jeudi 3 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2415826 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | TOLOUDI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 13 juin et 15 septembre 2024, Mme E F, représenté par Me Toloudi, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 avril 2024 par lequel le préfet de police de Paris a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite à l'issue de ce délai ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de Paris de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ou, à défaut, d'enjoindre au préfet de police de procéder au réexamen de sa situation, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil, sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce conseil renonce à la part contributive de l'Etat allouée au titre de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- la décision portant refus de titre de séjour a été signé par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est pas établi que le préfet de police a saisi pour avis le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et que cet avis est régulier ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de renvoi violent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elles violent les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 5 juillet et 18 septembre 2024, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme F ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 16 septembre 2024, la clôture de l'instruction a été reportée au 19 septembre 2024 à 9h30.
Par une décision du 18 juin 2024, le bureau d'aide juridictionnelle a admis Mme F au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Cicmen.
Considérant ce qui suit :
1. Mme F, ressortissante camerounaise née le 6 mars 1981 à Yaoundé et dernièrement entrée en France le 30 août 2016, selon ses déclarations, a bénéficié à compter du 15 octobre 2020 d'un titre de séjour pour des motifs médicaux régulièrement renouvelé, dont elle a sollicité le renouvellement en dernier lieu le 21 mars 2023. Par un arrêté en date du 26 avril 2024, le préfet de police a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite à l'issue de ce délai. Mme F demande l'annulation de cet arrêté.
2. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-00349 du 18 mars 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris le même jour, le préfet de police de Paris a donné à M. B A, attaché d'administration hors classe de l'Etat, placé sous l'autorité de Mme D C, pour signer tous arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions, en cas d'absence ou d'empêchement des autres délégataires, sans qu'il ressorte des pièces du dossier que ces derniers n'aient pas été absents ou empêchés lorsqu'il a signé la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire du refus de titre de séjour doit être écarté.
3. En deuxième lieu, la décision de refus de titre de séjour attaquée mentionne l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et expose de manière suffisante les circonstances de fait sur lesquelles elle se fonde, en rappelant en particulier les termes de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 4 décembre 2023. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. () / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat ". Les conditions d'application de ces dispositions ont été définies aux articles R. 425-11 à R. 425-13 du même code et précisées par l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée a été prise au vu d'un avis émis le 4 décembre 2023 par un collège de médecins de l'OFII, régulièrement désignés par une décision du 25 juillet 2023 du directeur général de l'Office, sans que la requérante n'assortisse son moyen tiré de l'irrégularité de cet avis de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.
6. En quatrième lieu, pour refuser de renouveler le titre de séjour de Mme F, le préfet de police a estimé, au vu de l'avis du collège des médecins de l'OFII du 4 décembre 2023, que si son état de santé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, elle pouvait néanmoins y bénéficier effectivement d'un traitement approprié et voyager sans risque vers celui-ci. Il ressort des pièces du dossier que Mme F souffre de troubles psychiatriques, et qu'elle bénéficie, selon le certificat médical établi le 28 mai 2024 par un médecin psychiatre d'une part, d'un traitement à base de Téralythe LP 1000 mg/j, Quétiapine LP 400 mg/j, Lévothyrox 25 mg/j et Tercian 75 mg/j, et d'autre part d'un suivi par un centre médico-psychologique à Paris. Elle soutient que le traitement approprié n'est pas effectivement disponible au Cameroun en se prévalant de la carence de l'offre de soins et du système de santé au Cameroun en matière de prise en charge des maladies mentales, compte tenu de la quasi-inexistence de personnels psychiatriques. Elle allègue également que l'accès aux soins et aux services hospitaliers sont payants, que l'équivalent de la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH) dont elle bénéfice en France, et qui lui permet d'avoir un emploi stable, n'existe pas au Cameroun, de sorte que, de toute évidence, elle sera sans emploi et donc sans ressources dans son pays d'origine. Toutefois, il ressort de la liste des médicaments essentiels présents au Cameroun au titre de l'année 2022 que celle-ci comprend du quétiapine, des substances actives correspondant au Levothyrox. D'autre part, le défendeur indique, sans être contredit, que la base de données européennes MedCOI, dont il produit un extrait en ce sens, démontre que le carbonate de lithium est utilisé dans la prise en charge des troubles bipolaires au Cameroun. Enfin, si le tercian n'est pas disponible, il ressort des pièces du dossier, notamment de l'avis émis le 6 février 2019 par la commission de la transparence de la Haute Autorité de la Santé et de la liste des médicaments essentiels présents au Cameroun précitée qu'il existe des possibilités de substitution pour des principes actifs identiques ou équivalents, à savoir le fluphénazine et l'halopéridol. De plus, par les documents qu'elle produit, en particulier un rapport de l'organisation non-gouvernementale Organisation suisse d'aide aux réfugiés (OSAR) publié le 1er juillet 2019 intitulé " Cameroun : traitement des maladies mentales dans les régions anglophones ", dont les constats datent, selon les extraits cités, au plus tard de mai 2019, un article de presse intitulé " Cameroun : les autorités s'activent pour une meilleure prise en charge des maladies mentales ", rédigé le 10 mai 2021 et mis à jour le 10 décembre 2021, un article de presse intitulé " Santé mentale. Le Cameroun ne compte que 11 psychiatres pour 25 millions d'habitants " publié le 10 novembre 2020 et mis à jour le 12 novembre 2020, ainsi que deux certificats médicaux, émis les 16 juin 2023 et 28 mai 2024, par deux médecins psychiatres différents du centre médico-psychologique qui affirme de manière générale qu'un suivi serait exclu dans le cadre du système de santé camerounais, Mme F, qui ne démontre par ailleurs pas être démunie de ressources au Cameroun où elle a vécu une grande partie de son existence, n'apporte pas d'éléments de nature à établir que, contrairement à ce qu'a estimé le préfet de police en suivant en cela l'avis du collège des médecins de l'OFII, elle serait personnellement, en cas de retour dans son pays d'origine, dans l'impossibilité d'accéder effectivement aux soins qui lui sont nécessaires. Dans ces conditions, le moyen tiré de la violation de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. Mme F, qui réside en France depuis 2016, fait valoir qu'elle a également régulièrement résidé en France de 1998 à 2002 et qu'elle justifie ainsi d'une présence de onze ans, qu'elle bénéficie du soutien sur le territoire français depuis 2016 de sa sœur, qu'elle a développé des relations sociales dans le cadre de son suivi psycho-social et dans le milieu associatif, et qu'elle a trouvé un emploi stable depuis 2022. Toutefois, à la date de l'arrêté attaquée, la requérante, célibataire et sans charge de famille, n'était présente que depuis huit ans environ en France, après avoir vécu, pour l'essentiel, dans son pays d'origine où elle n'allègue pas être démunie d'attaches familiales. Dans ces conditions, en dépit de la présence de sa sœur en France, le préfet de police, en obligeant Mme F à quitter le territoire français et en fixant le Cameroun comme pays de son renvoi, n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts qu'il a poursuivis. Il n'a donc pas méconnu, en tout état de cause, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et libertés fondamentales.
9. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
10. Mme F soutient que la circonstance qu'elle ne pourrait bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé en cas de retour au Cameroun caractérise une méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme. Toutefois, compte tenu de ce qui a été indiqué au point 6, ce moyen doit en tout état de cause être écarté.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme F doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme F est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E F, à Me Toloudi et au préfet de police de Paris.
Délibéré après l'audience du 18 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Delesalle, président,
- M. Cicmen, premier conseiller,
- M. Doan, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.
Le rapporteur,
D. Cicmen
Le président,
H. Delesalle
Le greffier,
A. Lemieux
La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/6-3
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2525597
**Sujet principal** : La requérante, une ressortissante salvadorienne, demande l'annulation du rejet implicite de sa demande de titre de séjour et l'injonction au préfet de police de lui délivrer un titre. **Juridiction** : Le Tribunal Administratif de Paris (6e Section - 3e Chambre). **Solution retenue** : Le tribunal rejette la requête. Il estime que la requête dirigée contre un rejet implicite est irrecevable, car un refus exprès (un arrêté du 25 mars 2025) avait déjà été notifié. Le tribunal considère que les moyens au fond, invoquant notamment les articles L. 423-23, L. 435-1 et L. 435-4 du CESEDA, ne sont pas de nature à justifier la délivrance d'un titre. **Textes appliqués** : Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), notamment ses articles L. 423-23, L. 435-1 et L. 435-4, ainsi que le code de justice administrative.
02/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2524412
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A..., un ressortissant algérien, qui contestait les décisions du préfet du Val-de-Marne l'obligeant à quitter le territoire français sans délai et lui interdisant le retour pour douze mois. La juridiction a estimé que l'arrêté préfectoral était suffisamment motivé et fondé sur un examen sérieux de la situation personnelle de l'intéressé, qui était entré et séjournait irrégulièrement en France. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur la Convention européenne des droits de l'homme et l'accord franco-algérien de 1968.
19/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2414908
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi d'un recours en excès de pouvoir concernant la responsabilité de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris pour une infection nosocomiale survenue après une intervention chirurgicale. La juridiction a reconnu la responsabilité de l'établissement et a procédé à une évaluation des préjudices du requérant, en se fondant notamment sur une expertise médicale ordonnée par le tribunal. La décision implicite de rejet de la demande d'indemnisation est annulée, et l'AP-HP est condamnée à verser une indemnité, dont le montant est déterminé par le tribunal en application des principes de responsabilité administrative.
19/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2419249
Le Tribunal administratif de Paris a rejeté comme irrecevable la requête de M. B... visant à annuler le refus de renouvellement de sa carte professionnelle d'agent de sécurité privée. La juridiction a jugé que le recours contre la décision implicite de rejet était devenu sans objet, une décision expresse de rejet ayant été prise avant l'introduction de la requête et le recours contre cette dernière ayant fait l'objet d'un désistement. Le tribunal s'est fondé sur les règles de procédure du code de justice administrative pour constater l'irrecevabilité, sans avoir à examiner le fond du litige.
19/03/2026