mercredi 3 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2416063 |
| Type | Décision |
| Publication | D |
| Avocat requérant | CABINET HUG & ABOUKHATER (AARPI) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 juin 2024, M. A B, représenté par Me Hug, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 5 juin 2024 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
3°) d'enjoindre à l'OFII, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance sous astreinte de 50 euros par jour de retard, de lui accorder provisoirement le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et ce de manière rétroactive à compter du mois de juin ;
4°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 s'il est définitivement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, ou dans le cas contraire, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à lui verser directement.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'urgence :
- la condition d'urgence est remplie en ce qu'il ne peut pas travailler, il n'est pas pris en charge par un centre d'hébergement et ne dispose d'aucune ressource ce qui le place dans une situation de précarité ;
En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- la décision est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen de la situation particulière du requérant ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que la décision attaquée, qui doit s'apparenter à une décision de cessation des conditions matérielles d'accueil, aurait dû être prise après que l'intéressé ait été mis en mesure de présenter ses observations écrites conformément à l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que la tentative d'obtention frauduleuse des conditions matérielles d'accueil n'est pas au nombre des cas justifiant un refus du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
- elle est entachée d'une erreur sur la matérialité des faits dès lors que le requérant n'avait pas déjà présenté une demande d'asile en France.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juin 2024, l'OFII conclut au rejet de la requête au motif que la condition d'urgence n'est pas remplie.
Il soutient que :
- la décision attaquée a été retirée le 24 juin 2024 et une offre de prise en charge a été proposée au requérant qui l'a acceptée ; l'OFII lui a notifié son intention de faire cesser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil le 24 juin 2024 au motif qu'il a dissimulé aux autorités françaises le fait qu'il bénéficiait déjà d'une protection internationale à Chypre ;
- le requérant n'est pas dépourvu d'assistance et ne fait pas état d'une particulière vulnérabilité.
Par un acte, enregistré le 26 juin 2024, M. B déclare se désister purement et simplement de sa requête, sauf en ce qui concerne ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à hauteur de 1 200 euros.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n° 2416061 enregistrée le 16 juin 2024 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif a désigné M. Gros, vice-président de section, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 26 juin 2024 à 14h en présence de Mme Chakelian, greffière d'audience, M. Gros a lu son rapport.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant somalien, né le 1er janvier 1990 à Afgooye (Somalie), est entré en France selon ses déclarations le 27 mai 2024. Sa demande d'asile a été enregistrée en procédure accélérée le 5 juin 2024, date à laquelle l'OFII lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'il a " tenté d'obtenir frauduleusement [leur] bénéfice ". Conformément aux dispositions de l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le requérant a formé le 13 juin 2024 un recours administratif préalable contre cette décision de refus devant le directeur général de l'OFII. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 5 juin 2024 par laquelle le directeur territorial de l'OFII lui a implicitement refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.
Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président " et aux termes de l'article 62 du décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'admission provisoire est demandée sans forme () au président de la juridiction saisie ".
3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre provisoirement le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
5. Par un acte, enregistré le 26 juin 2024, M. B déclare se désister purement et simplement de sa requête, sauf en ce qui concerne ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative après que la décision attaquée ait été retirée. Ce désistement est pur et simple. Rien ne s'oppose à ce qu'il en soit donné acte.
Sur les frais liés au litige :
6. M. B a été admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Hug, avocate de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'OFII le versement à Me Hug de la somme de 1 000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros lui sera versée.
O R D O N N E :
Article 1er : M. B est admis provisoirement à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Il est donné acte du désistement des conclusions à fins de suspension et d'injonction de la requête de M. B.
Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Hug, son conseil, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, l'OFII versera à Me Hug une somme de 1 000 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à Me Hug et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Fait à Paris, le 3 juillet 2024.
Le juge des référés,
L. GROS
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.