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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2415654

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2415654

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2415654
TypeDécision
PublicationC
Formation5e Section - 2e Chambre
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 12, 24 juin et 5 août 2024, M. A B, représenté par Me Saligari, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 mai 2024 par lequel le préfet de police a refusé de renouveler sa carte de séjour pluriannuelle, l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent, dans un délai de 15 jours à compter de la notification présent jugement sous astreinte de 80 euros par jour de retard, de lui délivrer un titre de séjour, ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais de justice.

Il soutient que :

Concernant les moyens dirigés à l'encontre du refus de séjour :

- le signataire de la décision était incompétent ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;

- le préfet a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Concernant les moyens dirigés à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision est illégale en raison de l'illégalité du refus de séjour ;

- le signataire de la décision était incompétent ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;

- le préfet a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Concernant les moyens dirigés à l'encontre du refus de lui accorder un délai de départ volontaire :

- la décision est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- le signataire de la décision était incompétent ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;

- le préfet a méconnu les articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le préfet a méconnu les articles L. 433-4 et L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a commis une erreur d'appréciation en estimant que sa présence représentait une menace pour l'ordre public ;

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation ;

Concernant les moyens dirigés à l'encontre de la décision fixant pays de renvoi :

- la décision est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- le signataire de la décision était incompétent ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;

- le préfet a méconnu les articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation ;

Concernant les moyens dirigés à l'encontre de la décision portant interdiction de retour d'une durée de cinq ans :

- la décision est illégale en raison de l'illégalité des autres décisions ;

- le signataire de la décision était incompétent ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;

- le préfet a méconnu les articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 juillet 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête en soutenant que les moyens invoqués pour M. B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 5 août 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 26 août 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rebellato, rapporteur ;

- et les observations de Me Delrieu, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né le 21 avril 1987, est entré en France le 14 juillet 2017 sous couvert d'un visa long séjour. Le 15 novembre 2022, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour et la délivrance d'une carte de résident. Par l'arrêté attaqué du 30 mai 2024, le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans.

2. Aux termes de l'article L. 412-5 du même code : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " ".

3. Pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. B, le préfet de police s'est fondé sur le motif que sa présence en France constitue une menace à l'ordre public, eu égard à la circonstance qu'il a été condamné le 8 septembre 2020 par le tribunal correctionnel de Montpellier à une peine d'un an d'emprisonnement avec sursis, pour obtention frauduleuse de document administratif constatant un droit, une identité ou une qualité ou accordant une autorisation, usage de faux en écriture, escroquerie et faux. Il ressort, toutefois, des pièces du dossier que cette condamnation pour des faits commis entre 2012 et 2015 est isolée et que les faits sont anciens. Ainsi, cette seule circonstance ne suffit pas à considérer que le comportement de l'intéressé, à la date de la décision attaquée, présente une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, la présence de M. B en France ne saurait, dans les circonstances particulières de l'espèce, être regardée comme constituant une menace pour l'ordre public. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 30 mai 2024 par laquelle le préfet de police a refusé de renouveler son droit au séjour et de lui délivrer une carte de résident, ainsi que, par voie de conséquence, l'annulation des décisions l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi, et lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans.

4. Eu égard aux motifs énoncés ci-dessus, le présent jugement implique nécessairement, sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit et de fait, que la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " vie privée et familiale " dont était titulaire M. B soit renouvelée. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet de police de délivrer une telle carte à M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. B d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : L'arrêté du préfet de police du 30 mai 2024 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police ou à tout préfet territorialement compétent de délivrer à M. B une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 4 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gros, président,

M. Feghouli, premier conseiller,

M. Rebellato, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 26 septembre 2024.

Le rapporteur,

J. REBELLATO

Le président,

L. GROS

La greffière,

C. CHAKELIAN

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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