. Rahmouni
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/4-3
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2401325
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B... contre la décision de non-opposition à la déclaration préalable de la société SFR pour l’implantation d’antennes de radiotéléphonie mobile à Paris 13e. Le tribunal a d’abord jugé que M. B... ne justifiait pas d’un intérêt à agir suffisant au sens de l’article L. 600-1-2 du code de l’urbanisme, car il n’a pas démontré que le projet affecterait directement ses conditions de jouissance de son bien. Par suite, la requête a été déclarée irrecevable, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens, notamment ceux tirés de l’absence d’avis de l’architecte des bâtiments de France ou de la méconnaissance de l’article R. 111-27 du code de l’urbanisme.
06/01/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2324980
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... contestant son expulsion du territoire français en urgence absolue, décidée par le ministre de l'intérieur le 22 octobre 2023. Le tribunal a jugé que la procédure d'urgence absolue, prévue à l'article L. 632-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dispensait de consulter la commission spéciale d'expulsion, et que les autres moyens, notamment le détournement de procédure et la méconnaissance des articles L. 631-3 et L. 252-1, n'étaient pas fondés.
06/01/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2431132
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui demandait l’annulation d’un arrêté d’expulsion du 21 octobre 2024 et de la décision d’assignation à résidence prise le même jour par le préfet de police. Le tribunal a jugé que l’arrêté d’expulsion était suffisamment motivé et que le préfet n’avait pas commis d’erreur d’appréciation en considérant la présence de l’intéressé comme une menace grave pour l’ordre public, au vu de ses condamnations pénales. La solution retenue s’appuie sur les articles L. 631-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, ainsi que sur les articles 8 de la Convention européenne des droits de l’homme et 3-1 de la Convention internationale des droits de l’enfant, sans que ces derniers soient méconnus.
06/01/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2432395
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme A... qui demandait l'annulation des décisions du garde des sceaux refusant son changement de nom de « A... » en « Sallaberry ». Le tribunal a écarté les moyens soulevés, jugeant que la décision de refus était suffisamment motivée au regard de l'article 6 du décret n°94-52 du 20 janvier 1994, et que l'absence d'enquête préalable n'entachait pas la procédure d'irrégularité. Sur le fond, il a estimé que les motifs affectifs invoqués par la requérante ne constituaient pas, en l'espèce, un intérêt légitime au sens de l'article 61 du code civil justifiant de déroger au principe de fixité du nom.
06/01/2026