vendredi 6 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2415960 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | BRAUN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 14 juin 2024, M. F A, représenté par Me Braun, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 7 mai 2024 par lesquelles le préfet de police de Paris a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour portant la mention "vie privée et familiale ", dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle n'a pas été précédée de la communication par le préfet du rapport du médecin et de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ; la procédure est donc viciée, à moins que le préfet ne transmette ces pièces ;
- elle méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa demande de changement de statut ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle l'expose à un risque de mauvais traitements.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juillet 2024, le préfet de police de Paris conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.
Par une ordonnance du 26 septembre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 octobre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, ont été entendus :
- le rapport de Mme Lambert,
- et les observations de Me Braun pour M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant malien né le 16 mars 1982, a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 7 mai 2024, le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. M. A demande au tribunal d'annuler ces décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français :
S'agissant des moyens communs aux deux décisions :
2. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-00349 du 18 mars 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris le même jour, le préfet de police de Paris a donné délégation au signataire des décisions attaquées, M. C B, attaché d'administration hors classe de l'Etat, placé sous l'autorité de Mme E D, pour signer tous arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions, qui comportent la police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement des autres délégataires, sans qu'il ressorte des pièces du dossier que ces derniers n'aient pas été absents ou empêchés lorsqu'il a signé les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté.
3. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".
4. Les circonstances alléguées par M. A tirées de l'ancienneté de son séjour en France, depuis près de cinq ans et demi, de ce qu'il ne s'est jamais fait remarquer défavorablement, de ce qu'il est francophone et respectueux des lois de la République, de son insertion professionnelle en qualité d'intérimaire en 2020 et 2021 puis, à compter de l'année 2022 en qualité d'agent polyvalent à temps complet sous couvert d'un contrat à durée indéterminée, et de la présence de sa fratrie en France, de façon régulière, selon ses dires, ne sont pas à elles seules de nature à démontrer une intégration significative au sein de la société française, alors qu'il ressort des pièces du dossier que le requérant est célibataire, sans charge de famille et non dépourvu de tout lien dans son pays d'origine, dans lequel il a vécu près de trente-cinq ans et où réside son enfant né le 16 décembre 2017. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'il a été porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis par les décisions attaquées. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, à le supposer opérant en tant qu'il est dirigé contre la décision portant refus de séjour doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté.
S'agissant des moyens propres à la décision portant refus de séjour :
5. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. () La décision de délivrer cette carte est prise par l'autorité administrative après avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions définies par décret en Conseil d'Etat. ".
6. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.
7. Pour refuser de délivrer le titre de séjour sollicité par le requérant, le préfet de police s'est fondé sur l'avis, qu'il produit et qui est suffisamment motivé, émis le 2 novembre 2023 par le collège de médecins de l'OFII qui, au vu du dossier médical de l'intéressé et après convocation de ce dernier, a estimé que si l'état de santé de M. A nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, l'intéressé peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé de ce pays, et peut voyager sans risque vers son pays.
8. D'une part, M. A établit, ainsi qu'il ressort des certificats médicaux qu'il produit, qu'il souffre d'une hépatite B chronique nécessitant un traitement au long cours par antiviral de type Tenofovir en raison d'une cytolyse associée à une charge virale très élevée et une fibrose modérée mais significative et soutient que son état de santé justifie un traitement permanent dont il ne pourra bénéficier dans son pays d'origine, dès lors que l'infrastructure hospitalière est notoirement insuffisante, que les équipements techniques sont rares et mal entretenus et que l'approvisionnement en antirétroviraux est aléatoire. S'il se prévaut à cet égard d'un certificat émanant d'un gastro-entérologue malien daté du 4 juin 2024, selon lequel l'absence d'un plateau technique adéquat par la rupture fréquente des différents réactifs et faute d'approvisionnement des antirétroviraux pourrait avoir des graves conséquences sur son état de santé, le préfet de police établit pour sa part que le Tenofovir figure sur la liste des médicaments et produits essentiels disponibles au Mali et que la ville de Bamako dispose au moins d'une clinique comprenant un service d'hépato-gastro-entérologie. Ainsi, l'unique certificat produit par le requérant, au demeurant peu circonstancié, n'est pas de nature à remettre en cause l'appréciation du collège des médecins de l'OFII. D'autre part, si M. A se prévaut de récentes complications urologiques survenues postérieurement à l'avis du collège de l'OFII " pour lesquelles les investigations sont encore en cours ", il n'établit pas, ni même n'allègue, en tout état de cause, que les examens qui lui sont nécessaires ne pourraient pas être effectués dans son pays d'origine. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance par le préfet de police de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.
S'agissant du moyen propre à la décision portant obligation de quitter le territoire français :
9. Le moyen tiré du défaut d'examen de sa demande de changement de statut est inopérant, dès lors que la décision en cause est une mesure d'éloignement et non un refus de titre de séjour. En tout état de cause, le préfet de police établit, par la production de la feuille de salle remplie par le requérant lors du dépôt de sa demande de titre de séjour, que celui-ci n'a demandé que le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étranger malade. Il ressort des pièces du dossier que la demande de changement de statut de M. A a fait l'objet d'un classement sans suite, qu'il lui appartient de contester devant le tribunal s'il s'y croit fondé.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
10. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
11. Si M. A, dont la demande d'asile a, d'ailleurs, été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile, allègue être exposé à des traitements inhumains et dégradants en cas de retour au Mali en raison de ses protestations et de son engagement contre sa condition servile, il n'apporte toutefois aucun élément de nature à établir la réalité et le caractère actuel et personnel de cette menace. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations précitées, doit être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ne peuvent être accueillies.
Sur les frais d'instance :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F A et au préfet de police de Paris.
Délibéré après l'audience du 15 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Marzoug, présidente,
Mme Lambert, première conseillère,
Mme Berland, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.
La rapporteure,
F. Lambert
La présidente,
S. MarzougLa greffière,
K. Bak-Piot
La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2415960/6-
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2530541
Le Tribunal Administratif de Paris a examiné un recours en excès de pouvoir contre un arrêté préfectoral refusant un titre de séjour et ordonnant l'éloignement d'une ressortissante ghanéenne. La juridiction a rejeté la requête, estimant que l'administration n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en considérant que l'état de santé de la requérante ne remplissait pas les conditions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour obtenir un titre de séjour. Le tribunal a également jugé que les autres moyens, notamment ceux relatifs à la durée de séjour et à la convention européenne des droits de l'homme, n'étaient pas fondés.
13/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2419955
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de la société Cerballiance visant à annuler l'opposition de l'ARS Île-de-France au transfert d'un site de son laboratoire de biologie médicale. Le tribunal a jugé que l'ARS était compétente pour prendre cette décision et que son refus, fondé sur le risque de dépassement du seuil de 25% de l'offre d'examens dans la zone de Paris, n'était entaché d'aucune erreur manifeste d'appréciation. La décision s'appuie sur les dispositions du code de la santé publique relatives à la régulation de l'implantation des laboratoires.
13/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2432036
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de requérants demandant l'annulation du refus du ministre de la justice d'approuver leur projet de recueil légal par kafala d'une enfant marocaine. Le tribunal a jugé que la décision attaquée, prise en application de l'article 33 de la convention de La Haye du 19 octobre 1996, était régulière en droit et que le ministre avait légalement exercé son pouvoir d'appréciation pour refuser l'approbation au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant. Les moyens tirés de l'incompétence et de la méconnaissance des conventions internationales ont été écartés.
13/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2525763
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme B... A... visant à annuler son obligation de quitter le territoire français (OQTF). La juridiction a estimé que l'arrêté préfectoral était régulier, notamment quant à la compétence de sa signataire et à sa motivation, et qu'il ne méconnaissait pas les articles 3 et 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, après le rejet définitif de la demande d'asile de la requérante.
13/03/2026